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Le mondovino de la semaine #158 tourne à fond

Au pays du soleil levant • 100 000 euros • La collection organic de Feuillatte  • Le retour du Marché aux vins d’Ampuis • Tout l’Alsace en une bouteille • Un jurançon de style • Chaque jour du nouveau, en voici six

Dans le vignoble


Au pays du soleil levant

Pour accompagner son développement en Asie, Bettane+Desseauve vient de lancer un nouveau site : bettanedesseauveasia.com. Hebergé à Hong Kong, il permet aux amateurs de vins de la région de se tenir au courant des évènements B+D en Asie, d’accéder à des actualités du mondovino, des articles de fond et de l’expertise Bettane+Desseauve. Pour le rendre accessible au plus grand nombre, les articles sont traduits en anglais par Alexandra Rendall, directrice des opérations Asie.
bettanedesseauveasia.com

100 000 euros

En février 2022, l’association Primum Familiae Vini, composée de douze grands domaines viticoles familiaux européens, avait nommé cinq entreprises familiales remarquables en vue de la remise du prix 2022 « Family is Sustainability » d’une valeur de 100 000 euros (NDLR, nous avions présenté le concours dans le mondovino n°51). Le jury composé des douze familles membres de la Primum Familiae Vini s’est réuni courant février pour sélectionner le lauréat de ce prix PFV parmi ces cinq grandes entreprises : Brun de Vian-Tiran (France), Tsutsumi (Japon), Columbia Restaurant (États-Unis), Giulio Giannini e Figlio (Italie), Busatti (Italie). Le jury a décerné le prix PFV « Family is Sustainability » 2022 à la maison Brun de Vian-Tiran, une manufacture familiale de laine et de soie qui exerce depuis huit générations.
Plus d’infos sur thepfvprize.com

La collection organic de Feuillatte

Pour célébrer la sortie de sa première cuvée bio, Nicolas Feuillatte habille sa boutique parisienne aux couleurs de sa nouvelle Collection Organic. Du 25 au 30 avril, l’adresse parisienne de la marque, située au 254 rue du Faubourg Saint-Honoré, change de décor. Des expériences sensorielles, digitales et éducatives seront proposées dans un univers aussi nature que festif pour faire connaissance avec quelques-uns des vignerons qui ont permis la création de cette cuvée bio. Le chef de caves Guillaume Roffiaen dévoilera ensuite, en vidéo, les secrets de ce nouvel opus. Enfin, un atelier de dégustation gratuit sera proposé sous une tonnelle végétale. Un moment unique pour découvrir les saveurs et la complexité de ce champagne extra-brut. Prolongez l’expérience grâce au ticket d’or qui vous sera remis lors de cette visite et tentez de gagner une visite privée guidée des caves en Champagne.
Réservez votre atelier de dégustation gratuit sur chezorganic.nicolas- feuillatte.com

Le retour du Marché aux vins d’Ampuis

Devenu au fil des éditions une rencontre annuelle incontournable de la région, le Marché aux Vins d’Ampuis attire tous les ans plus de 15 000 amateurs ou grands connaisseurs. Du vendredi 29 avril au lundi 2 mai 2022 à la salle polyvalente au cœur d’Ampuis, 67 vignerons présenteront 250 vins durant ces quatre jours. Côte-rôtie et condrieu sont mises à l’honneur aux côtés des appellations du Rhône nord comme saint-joseph, cornas, hermitage, saint-peray et crozes-hermitage. Au programme de cette 93e édition : dégustations et ventes des vins des appellations de la Vallée du Rhône septentrionale, rencontres et échanges avec les vignerons, découvertes des différents vignobles et terroirs.

Plus d’informations sur marche-aux-vins-ampuis-cote-rotie.com

Dans le verre


Un jurançon de style

À Jurançon, Henri Ramonteu partage sa passion entre des vins liquoreux, au bouquet spectaculaire et à la longueur en bouche fascinante, et des vins secs d’une grande pureté et parfaitement équilibrés. Ce geyser 2021, assemblage de 30 % de petit manseng, 30 % de gros manseng, 30 % de camaralet, 5 % de lauzet et 5 % de courbu est un classique de l’appellation et le reflet de l’identité de son terroir argileux silicieux exposé sud-est. Un cocktail d’agrumes et de notes exotiques au nez. Une bouche concentrée et grasse, une finale rafraîchissante.
Domlaine Cauhapé, geyser 2021, 13,90 euros jurancon-cauhape.com

Tout l’Alsace en une bouteille

« A minima » c’est d’abord une locution latine qui signifie littéralement : « Faire appel d’une peine très réduite » et qui a inspiré ce vin. « A minima » c’est ensuite une philosophie, celle de Pierre et Louis Tapet : « La cuvée A Minima en Alsace est un assemblage de tous nos cépages alsaciens. Les raisins sont récoltés suivant leur maturité optimale, parfois pressés conjointement. Ils sont assemblés en cuve pour fermenter ensemble. Un joyeux mélange qui sera élevé à l’abri de l’oxygène et qui permet ainsi de ne sulfiter qu’a-minima ! C’est donc un vin quasi sans soufre, qui se boit frais et libre. » « A minima » c’est aussi le reflet du lieu qui l’a vu naître et le respect du raisin qui donne ce vin. « A minima » c’est enfin un fruité gourmand, une bouche tonique, un jus concentré et une finale ciselée.
Domaine Trapet père & fils, a minima, alsace 2020, 14 euros, idealwine.com

