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Primeurs 2014 : tous les autres bordeaux

Si l’on retire les vins cités dans les trois catégories précédentes, il reste plus de 95% de la production bordelaise, un océan de cinq millions d’hectolitres de vin où se côtoient, hélas le plus souvent dans un obscur anonymat, de pures merveilles et des produits d’une affligeante banalité. Aujourd’hui, la plupart des crus de Bordeaux sont livrés à eux-mêmes, sans l’aide du négoce traditionnel qui ne se soucie pas d’eux, sans non plus celle de nouveaux modes de commercialisation issus de la révolution numérique. Certains crus ont créé leur propre circuit de distribution, d’autres font appel à quelques rares réseaux organisés. Le monde du vin évolue, mais lentement… Pour le consommateur averti, cette grande famille des bordeaux peut être l’occasion de dénicher des perles pas si rares que cela, car contrairement à l’idée reçue, le vignoble bordelais en son ensemble est certainement celui où l’on rencontre le plus de tentatives individuelles excitantes et dynamiques de faire progresser un terroir ou une propriété.

Toutes les appellations sont concernées, mais certaines plus que d’autres. Rive droite, Fronsac, Canon-Fronsac, Castillon, Lalande de Pomerol comptent ainsi une proportion significative d’excellents crus et démontrent que ces terroirs méritent d’être beaucoup mieux considérés par les amateurs comme les professionnels. Rive gauche, les appellations régionales, très vastes, du Médoc et du Haut-Médoc, possèdent de nombreux secteurs à fort potentiel qui sont aujourd’hui bien exploités par des producteurs ambitieux et sérieux, voisinant hélas avec d’autres beaucoup plus routiniers. Les Graves, entre Pessac-Léognan et le Sauternais, fait figure de belle endormie, seulement réveillée par quelques stars. Enfin, l’Entre-deux-mers, entre Bordeaux et Libourne, qui fournit les gros bataillons des bordeaux et bordeaux supérieurs, démontre chez une minorité de producteurs qu’elle peut produire de très grands vins.

Certains représentants de cette élite modeste mais excitante seront proposés en primeur, mais pas tous. Le plus simple et le plus sûr est encore de les contacter et souvent d’acheter en direct les vins chez eux ou auprès du revendeur qu’ils conseillent. Les prix sont très accessibles et la qualité de production peut être largement comparée aux étiquettes plus installées.

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Primeurs 2014 : classiques et classés

Bordeaux collectionne les classements comme feu la Quatrième République les Présidents du Conseil. 88 châteaux ont été classés sur la seule rive gauche bordelaise en 1855 et constituent toujours une incontournable référence, 15 le sont depuis 1959 dans les Graves (16 avec le disparu Tour Haut Brion). A Saint-Emilion, le classement révisé théoriquement tous les dix ans débouche désormais sur une rituelle foire d’empoigne judiciaire. En 2012, quatre crus ont été intronisés « Premiers A », 14 « Premiers B » et pas moins de 66 classés. Si Pomerol se targue de n’avoir pas succombé au caprice du classement, il n’en demeure pas moins très agencé avec en haut de la pyramide l’immarcescible Pétrus. Car à côté de ces classements plus ou moins immobiles, il existe à Bordeaux une autre hiérarchie, plus discrète mais impitoyable : celle des crus vendus par le négoce local.

Cette infrastructure historique, longtemps collectivement surnommée « Chartrons » car autrefois installée dans le quartier portuaire des Chartrons, commercialise depuis trois siècles la fine fleur des vins de Bordeaux. Aujourd’hui entre 200 et 300 crus, pour la plupart classés, mais pas uniquement : des valeurs sûres médocaines comme le saint-estèphe Château Phélan-Ségur ou le moulis Château Poujaux, de très nombreux seconds vins qui ont acquis une vraie notoriété à l’ombre de leur grand frère, comme les Tourelles de Pichon Longueville ou le Clos du Marquis (Château Léoville Las Cases), des crus qui font l’actualité à Saint-Emilion, les stars de Pomerol et quelques rares pépites d’appellations moins fameuses. Cette aristocratie bordelaise bénéficie d’une organisation commerciale ultra rodée, capable d’installer leurs crus aux quatre coins de la planète, des rayons d’une foire aux vins en région parisienne jusqu’à la wine list d’un palace de Shanghai.

