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Gigondas, les meilleurs sont là

Si l’appellation gigondas continue de trôner par les meilleurs rapports qualité prix du vignoble, elle le doit à ses nombreux domaines talentueux, encore injustement méconnus. Priorités pour l’amateur, nouveautés et coup de cœurs, notre dégustateur Frédéric Blanc a tout dégusté, voici ceux qu’il vous faut avec les notes et les commentaires


Arnoux et Fils, Sélection parcellaire 2018
Grande concentration, bel élevage, du fruit et des épices, mais il faudra patienter un peu pour que les tannins s’assagissent. 14,5/20.

Château de Saint-Cosme, Hominis Fides 2018
Structure plus imposante que dans la cuvée Le-Claux, les tannins demanderont un peu plus de temps. Grande délicatesse dans le toucher de bouche. Quelle finale ! 17/20.

Clos du Caveau, Champvermeil 2017
Un fruit bien extrait, des épices douces, un vin suave, tout en finesse. Belle réussite. 15/20.

Clos du Joncuas, gigondas 2017
Belle réussite pour cette cuvée harmonieuse où les fruits noirs cèdent la place aux épices sur un tapis de tannins délicats. 15/20.

Dauvergne-Ranvier, Vin Rare 2017
Bien construit, ce vin charpenté et concentré finit agréablement sur les épices. 15/20.

Delas, Les Reinages 2018
Agréablement fruité, souple, et d’une belle fraîcheur en finale. 14,5/20.

Domaine Brusset, Le Grand Montmirail 2018
Nez fin de garrigue, de laurier, attaque en bouche vive et fraîche, tannins enrobés, longue finale sur les épices. 15/20.

Domaine d’Ouréa, gigondas 2018
Nez de fruits confis, bouche gourmande, finale épicée. Vin à carafer impérativement 2 heures avant le service. 15/20.

Domaine de la Tourade, Morgane 2016
Une belle attaque fraîche sur le fruit, des tannins maîtrisés et une finale épicée. Belle réussite. 14,5/20.

Domaine de Longue Toque, Hommage à Gabriel Meffre 2017
Attaque douce et harmonieuse, plein d’énergie et de fruits, tannins totalement maitrisés et finale finement épicée. Belle réussite. 15/20.

Domaine de Montvac, Adage 2018
Un vin tout en rondeur et en souplesse, une belle maîtrise des tannins autour de fruits veloutés. Belle réussite. 15/20.

Domaine des Bosquets, Le Lieu-Dit 2017
Rond, suave, matière énorme emballée dans un écrin de velours. L’archétype de l’élégance que l’on peut trouver dans le secteur. 16,5/20.

Domaine du Grapillon d’Or, Excellence 2016
Belle extraction de fruit et des tannins maîtrisés confèrent à ce vin une bouche suave et fraîche. Très belle réussite. 14,5/20.

Domaine La Bouïssière, Prestige La Font de Tonin 2017
Vin charpenté avec des fruits noirs et des épices en abondance, une longue finale. Sur les viandes grillées, il fera merveille. 14,5/20.

Domaine La Fourmone, Le Fauquet 2019
Nez de garrigues, thym, laurier, attaque fraîche et vive, jolis tannins mûrs. À attendre deux ans. 14,5/20.

Domaine Les Goubert, Florence 2015
Une cuvée arrivée à maturité avec ses délicieux fruits rouges et ses épices, le tout enrobés par des tannins séduisants. Belle réussite. 15/20.

Domaine Raspail-Ay, gigondas 2016
La délicatesse du toucher de bouche, la rondeur des tannins, les fruits extraits sans exagération et la finale épicée confèrent à ce vin une sorte d’apothéose de l’appellation. 17,5/20.

Domaine Raspail-Ay, gigondas 2017
Une douceur exemplaire qui envahit la bouche fait place à des fruits noirs mûrs et à une explosion d’épices. 16,5/20.

E. Guigal, gigondas 2016
Harmonieux, fruité et épicé, un vin représentatif de l’appellation et accessible à tous. 15/20.

Gabriel Meffre, Sainte-Catherine 2017
Un vin souple et accessible mais avec tous les composant du gigondas : fruits noirs, tannins enrobés, petites épices. 14,5/20.