Un indigène qui ne sent pas le soufre

La famille Jonquères d’Oriola s’est investie dans la vigne dès le XVe siècle dans le Roussillon. Certains membres de la famille ont aussi brillé dans l’équitation de haut niveau. Joseph, champion du monde dans les années 1920 ; Christophe, plusieurs fois champion de France et d’Europe ; Pierre, le cavalier français le plus titré de l’histoire. Après un tour du monde des plus grands vignobles qui lui a inspiré des pratiques culturales et œnologiques respectueuses de l’environnement, c’est William Jonquères d’Oriola qui aujourd’hui gère les 95 hectares de vignes. Il s’est également exercé à Bordeaux puis à Sancerre chez Gitton père et fils. Les domaines de la famille, dont le plus connu est le château Corneilla, couvrent six appellations : côtes du roussillon, côtes du roussillon villages les aspres, collioure, muscat de rivesaltes et rivesaltes. William a introduit des engrais verts, des huiles essentielles pour booster les défenses immunitaires de la vigne, la confusion sexuelle dans les vignes et des nichoirs à chauve-souris pour lutter contre les maladies de la vigne. Son objectif est de faire vivre les sols en leur apportant de la matière organique, de favoriser l’humus et les échanges entre le système racinaire et la plante.

Côtes du Roussillon, l’Indigène, château de Corneilla, rouge 2020
Voici une cuvée sans sulfites ajoutés qui exprime fidèlement son origine. Récoltée à la main sur des terrasses d’argiles et de cailloux du quaternaire, nous avons aimé sa grande qualité de fruit et sa fraîcheur vivifiante. Il conviendra de la stocker dans un endroit frais pour préserver ces qualités.

Note :
15/20
Prix : 12 euros
Tél. : 04 68 22 73 22
www.jonqueresdoriola.fr

Rosé, le bel envol de la couleur

Après une vie d’errements, le rosé s’est enfin calé dans le grand monde des beaux vins. Arômes, saveurs, finesses, l’élégance est là. avec ou sans bulles. Voilà l’histoire

par Louis-Victor Charvet
Avec la participation amicale de Régine Sumeire, Thierry Desseauve, Philippe Jamesse,
Sacha Lichine, Jean-Claude Mas, François Matton et Mathieu Roland-Billecart.
illustration Aurore de la Morinerie


Cet article est paru dans En Magnum #23. Vous pouvez l’acheter sur notre site ici.


« Ma génération, comme celle de mes parents, y a toujours cru. Le vin rosé convient le mieux au climat de la Provence, au mode de vie de ses habitants, à la cuisine de la région. Nous n’avons jamais cessé d’y croire. » Devant la réussite de Minuty, François Matton ne peine pas à convaincre de l’investissement de sa famille dans la promotion du vin rosé. Ils étaient pourtant rares à miser sur la couleur au début de la deuxième moitié du XXe siècle. Avec d’autres, les Matton ont donné au rosé de Provence ses lettres de noblesse à une époque où personne n’avait esquissé les contours de cette couleur, qui n’avait pas encore conquis la planète.
Tout s’est accéléré en vingt ans, la construction du rosé en tant que catégorie de vin s’est faite au rythme de la société, au moins jusqu’au début des années 2000. D’autres reconnaissent que ce succès était tout de même inattendu. Interrogée sur les origines du phénomène, Régine Sumeire, propriétaire du château Barbeyrolles, admet n’y avoir pas cru immédiatement. « J’ai acheté ce domaine à la fin des années 1970. À l’époque, toute la Provence était une terre de rouges et, surtout, une terre de vrac. Personne n’aurait pu prédire le succès du vin rosé. » L’arrivée massive de touristes sur la Côte d’Azur va faire bouger les lignes. Le rouge, moins intéressant qu’aujourd’hui, était plutôt destiné à une consommation locale. Le rosé, lui, plaisait aux touristes en mal de fraîcheur au plus fort de la saison estivale. Rapidement, le phénomène s’amplifie avec la venue de la jet-set internationale sur la French Riviera. Durant l’été, on boit du rosé à Cannes ou à Saint-Tropez. « C’est ce qui a permis au rosé de se faire connaître », s’amuse François Matton. « Il y a eu une inversion du rapport de force entre la consommation locale et la consommation touristique et le rosé a pris le dessus. »
En 1987, la création de la “Route du rosé” par Jean-Jacques Ott conforte l’idée que le vignoble de Provence a désormais changé de couleur. « Nous étions douze domaines à participer à cet événement », explique Régine Sumeire. « On a décidé de faire des caisses panachées de nos vins et de les faire voyager par bateau de Saint-Tropez jusqu’à Saint-Barth. L’évènement a rassemblé des journalistes et des importateurs, notamment des Américains. Le but était de faire reconnaître le rosé à part entière. » Surtout, de le faire reconnaître comme un vin, et pas comme une boisson à part, éloignée des codes et des standards d’élégance, de complexité et de potentiel de garde admis à l’époque pour les blancs et les rouges. Un combat qui allait durer plus de trente ans.