Pour le consommateur, ces vins que l’on peut qualifier de classiques et classés sont les plus faciles à trouver. Ils sont tous accessibles en vente primeurs, à un tarif qui ira certainement d’une quinzaine d’euros pour les moins chers à 100€ par bouteille pour les plus prestigieux. Même cette catégorie présente une réelle hétérogénéité qualitative –en particulier sur la rive droite- la très grande majorité de ces crus a beaucoup progressé depuis le début de ce siècle : on est rarement déçu en achetant l’un de ces vins. Est-il toujours plus avantageux de les acquérir en primeur, c’est-à-dire deux ans avant leur livraison ? L’histoire récente montre qu’il y a pour un nombre non négligeable de crus peu de différences entre le prix proposé en primeur et celui pratiqué par les distributeurs –notamment en foires aux vins- quelques années plus tard.
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Primeurs 2014 : l’élite

Quelques crus bordelais ont pris une habitude depuis plusieurs années : ils vendent leur production à leurs allocataires professionnels (en particulier les maisons de négoce bordelaises) à un tarif supérieur à 100€ HT la bouteille, ce qui laisse espérer un prix consommateur au minimum supérieur à 145€. Ce club très élitiste avait réuni jusqu’à une quarantaine d’étiquettes dans les millésimes records 2009 et 2010 ; la mévente des millésimes suivants a rendu plus sage nombre d’apprentis stars du Médoc ou de Pomerol : ils sont aujourd’hui moins de quinze rouges, dont bien sûr Pétrus et les cinq premiers de la rive gauche (Lafite, Mouton, Latour, Margaux et Haut-Brion). Ceux-là devraient jouer la stabilité tarifaire cette année, permettant à un marché volontiers panurgiste de redémarrer sur la promesse d’une qualité supérieure à un prix inchangé. Mais les egos des uns et des autres étant particulièrement développés, les campagnes de primeurs s’emballent parfois de manière irrationnelle… Un vin échappera à cette campagne : Château Latour, qui se refuse depuis trois ans à participer aux ventes primeurs. La propriété met en vente pendant la période primeur des millésimes plus anciens, sans que l’on sache encore s’il s’agit d’un test ou d’une première étape vers la reprise intégrale de son réseau de commercialisation.
Côté qualité, le niveau est on s’en doute très élevé dans ce club fermé, même si d’autres crus célèbres mais moins onéreux (voir p. 11) ont produit cette année des vins qui apparaissent aussi prometteurs, et parfois même plus, que certaines de ces stars. Il n’en reste pas moins que ces crus atteignent désormais un niveau de perfection formelle impressionnant chaque année. Ils s’appuient notamment sur une sélection drastique de leurs raisins puisque le grand vin de tous les Premiers représente depuis les années 2000 entre un tiers et la moitié de leur production totale. Les uns et les autres ne perdant ni le nord, ni le sens des affaires, ils proposent un second vin qui pour beaucoup d’entre eux, appartient également au cercle des étiquettes à plus de 100€ : Petit Cheval, la Chapelle d’Ausone, les Forts de Latour, Petit Mouton, Carruades de Lafite et autre Pavillon Rouge font eux aussi partie intégrante de l’élite de Bordeaux.
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Primeurs 2014 : interview Mathieu Chadronnier

La présentation des primeurs 2014 s’est plutôt bien passée si l’on en croit les rumeurs ?
M.C. : Oui. Après un été qui ne s’est pas déroulé sans inquiétude et le soulagement de la fin août, où l’inespéré s’est produit avec sept semaines de grand soleil, nous avons à l’arrivée un millésime de haut niveau que la place de Bordeaux attendait avec impatience. Il est à la fois singulier dans son expression, ses caractéristiques et son élégance. Je n’ai pas souvenir d’avoir connu de vin avec une expression de fruit aussi fraîche, aussi équilibrée, tendue, et en même temps parfaitement mûre. C’est un millésime comme on les aime, qu’on qualifie de classique et qui rassemble tout ce qui fait un grand bordeaux.

Qu’avez-vous pensé de l’absence de Robert Parker ? Est-ce un problème ou l’opportunité de redonner au négoce sa vraie position ?
M.C. : Nous n’avons pas été surpris. Robert Parker fait partie des personnes qui ont eu un rôle décisif ces trois dernières décennies dans le projet qualitatif de Bordeaux. Nous savions qu’un jour ou l’autre, il déciderait d’arrêter. Il faut juger avec objectivité et une réelle reconnaissance sa contribution. C’est la fin d’une histoire, et aussi le début d’une autre. Je pense que, pour les négociants que nous sommes, celle que l’on s’apprête à écrire est pleine de nouvelles possibilités. Nous allons avoir la responsabilité de parler du produit plutôt que du prix, comme on peut le voir dans la presse anglo-saxonne. Attention, nous ne remettons pas en cause le rôle du critique, mais plutôt celui de la notation qui dicte le fonctionnement du marché.