Gabriel Meffre, Château Raspail 2016
Les quelques années de vieillissement apportent un surplus de complexité à cette cuvée généreusement fruitée et épicée. 14,5/20.

Mas des Restanques, gigondas 2018
Nez de garrigue et de laurier, vin charpenté avec une finale très épicée. Belle réussite. 14,5/20.

Montirius, Terre des Aînés 2017
Nez d’une grande fraîcheur sur les fruits rouges et les épices, bouche d’une rare suavité pour autant de matière, finale onctueuse sur les épices, la perfection. 17/20.

Montirius, Confidentiel 2016
La bouche est soyeuse, les tannins totalement enrobés dans une explosion de fruits noirs et d’épices. Un vin superlatif. 17/20.

Moulin de la Gardette, Ventabren 2018
Vin bien extrait et concentré, pulpeux, d’une grande fraîcheur avec une finale sur les épices. Une grande réussite. 15/20.

Pierre Amadieu, Domaine Grande Romane 2018
Vin frais, concentré, tannins maîtrisés et enrobés, belle fraîcheur et finale sur les épices douces. 15/20.

Pierre Amadieu, Le Pas de l’Aigle 2016
Très jolie cuvée, bien extraite avec des tannins harmonieux, des fruits présents au côté des tannins. Très belle réussite. 15/20.

« Taittinger est beaucoup plus moderne qu’on ne le croit »

Début 2020, Vitalie Taittinger a reçu des mains de son père, l’emblématique Pierre-Emmanuel, la gouvernance de la maison familiale. Aujourd’hui, c’est elle la présidente. Au bout d’une année, terrible, il était temps de faire un premier point. Et c’est bien

Nous sommes le jeudi 2 janvier 2020 au matin. Vous arrivez au siège de la maison Taittinger. Vous changez de bureau. Et de vie. Présidente, ça fait comment ?
Rien de radical. J’étais déjà lancée dans l’aventure depuis quelques années. C’est un changement de posture dans l’entre-prise. Je quitte une fonction opération-nelle, celle du marketing et de la commu-nication. Ce nouveau poste m’oblige à plus de retrait, plus de réflexion. Savoir obser-ver. Il y a une responsabilité que je n’avais pas. Elle a été d’autant plus évidente avec la crise liée à l’épidémie de Covid-19. Mon premier geste fort dans l’entreprise, c’est d’avoir fermé la cuverie, une mesure nor-male toutefois en raison des circonstances. Nous avons travaillé deux jours pour arrê-ter et sécuriser le site et nous avons anti-cipé cette fermeture parce que nous ne voulions mettre personne en danger.

Vous voilà loin de votre carrière ini-tiale. Comment vous en sortez-vous ?
D’abord, je ne suis pas toute seule. J’anime une équipe avec laquelle je par-tage le poids des responsabilités. Je suis entourée de gens talentueux que je connais bien et en qui j’ai confiance. Ça fait treize ans que je travaille avec eux, je ne les découvre pas. Le comité exécutif s’occupe de veiller aux grands équilibres de l’entreprise. Il étudie la totalité des su-jets. En ce qui concerne mes propres com-pétences, c’est certain que les études que j’ai suivies ne me destinaient en rien à ma fonction d’aujourd’hui. En treize ans, j’ai compris que rien n’était impossible, qu’on apprenait un peu plus en situation dans les entreprises qu’à l’école.

Vu de l’extérieur, Taittinger est entre les mains d’une bande de jeunes. Un renouvellement total des générations ?
C’est vrai. Et pour tout dire, nous pen-sons déjà à celle qui nous succèdera. Tout va très vite. Nous avons besoin de nous appuyer sur une génération future qui soit très bien construite et formée. Il y a un objectif de croissance interne et externe à atteindre et des enjeux de taille. Quasi-ment toute l’équipe est là depuis l’arrivée de mon père Pierre-Emmanuel, en 2007. Dès le début, il avait mis le cap sur ce rajeunissement.