Le vin du nouveau millénaire
Entre 2002 et 2018, la consommation mondiale de vin rosé progresse de 40 %. Un chiffre spectaculaire qui justifie à lui seul qu’En Magnum consacre à la couleur sa deuxième enquête de l’année. Longtemps considéré comme un phénomène de mode, le rosé s’est imposé sur la planète en un temps record, bouleversant brusquement nos habitudes de consommation et le commerce international des vins. En France, la catégorie affole les compteurs depuis vingt ans. Plus d’un tiers de la consommation mondiale de rosé est réalisée dans l’Hexagone.
Face à de tels chiffres, on peut se demander à quelle occasion le consommateur français n’en boit pas. Bien sûr, il y a les touristes. Mais quand même. À l’apéritif, à table, chez soi, au restaurant, à la plage, entre amis, entre collègues, lors d’un mariage, en discothèque, le rosé est partout.
En France, la consommation moyenne de rosé s’élevait à plus de 16 litres par habitant en 2018. Le discours des années 2010 qui cherchait à en faire la boisson alcoolisée privilégiée des millennials a finalement convaincu tout le monde, femmes et hommes, novices et initiés. Vin tout entier dévolu à une consommation décontractée, catalogué un peu hâtivement comme « réservé à ceux qui n’y connaissent rien », le rosé a jeté une lumière crue sur les mécanismes sociaux à l’œuvre quand il s’agit de choisir une bouteille et de parler de ce qu’elle contient. Populaire par excellence, il inaugure le segment des vins de plaisir. À l’aise sur ce terrain, Jean-Claude Mas, l’homme derrière les vignobles Paul Mas dans le Languedoc, rappelle que jusqu’au début des années 2000, « une bonne partie des rosés consommés en France avaient une image de vin de camping, sans intérêt organoleptique, sans style. C’était difficile pour ceux qui commençaient, comme moi, d’associer leur marque à ce phénomène ».
Il faut dire que la période coïncide avec celle d’une percée des rosés du Nouveau Monde. L’heure est au “Matteus rosé” et aux nombreux vins inspirés par les blushs américains. Cela dit, le rosé devient incontournable dans la production hexagonale.
En 2018, le vignoble français est à l’origine de 28 % de la production mondiale de vin rosé. La France exporte ce vin, à hauteur de 23 %, à un prix cinq fois plus élevé que celui d’un rosé espagnol et le valorise de mieux en mieux ces cinq dernières années. La Provence, dont c’est la signature emblématique (90 % des vins produits sont des rosés), représente 38 % des volumes de vin rosé français en AOC. En vingt ans, le pays est devenu le premier producteur et consommateur de vin rosé. Une bouteille de vin sur trois consommée en France est un rosé.

Explosion de la bulle
L’essor de la couleur est aussi intimement lié au champagne. La longue tradition du rosé, initiée en 1818 par la veuve Clicquot, pour qui les vins devaient « flatter à la fois le palais et l’œil », a pourtant mis du temps à s’imposer comme une catégorie à part entière. Il faut attendre le début des années 1980 et la naissance de l’œnologie moderne pour que la couleur trouve véritablement un nouveau souffle. Un renouveau que l’on doit principalement aux maisons Laurent-Perrier et Billecart-Salmon. Ce sont elles qui vont relancer le champagne rosé dans les années 1970.
Mathieu Roland-Billecart, actuel dirigeant de la maison, revient sur cet épisode : « On fait du rosé dans cette maison depuis 1840. Jusqu’à la fin des années 1960, c’était un rosé de macération. Mon grand-oncle, Jean Rolland-Billecart, décide un jour de tout changer et de croire en ce produit qui était un peu marginal dans notre gamme. Il en fait un rosé d’assemblage, à contre-courant de l’époque. »
En Champagne comme ailleurs, le rosé n’a alors pas bonne presse. Rares sont les maisons qui décident de s’engager dans cette voie. « Commercialement, il ne se passe pas grand-chose après la création de notre brut Réserve rosé. La catégorie n’existait pas vraiment, nous n’étions que quelques-uns », confie Mathieu Roland-Billecart. « Il faut attendre les années 1990. C’est le moment où de grands chefs commencent à s’intéresser au rosé de la maison et le considèrent comme le meilleur du marché. » Depuis, ce réserve est devenu le porte-drapeau de la maison et une bonne synthèse de son style.
Caractérisé par la finesse, l’élégance et un fruit toujours aérien, le rosé de Billecart-Salmon s’est imposé comme l’une des références de la catégorie, au point d’être souvent imité dans ses grandes lignes. « Cette cuvée doit beaucoup à la gastronomie. Ce qui nous intéressait, c’était l’univers des restaurants étoilés et de la grande cuisine. » Pour d’autres, ce sera le monde de la nuit et celui de la grande distribution.
La couleur s’impose et les grandes maisons commencent à la décliner dans leurs cuvées de prestige. La catégorie est devenue pérenne et s’est démocratisée. On assiste à une “premiumisation” inédite. Surtout, la manière de faire le champagne rosé, si elle n’a pas beaucoup changé dans la forme, est radicalement transformée sur le fond. « Nos vins rouges sont pensés et élaborés uniquement pour faire du champagne rosé. Tout le monde nous demande du coteaux-champenois, mais nos vins rouges sont vinifiés de manière à limiter les tannins au maximum et dans le seul but de faire du brut rosé ou d’entrer dans la cuvée Élisabeth Salmon », explique Mathieu Roland-Billecart. L’augmentation du niveau de qualité des vins rouges semble donc avoir été décisive dans le succès du champagne rosé.
Un avis partagé par Philippe Jamesse, notre expert maison, grand sommelier et spécialiste mondial du champagne : « Tout est lié à la matière première, à sa maturité. Autrefois, on ne cueillait pas mûr, on vendangeait sur des critères d’acidité et de degré d’alcool sans tenir compte de la maturité physiologique des raisins. Le changement climatique, aussi minime soit-il pour le moment, change l’horloge des maturités. Les vendanges sont plus précoces, les chaleurs sont plus importantes, etc. Pour le rosé, les pinots apportent désormais une dimension de fruit supplémentaire. La catégorie devient plus juste, plus légitime et va au-delà du seul plaisir apéritif. Plus la Champagne saura faire de grands rouges, plus son rosé aura une vraie identité et une dimension de terroir forte ».