Personne ne se plaint jamais du prix d’une Ferrari, en revanche tout le monde se plaint du prix des premiers crus de Bordeaux, particulièrement en France. Pensez-vous que le système bordelais s’éloigne du consommateur ?
M.C. : Non. Le marché du vin évolue comme tous les autres. Et il est aujourd’hui soumis à une demande beaucoup plus mondiale qu’il y a trente ans. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’éloignement. Le système bordelais prend juste en compte une réalité qui n’est plus la même.

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Primeurs 2014 : interview Ariane Khaida

La saison des primeurs 2014 bat son plein, rassemblant des dégustateurs du monde entier. Qu’en dit la place de Bordeaux ?
A.K. : Malgré les doutes légitimes qu’on peut entretenir sur notre objectivité en tant que Bordelais sur la qualité du millésime (rires), nous avons de très bons vins et nous sommes rassurés par l’avis de nos clients, qui est unanime.

Êtes-vous d’accord avec ceux qui pensent que les primeurs sont en panne depuis trois millésimes ?
A.K. : Oui, et ce serait mentir de dire le contraire. Il y a eu deux millésimes bons, mais pas exceptionnels, au moment même où une redistribution des cartes au niveau du marché avait lieu. Certains marchés qui étaient très présents jusqu’au 2010 se sont retirés sur les millésimes suivants. Enfin, les parités euro-dollar sur les millésimes 2011, 2012 et 2013 nous ont été défavorables, notamment aux Etats-Unis.

Quelles recommandations feriez-vous aux propriétaires sur la fixation des prix ?
A.K. : Après avoir vu le système des primeurs en pleine tourmente, nous avons le devoir de réussir cette campagne. Avec ce millésime, nous avons une opportunité extraordinaire de donner envie à nos clients du monde entier de revenir dans le jeu des primeurs, de prendre à nouveau des positions, et de réanimer ce système qui est unique au monde et qui fonctionne merveilleusement bien. La seule inconnue à ce jour, c’est le prix. Augmenter ou baisser par rapport à 2013 ? Finalement, il n’y a pas vraiment de règles. Il y a autant de cas que de propriétés. Le prix pourra se calculer sur la base des niveaux de stock ou de la répartition géographique des marchés historiques des propriétés. Chacune d’entre elles devra fixer le prix en fonction des éléments qui lui sont propres et non en fonction du pricing de ses voisins. Nous sommes prêts à les aider dans ce sens.
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2014, plus rive gauche que rive droite

On s’est désormais habitué à des années climatiquement hétérodoxes : dans ce registre, 2014 n’échappe pas à cette règle débutée avec notre décennie. Si le printemps fut beau et le mois de juillet pas exceptionnel mais satisfaisant, c’est cette fois le mois d’août qui désespéra les vignerons. Triste comme un été sans lumière, parfois pluvieux, jamais très chaud, il fit prendre à la vigne un retard de maturité qui n’annonçait rien de folichon. Mais, là aussi, on connait maintenant des mois de septembre ouvrant en Gironde un été indien. Celui-ci fut exceptionnel : chaud, ensoleillé, avec juste ce qu’il faut d’ondées permettant à la vigne de reprendre ses forces, et remarquablement long puisque la première moitié du mois d’octobre fut encore plus chaude et lumineuse que la quinzaine d’avant. Les cépages bordelais, merlot mais surtout les tardifs cabernet franc (à Saint-Emilion et Pomerol) et cabernet sauvignon (en Médoc et dans les Graves) ont pu atteindre leur parfaite maturité en sucre comme en tanin. Dans une telle configuration, ce sont les grands terroirs médocains, aidés par des cabernets sauvignons qu’on n’a pas goûté aussi bien depuis le millésime 2010, qui imposent leur intensité, leur maturité et leur profondeur. Les grands mais aussi bon nombre de « classiques » de Margaux, Saint-Julien, Pauillac et Saint-Estèphe tirent superbement leur épingle du jeu : ce seront des vins de grande garde. Leur profil peut rappeler 2005 : de la puissance, de l’énergie et surtout beaucoup de fond. Bref, des vins que l’on peut longuement oublier en cave pour fêter plus tard de grands moments. Le paysage est plus disparate sur la rive droite, où les tanins de beaucoup de crus notamment à Saint-Emilion sont apparus revêches. Les meilleurs ont su ne pas trop extraire pour produire de jolis vins fins et veloutés.
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Les Super Bordeaux