La crise d’identité
Le chiffre d’affaires réalisé par la catégorie suffit à prendre conscience des enjeux autour du rosé. En particulier depuis que les nouveaux pays producteurs (Afrique du Sud, Autriche, Chili, etc.) accélèrent pour suivre la tendance. Lui donner une identité forte et déterminer son style pour le protéger de l’imitation a été primordial pour la Provence. Même si le rosé a mis du temps à se définir et à convaincre de sa qualité, deux paramètres semblent avoir été déterminants. La viticulture et la couleur.
Si un grand vin est avant tout le résultat de grands raisins, en ce qui concerne les vins rosés, la viticulture a longtemps été reléguée au second plan. François Matton a été l’un des premiers à promouvoir un changement d’encépagement du vignoble. « L’abandon du carignan, trop productif, au profit du grenache semble avoir été la clef principale d’un nouveau style de rosé. Les cabernets, les merlots, dont la couleur passe facilement dans les jus et qui n’apportent pas la fraîcheur aromatique désirée ont été peu à peu délaissés. »
Seule région viticole d’envergure dans le monde où le rosé est majoritaire dans la répartition de la production, la Provence a compris assez tôt que la viticulture pratiquée devait être en adéquation avec les vins désirés. « Cette orientation signifie que notre travail, notre recherche et notre réflexion sont dictés par la couleur. C’est aussi pour ça qu’on a un temps d’avance », précise François Matton. Parallèlement, avec l’adoption d’une couleur pâle devenue caractéristique des rosés de Provence, la région a trouvé sa signature. Elle la doit à Régine Sumeire.
En 1982, inspirée par son ami Jean-Bernard Delmas, le directeur du château Haut-Brion, elle est la première à adopter des pressoirs plus précis et à penser le pressurage de ses raisins sur le même modèle que celui utilisé pour les raisins blancs. Résultat, un rosé à la robe couleur “pétale de rose”, d’où le nom de cette cuvée iconique, qui présentait l’élégance d’une teinte extrêmement claire et le désavantage d’être refusé aux commissions d’agréments des appellations.
Il faut pourtant attendre le début des années 1990 pour que cette tendance de couleur s’affirme. Trente ans après, la couleur du rosé reste encore significative dans l’esprit du consommateur, au point d’être devenue un gage de qualité et un critère de choix. Un raccourci pas toujours évident et que n’arrangent en rien les rayons de la grande distribution, où l’absence d’information laisse l’acheteur démuni devant un nuancier de couleurs que la mention de l’appellation sur l’étiquette ne suffit pas à expliquer. « Liée simplement à un arrêt de transfert des anthocyanes de la peau vers le jus », cette couleur pâle un choix, explique François Matton. « Nous avons cherché à faire des rosés de pressurage avec un temps de macération dans le pressoir extrêmement court. La couleur pâle, c’est une conséquence de ce nouveau style de vinification. »
L’arrivée sur le marché de ces nouveaux vins rosés est étroitement liée à la technologie mise à la disposition des viticulteurs du Languedoc et de Provence. Si l’on a pu reprocher au rosé d’être trop technique, c’est pourtant cette technique qui a permis d’améliorer considérablement la qualité des vins. « L’utilisation du froid comme le recours à des pressoirs d’une précision extrême, tout cela a permis de faire un bond de géant dans la qualité et la naissance d’un style de rosé frais », insiste François Matton. « Le refroidissement des jus a permis, tout en évitant aux pellicules des baies de donner de la couleur, de limiter l’apport tannique et de rehausser la fraîcheur naturelle apportée par une bonne acidité. »
Ce vin technique ne doit pourtant pas être confondu avec des vins dits œnologiques, faits sans lien avec le lieu et le terroir de leur naissance et sans volonté d’y retrouver un quelconque savoir-faire vigneron. En baisse, le nombre de ces rosés reste encore élevé à l’échelle de notre vignoble national. Thierry Desseauve a le mot juste sur ce sujet en montrant malicieusement qu’on peut comparer le rosé à de la pâtisserie : « Ce qui fait le talent d’un grand chef pâtissier, c’est sa capacité à innover tout en respectant scrupuleusement une recette, des mesures, un dosage entre des ingrédients d’origine noble. Le rosé, c’est pareil. La clef, c’est la rigueur avec lequel on le vinifie ».

Nouvelle dimension
Malgré les efforts des différentes propriétés, en Provence comme dans le Languedoc, le rosé a peiné à s’imposer. « C’est un vin qui a continué d’être mal vu, personne ne le considérait pour ce qu’il était et tout le monde cherchait à le comparer aux blancs et aux rouges. La grille de lecture n’était pas bonne », estime Régine Sumeire. Dans ce contexte, le rôle tenu par la presse spécialisée et l’expertise des vins en France interroge.
Jusqu’au début des années 2010, la critique a émis beaucoup de doutes quant au potentiel des vins, adoptant des critères d’expertise similaires à ceux en vigueur pour les vins rouges ou blancs, se détournant de l’idée de créer un référentiel propre à la couleur. Sans compter une forme de standardisation entre les différents rosés proposés sur le marché, notamment dans les régions où les appellations font du rosé parce que ça se vend bien et non parce c’est leur raison d’être. « Le fait que Brad Pitt fasse la une du Wine Spectator avec son rosé, c’est une chance géniale pour la région », s’amuse François Matton.
La venue de nouveaux arrivants en Provence, avec des moyens importants, donne à la région un nouveau visage. Celui d’un vignoble qui attire les investisseurs. En mai, c’est George Clooney qui est arrivé. Si cela se traduit parfois par une survalorisation de certaines cuvées, on s’accordera pour dire que cette ouverture du vignoble a permis au rosé de changer encore de dimension, rejoignant dans certaines propriétés l’univers du luxe.
Lucide sur la question, Jean-Claude Mas estime que le rosé est un marché qui fonctionne par vagues successives : « C’est très difficile de faire un rosé qui a une identité forte. On peut essayer de faire des rosés de garde, mais le marché n’en veut pas. Le rosé est une catégorie qui doit rester associée à la fête tout en restant indiscutablement bon. Pour cette raison, un jour, la question du prix posera problème ».
En attendant, il reste à régler la question du terroir. Le rosé est-il marqué par son lieu ? N’est-il pas qu’un vin de cépage associé à une identité de marque et à une logique de propriété ? La progression récente et spectaculaire des vins rosés en France, plébiscités par les consommateurs, nous incite à valider l’idée de trouver de plus en plus de vins de terroirs, rendus possibles par une viticulture désormais irréprochable en bon nombre d’endroits.

[Vite vu, vite bu] Château La Garde, pessac-léognan 2015 (épisode 4)

On aime le fruit profond et mûr, les notes de cuir, violette et cacao, la bouche puissante, avec des tannins solides mais gras, de la persistance et un bon équilibre sur la fraîcheur. Massif et équilibré.

Note Bettane+Desseauve : 90/100

Pour vous faire profiter de nos sélections et de nos coups de cœur, Bettane+Desseauve et son partenaire WineSitting proposent aux lecteurs d’En Magnum
un tarif direct producteur27,55 euros

Le mondovino de la semaine #157 tourne à fond

Le gel devenu un rendez-vous • World’s Most Admired Champagne Brand • La nouvelle œnothèque virtuelle de la famille Hugel • Un grand rosé de Champagne • Un grand rosé de Provence • Chaque jour du nouveau, en voici cinq

Dans le vignoble


Le gel devenu un rendez-vous

Commencer le mondovino de la semaine en évoquant cette vague de froid qui traverse la France est une évidence. Difficile à prévenir, difficile à combattre, elle a fait des dégâts chez les viticulteurs et les arboriculteurs de l’ensemble des régions. Bougies, feux de foins, pulvérisations d’eau, taille en deux temps, tous les moyens sont bons pour limiter la casse même si le prix à payer est lourd. Au-delà de la solidarité que nous leur témoignons, le constat est alarmant. Cette photo a été prise au domaine Graeme & Julie BOTT à Ampuis dans Vallée du Rhône Nord, la nuit du 5 au 6 avril 2022.

World’s Most Admired Champagne Brand

Pour la troisième année consécutive, c’est la maison Louis Roederer qui a été élue marque de champagne la plus admirée du monde (World’s Most Admired Champagne Brand). Le jury qui compte plus de 300 membres est composé de professionnels du vin, dont des sommeliers, des cavistes, des importateurs, des Masters of Wine et des journalistes. Les cinq marques préférées sont sélectionnées suivant trois critères : la qualité perçue des vins et de leur élaboration, en particulier sur la cuvée non millésimée ; la communication, le packaging et le marketing, en cohérence avec le positionnement de la maison ; la désirabilité et l’admiration que suscite la marque. « Obtenir ce titre pour la troisième année consécutive est une source de grande fierté et de joie pour notre maison et tous nos collaborateurs. Cette distinction vient récompenser l’engagement des membres de notre famille qui président aux destinées de Louis Roederer depuis plus de deux siècles », précise Frédéric Rouzaud, président-directeur général de Louis Roederer.
Plus d’informations sur louis-roederer.com

La nouvelle œnothèque virtuelle de la famille Hugel

Le 5 juin prochain, la famille Hugel dévoilera une œnothèque virtuelle sur la plateforme decentraland.org. Plus de 120 bouteilles ou magnums, du millésime 1865 à 1990 et d’une valeur inestimable, seront mis à la vente. Ils seront répertoriés et identifiés sous la forme de NFT (non fungible token), c’est-à-dire des objets uniques. Sur cette plateforme, chaque génération de la famille Hugel sera représentée par son propre avatar pour répondre aux questions des visiteurs et permettre ainsi de recréer un lien fort avec les amateurs de vin et leur donner l’envier de visiter la maison Hugel présente en Alsace depuis 1639 avec son caveau de dégustation dans le village de Riquewihr. Les visiteurs pourront poser leurs questions à la 13e génération représentée par Jean-Frédéric et Marc-André (32 ans), à Marc (63 ans) la 12e génération et à André (92 ans), la 11e génération.
Plus d’informations sur hugel.com