2014 est une année particulière à Bordeaux. C’est, après 32 ans de règne, la première de « l’après-Parker ». Après avoir cédé l’an dernier sa lettre confidentielle, mais très influente, The Wine Advocate à des investisseurs singapouriens, Robert Parker a annoncé qu’il renonçait définitivement aux dégustations de primeurs. Mieux, il a accompagné cette annonce d’un constat lapidaire, donné au magazine spécialisé anglais The Drinks Business : « Bordeaux a un problème avec la jeune génération. Les grands bordeaux sont devenus une caste, les gens ne peuvent plus se les offrir et, donc, regardent ailleurs. »

Les membres de la « caste » des grands bordeaux – propriétaires et négociants – se sont en effet largement appuyés sur les notes de Parker pour commercialiser mondialement un nombre de plus en plus limité de grandes étiquettes au détriment de toutes les autres. En occupant sans partage le devant du terrain médiatique, cette micro élite a laissé accroire que tous les bons bordeaux sont hors de prix. « Il y a eu une dérive du marché à laquelle s’est ajoutée une arrogance commerciale chez les crus les plus spéculatifs, dit le consultant œnologique Stéphane Derenoncourt. D’une offre cohérente, en rapport qualité-prix, on est passé à un système dans lequel le vin n’est plus un produit, mais un objet. Aujourd’hui, on achète un lafite comme on achète un sac à main. » Et au même prix.

Or, il existe à Bordeaux plus de grands vins que partout ailleurs, souvent à des tarifs très accessibles, et seul l’incroyable conservatisme du système bordelais nous rend cette réalité invisible. Otez l’inextricable entrelacs de classements, de référencements de négociants fameux, de « notes Parker », et vous découvrirez de nombreux vins méconnus s’appuyant sur de grands terroirs, parfois excentrés, parfois appartenant à des appellations trop vastes ou hétérogènes pour être globalement considérés au plus haut niveau et réalisant un travail ambitieux depuis des années. Ceux-là peuvent rivaliser avec les plus grands de la région, en primeurs bien sûr, mais aussi après dix ou quinze ans de bouteille.

Il y a 25 ans, la découverte de ce que la presse américaine a nommé les « Super Tuscans », ces vins toscans de grande ambition, mais aussi de grand terroir parfois inédit, a permis de faire bouger les lignes d’un vignoble italien encore engoncé dans des habitudes et une image trop traditionnelle. En nous inspirant de cet exemple, nous avons qualifié ces inconnus célèbres de « Super Bordeaux ». Ils forment aujourd’hui une catégorie à part, exigeante et brillante, et leur rôle dépasse largement la mission d’apporter un supplément de découverte ou une pincée d’originalité dans une hiérarchie convenue. Pour rassurer Robert Parker, ces châteaux peuvent judicieusement contribuer à rajeunir l’image globale de Bordeaux, à redonner envie aux amateurs de s’intéresser à nouveau à cette région plus dynamique et passionnante qu’on veut bien le dire.

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Comte Liger Belair, Vosne-romanée Échezeaux 2006


 

Vosne-romanée Échezeaux 2006

LE VIN : Nez profond, on sent une intensité avec un tanin qui vibre et qui se place bien, il y a une assise élégante et des accents de rose et de fraise. La finale saline est d’une grande précision. Grand vin de gastronomie.

18,5/20

CONTACTER LE PRODUCTEUR

LE DOMAINE : Progressivement, Louis-Michel Liger-Belair installe son domaine au tout premier rang de la Bourgogne. Pour y parvenir, il pratique une des viticultures les plus strictes et disciplinées de la côte. Son fleuron, la-romanée, ressemble d’ailleurs de plus en plus aux autres grandes romanées y compris en matière de prix ! S’il peut y avoir encore un progrès, cela concernera le boisé qui masque parfois en vin jeune la pureté initiale du fruit.

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Ce fauteur de trouble déteste le sauternes ou bien ?

C’est du jamais vu.
Voilà qu’un président de région, espèce en voie de disparition, appelle à une manif pour que la LGV Bordeaux-Toulouse écrabouille comme il faut le Sauternais et ses vignobles fragiles. On voit d’ici la manif et on n’a pas fini d’en rire. C’est quoi, le slogan à scander par les quatorze manifestants (selon la police, 45 selon le président de région) ? J’espère bien que Juppé va interdire ce trouble à l’ordre public. Alain, si tu nous regardes…
Ou alors, nos amis bordelais vont à la manif chacun avec une quille de sauternes (le barsac est encouragé aussi et les plus jeunes manifestants ont le droit d’apporter une demi-bouteille de Perrier, soyons œcuméniques)…lire la suite sur le blog bonvivant