Dans le verre


Un grand rosé de Champagne

Bien connue et appréciée pour ses vins effervescents, la Champagne produit aussi d’excellents vins tranquilles qui restent cependant assez confidentiels. Cultivé sur des calcaires et marnes du jurassique kimméridgien ferrugineux à 250 mètres d’altitude par le domaine Alexandre Bonnet, ce rosé-des-riceys est un vin rouge tranquille de macération. Une expression singulière et confidentielle du pinot noir planté en 1974 et issu d’une sélection massale du domaine. Ce cépage est, ici, cultivé avec soin, vendangé à la main et élevé avec brio. Le fruité est expressif : des notes de fruits rouges et fruits des bois. La bouche ample est portée par un grand équilibre aromatique et une belle longueur. Un pinot noir de gastronomie, produit uniquement à 3 579 bouteilles.
Domaine Alexandre Bonnet, rosé des riceys, la forêt 2018, 44 euros, winesitting.com
Note Bettane+Desseauve : 91/100

Un grand rosé de Provence

Propriété de la famille Ferrari depuis plusieurs générations, géré par Sébastien Ferrari depuis 2007 et voisin direct du Fort de Bregançon, le château Malherbe est une propriété provençale d’une vingtaine d’hectares divisée en deux terroirs distincts : la pointe-du-diable, en front de mer, est constitué de limons anciens chargés de quartz qui offre des vins avec une expression fraîche et légèrement iodée ; malherbe, au pied du cap Bénat, une des pointes argilo-schisteuses situées à l’extrême sud du massif des Maures, se distingue par une belle complexité, une grande vivacité et une jolie longueur en bouche. Sébastien Ferrari fait appel au talentueux Philippe Pacalet, adepte des vins vinifiés sans soufre et en vendange entière. Le millésime 2020 est le fruit de cette collaboration. Il marque un tournant et une vraie volonté de la part de la famille de produire des vins d’exceptions. Ce malherbe rosé 2020 est un assemblage de vieux grenache, cinsault et mourvèdre cultivés en agriculture biologique et en biodynamie. Il se caractérise par une couleur rouge grenat, de la brillance et des nuances légèrement tuilées.
Château Malherbe, grand-rosé 2020, 49 euros chateau-malherbe.com
Note Bettane+Desseauve : 92/100

Les Grandes Costes, le rêve vigneron de Jean-Christophe Granier

Après une première carrière dans la presse viticole, Jean-Christophe Granier est revenu dans son village de Vacquières, une commune qui fait partie de la zone du pic saint-loup, en Languedoc. Ce domaine hautement fréquentable fait preuve de régularité et continue sa marche en avant. Présentation par nos experts, en vidéo

À chaque pro son parcours

Que vous vouliez approfondir une région, rechercher des vins accessibles en prix, déguster des icônes ou découvrir des domaines peu connus, voici différents parcours possibles adaptés à vos envies ou au temps dont vous disposez

Ailleurs : les vins du monde
Enjambez les frontières, voyez plus loin, des vins différents, des cépages inconnus. Un voyage immobile en quelques pas, ça ne se rate pas

Holdvolgy (table 104)
Klein Constantia – Vin de Constance (table 46)
Le Goût du Vin (table 98)
Pauly – Dreissigacker – Neiss (table 103)
South World Wines (table 102)
Vinarija Fazan (table 9)


Grandes etiquettes & vins cultes : le parcours de taille xxl
Aimer le vin, c’est aussi aimer les grandes étiquettes. Les ténors du vignoble sont venus en force, venez savourer leurs cuvées de légende

Champagne Ruinart (Table 17)
Champagne Veuve-Clicquot (Table 59)
Château Bouscassé – Château Montus (Table 7)
Château Brane-Cantenac (Table 64)
Château Rauzan-Gassies (Table 75)
Domaine Chanson (Table 47)
Domaine Charles Joguet (Table 41)
M. Chapoutier (Table 66)


C’est mon premier Grand Tasting
Une première fois, ça se prépare. Les incontournables, nos découvertes, nos chouchous, ils sont tous là pour vous. Courte sélection dans la sélection

Champagne Lombard (table 70)
Champagne Sanger(table 11)
Chante Cocotte (table 76)
Château de France (table 42)
Château Les Carmes Haut-Brion (table 8)
Château Tronquoy-Lalande (table 58)
Château Vari (table 35)
Clos de l’Oratoire des Papes (table 80)
Domaine Albert Morot (table 24)
Domaine d’Aigue Belles (table 74)
Domaine du Bagnol (table 89)
Maison Vidal-Fleury (table 39)


Le Grand Tasting en 1 heure chrono
Vous n’avez pas le temps ? Ne perdez pas une minute, allez à l’essentiel. Voici cinq grands noms du vignoble à goûter au moins une fois dans sa vie

Champagne Ayala (Table 48)
Château de la Gardine (Table 44)
Château Fonroque & Château Mazeyres (Table 50)
Château La Coste (Table 59)
Vignobles Cruse & Lorenzetti (table 60)


Le Grand Tasting en 2 heures chrono
Deux heures, c’est rien de trop. C’est même assez peu pour un aussi grand salon. Voici les onze domaines qui vont combler vos envies. La prochaine fois, vous resterez un peu plus longtemps

Cave de Ribeauvillé (table 49
Cave de Tain (table 63)
Champagne Bruno Paillard (table 43)
Château Bonnange (table 18)
Château de Ferrand (table 62)
Château Léoube (table 20)
Domaine de Baronarques (table 31)
Domaine des Grandes Costes (table 28)
Domaine Joseph Mellot (table 67)
Famille Vigouroux (table 23)
Rijckaert (table 51)


Mon Grand Tasting des découvertes
Ces producteurs font leur entrée pour la première fois pas sur la scène du GT Pro. Pépites à découvrir ou grands noms, découvertes ou marques établies, ils sont à retrouver au Carreau du Temple

Bott Frères (table 5)
Champagne Gonet Sulcova (table 6)
Champagne Pierre Mignon (table 32)
Château Camensac (table 95)
Château d’Agassac (table 91)
Château de Fieuzal (table 21)
Château de l’Engarran (table 101)
Château de la Bonnelière (table 94)
Château de Pizay (table 45)
Château de Sannes (table 40)
Château Margüi (table 25)
Château Pierrail (table 97)
Château Soucherie (table 81)
Comte Henry d’Assay (table 65)
Domaine du Carrubier (table 92)
Domaine du Vallon des Glauges (table 100)
Domaine Vuillemez Père et Fils (table 72)
Domaines Rollan de by (table 52)
Gabriel Meffre (table 54)
Louis Tête (table 4)
Maisons et Domaines les Alexandrins (table 33)
Vignoble Moncets (table 71)


Le Grand Tasting en une journée
Vous allez pouvoir faire le grand tour du salon de long et en large et même en travers, en découvrant dans toute la diversité du Grand Tasting. Du champagne, du soleil de Méditerranée, le Rhône de haut en bas, Bordeaux, la Bourgogne et tous les autres. Vous repartirez ravis, des étoiles plein les yeux.

Altugnac (table 19)
Antoine Moueix Propriétés (table 78)
Bastide de Blacailloux (table 22)
Bouvet-Ladubay (table 26)
Calmel & Joseph (table 69)
Champagne Edouard Brun (table 53)
Champagne Esterlin (table 85)
Champagne H. Blin (table 90)
Champagne Lallier (table 27)
Champagne Ployez-Jacquemart (table 93)
Champagne Telmont (table 30)
Champagne Waris Hubert (table 14)
Château d’Estoublon (table 86)
Château Gigognan (table 13)
Coravin (table 105)
Domaine de Sauzet (table 34)
Domaine des Bénédictins (table 84)
Domaine des Bergeries de Haute-Provence (table 55)
Domaine Désormière (table 73)
Domaine Lafon-Veyrolles (table 18b)
Domaine Pierre et Bertrand Couly (table 57)
Les Caves du Mont-Tauch (table 51b)
Maison Chartron et Trébuchet (table 2)
Maison Ogier (table 79)
Maison Sinnae (table 83)
Maison Wessman (table 10)
Mas Saint-Louis (table 56)
Moulin de la Roque (table 96)
NewRhône Millésimes & Romain Duvernay (table 36)
Rhonéa (table 88)
Vignobles Foncalieu (table 15)

La liste complète des exposants est disponible sur pro.grandtasting.com

Vous êtes professionnels et vous recherchez des pépites à un rapport prix plaisir intéressant ? On vous donne rendez-vous alors le lundi 11 avril au Grand Tasting Pro.

Un style ou juste une patte ?

On casse les codes du vin ou on s’en inspire pour imposer son style. le choix est là, c’est aussi le choix d’une époque, d’une civilisation. Notre dégustateur en chef a choisi son camp

Nous avons parfois la chance ou la malchance de vieillir, mais la société, qu’elle avance ou qu’elle recule, selon notre point de vue, n’en n’a cure. Ma génération avait son goût formé par ses études et une culture humaniste fondée sur le respect de l’histoire et des grands créateurs du passé, une présence constante dans nos consciences. La technologie fait vivre les suivantes dans un univers temporel et spatial complètement différent où l’instant présent efface le passé et l’immédiateté du succès attire plus que la recherche d’une gloire future. Le vin et son goût ne peuvent rester à l’écart d’un aussi formidable changement. Parallèlement au refus de toute autorité, dont la plus jubilatoire manifestation est le plaisir de casser tout code, la tradition en matière de vin ne veut plus rien dire à une majorité de jeunes consommateurs et d’influenceurs. Plutôt, ils s’en méfient. En bons disciples de Rousseau qui s’ignorent, dopés par la passion du soupçon, ils laissent parler leur cœur et généralisent leurs préférences à partir d’instants séparés de tout lien ou toute recherche de constance ou d’absolu. Leur vrai combat est ailleurs, on les comprend. La survie de la planète devant les dangers de la surpopulation leur importe plus que la continuation d’une civilisation qui l’a mise en danger.
Pour le vin, on donnera à la patte plus d’importance qu’au style. Le style, pour notre génération, était la recherche d’une perfection formelle qui rendait tout contenu de pensée ou toute production humaine capable de défier le temps. Cette recherche permettait de dépasser la faiblesse de l’individu pour viser la force de l’universalité. La patte, au contraire, est le triomphe de l’individu sur l’universel. Une expression originale, personnelle, irréductible, considérée comme plus authentique, plus libérée des conventions ou des paresses de la société, plus proche d’un « naturel » qui a remplacé l’idéal de l’effort à accomplir pour se surpasser. Seule exception, qui devrait d’ailleurs faire réfléchir, le sport, où l’idéal de la victoire reste un concept universel, toute condition sociale, tout environnement économique ou politique confondus […]

La suite et à retrouver dans En Magnum #27, disponible chez votre marchand de journaux, sur enmagnum.com et sur cafeyn.co

Coréen et français, deux bons restaurants à Paris

Deux nouvelles adresses à Paris qui osent la rencontre entre un registre français et coréen. Dans les cuisines des deux restaurants, une cheffe originaire du Pays du Matin calme avec, à la clé, des assiettes hautes en couleur et en saveur. Passage obligé.

Un restaurant confidentiel

Le jeune couple franco-coréen aux manettes de ce petit restaurant confidentiel a réussi l’impossible, imposer dans cette rue riche en attrape-touristes une singulière cuisine, à savoir née de la fusion entre le registre français et coréen. Victor en salle, très précis et attentionné, transmet sa passion de produits sérieusement sourcés (remarquable pigeonneau de Pornic de Marie-Samuelle Bourreau) et conseille idéalement les vins. Les deux cheffes (salé et sucré), toutes deux originaires du Pays du matin calme, maîtrisent une carte élégante et subtile dans les associations jusqu’à garder le meilleur des deux cultures. Les bouillons et jus sont ainsi marqués par leur justesse et servent parfaitement la composition soignée des plats. A moins de cinquante euros le menu du dîner au cœur de Montmartre, on signe tous les jours pour y retourner.

Signature Montmartre
Ce qu’en dit le Lebey : Coup de cœur
Où : 12, rue des Trois-Frères, 75018 Paris
Métro : Abbesses
01 84 25 30 00

http://www.signature-montmartre.fr


Des assiettes esthétiques et raffinées

Juliette Ju a l’œil sur tout. Rien de surprenant, elle a installé ses cuisines dès l’entrée de son Octave, derrière une verrière qui lui permet de surveiller chaque détail du repas. L’adresse reprise en 2019 a été repensée avec désormais une salle à la fois intimiste et élégante, épurée et chaleureuse que confortent les éclairages soignés, les arts de la table sur mesure, les serviettes chiffrées ou les fleurs fraîches dressées sur chaque table. Ancien élève de Ferrandi Paris, elle maîtrise parfaitement des techniques qu’elle a perfectionnées lors de passages notamment au Cordon Bleu. Elle accompagne sa quenelle de poisson d’une bisque à la française réalisée à base de gambas et qu’elle prépare chaque jour. Pas de tomate comme dans la recette traditionnelle, mais une pâte de miso et un assaisonnement bien prononcé, en fait à la coréenne … C’est bien ici la magie des plats qui constituent le menu, un va-et-vient permanent entre les deux cultures et les deux gastronomies. Le risetti est à base de petites pâtes – le riz serait selon elle trop compact – et associe différentes textures, tempuras d’encornets encore croquantes ou émulsion aérienne. Pour le soban, le riz blanc est proposé avec des herbes sauvages pour plus de digestibilité et s’accompagne d’anchois aux pignons de pin qu’elle fait venir directement du Pays du Matin calme. Quant au kimchi, elle le prépare chaque jour pour éviter un excès de fermentation qui heurterait le palais français. Bref, une virtuosité à toutes les étapes que traduisent à leur façon les assiettes esthétiques et raffinées, pousses de moutarde, de radis ou de coriandre et, dès les beaux jours, fleurs de de ces mêmes herbes ou végétaux. Et une grande générosité dans les compositions chez cette personnalité haute en couleurs qui reconnaît fuir les adresses aux assiettes par trop minimalistes. Au fait pourquoi Octave ? C’est le point de départ de toute construction de gammes et une jolie métaphore musicale qui invite à la rencontre et à la consonance.

Octave
Ce qu’en dit le Lebey : 1 tour
Où : 23, rue Saint-Didier, 75016 Paris
Métro : Boissière – Victor Hugo
01 73 74 57 57

www.octave-paris.com

[Vite vu, vite bu] Champagne Boizel, le brut réserve et le blanc de noirs (épisode 3)

Frais et savoureux, son fruit précis se montre ample en bouche grâce à sa maturité tout en ne manquant pas de précision, voilà un champagne brut sans année qu’on recommande les yeux fermés.
Note Bettane+Desseauve : 91/100
Pour vous faire profiter de nos sélections et de nos coups de cœur, Bettane+Desseauve et son partenaire WineSitting proposent aux lecteurs d’En Magnum un tarif préférentiel direct producteur : 32 euros au lieu de 34 euros
https://winesitting.com/product/daf8fe17-7a3c-4276-b74e-0ffda18055c7/champagne-boizel-brut-reserve?queryID=3d74d304120d5fe246abfc9c42a7bc17#utm_source=bettanedesseauve&utm_medium=newsletter&utm_campaign=040422&utm_content=boizel&utm_term=winesitting
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Blanc de noirs : Fruit intense, notes briochées, arômes intenses, ce champagne brille par sa suavité en bouche et son équilibre irréprochable. Une vraie réussite qui ne manque pas de dynamisme.
Note Bettane+Desseauve : 92/100
Pour vous faire profiter de nos sélections et de nos coups de cœur, Bettane+Desseauve et son partenaire WineSitting proposent aux lecteurs d’En Magnum un tarif direct producteur : 42 euros

https://winesitting.com/product/44bcdfec-3afe-47f0-af8d-43945e34ee2e/champagne-boizel-blanc-de-noirs?queryID=3d74d304120d5fe246abfc9c42a7bc17#utm_source=bettanedesseauve&utm_medium=newsletter&utm_campaign=040422&utm_content=boizel&utm_term=winesitting