Quelles sont les activités de Pierre-Emmanuel Taittinger dans ce nouvel organigramme ?
Aujourd’hui, il est chargé de mission pour la maison. Il n’a pas de regard sur le business, il s’y intéresse, nous le solli-citons en cas de problème. Il apporte son expérience. C’est aussi un ambassadeur formidable qui incarne au mieux toutes les valeurs de la maison. C’est lui qui l’a reprise, c’était un rêve fou. Parce qu’il est curieux et actif, il regarde aussi ce qui se passe dans le monde des affaires. Il nous donne toutes sortes d’informations. Je l’ap-pelle souvent et on se voit beaucoup. Il a repris avec Philippe Varin l’une des plus vieilles entreprises françaises de vitraux, l’atelier Simon-Marq, installé à Reims, qu’il tente de sauver.

C’est une constante de la maison. Taittinger est un grand mécène.
La maison a participé, avec d’autres entreprises rémoises, à la reconstruction de la cathédrale de Reims. Nous conti-nuons à être investis dans le soutien du patrimoine rémois et champenois. En ce moment, nous participons aux travaux de rénovation de la façade et de la statuaire de la maison des comtes de Champagne. Cette demeure fait partie du patrimoine de l’entreprise et accueille beaucoup de manifestations culturelles.

Lors de la reprise en 2007, Pierre-Emmanuel avait insisté sur le carac-tère familial de la maison Taittinger et redéfini des objectifs pour cette nouvelle époque. Où en êtes-vous au-jourd’hui ?
Le premier objectif de la famille a tou-jours été de garder le contrôle de l’entre-prise. C’est le cas aujourd’hui. Bien sûr, la maison doit continuer à s’ancrer et à se développer. Aujourd’hui, nous disposons de presque 300 hectares de vignes. C’est énorme. L’achat de nouvelles parcelles n’est donc pas à l’ordre du jour. Nous voulons faire en sorte que cette entreprise acquière petit à petit son patrimoine. L’axe prioritaire de la maison, c’est le dévelop-pement de l’outil de production.

Pourquoi ?
La raison principale est simple. Le prix du foncier en Champagne est extrêmement élevé. Cela prend beaucoup de temps avant de pouvoir en tirer des bénéfices. Aujourd’hui, on a déjà un capital de vignes important et des partenaires avec lesquels nous travaillons bien et depuis longtemps. C’est un équilibre et à ce niveau-là, nous ne voulons pas aller plus loin.

Il y a quelques temps, Pierre-Emma-nuel a pris position en Angleterre dans le Kent pour produire un sparkling haut de gamme. Pourquoi ?
Pour les mêmes raisons qui nous ont amenés à nous installer en Californie dans les années 1980. La maison cherche à se solidifier en Champage et à se solidifier en général. Cette croissance externe as-soit la marque et notre savoir-faire sur les marchés qui sont pour nous les plus im-portants, États-Unis et Angleterre. C’était pertinent d’acheter un peu plus de trente hectares de vignes dans le Kent.

Pour la toute nouvelle présidente que vous êtes, la liberté d’innover, c’est possible ?
Je me sens libre. La meilleure façon pour moi d’être libre dans cette entreprise, c’est de vivre l’aventure et d’être aux aguets sur la qualité de nos vins. Je veux questionner la gamme jusqu’au bout et jusqu’au jour où la maison aura envie de changer. On change et on évolue depuis des années, ce n’est pas toujours visible. Mais dans l’invi-sible, beaucoup de choses changent. Je ne crois pas à une bonne communication qui ne relayerait pas l’envie ou le besoin de changer de message ou à une communi-cation sans nouvelle histoire à raconter. La feuille de route que nous nous sommes donnée avec ma bande, comme vous dites, c’est la liberté. C’est vrai, je suis un peu moins conservatrice que ne l’a été mon père. Pour lui, c’était important de mainte-nir chacune des cuvées. Nous voulons les maintenir et nous battre pour que toutes les références de la gamme soient impor-tantes. Dans les prochaines années, il y a aura des changements dans ce sens. J’in-siste, ma liberté n’est pas une posture. Ce n’est pas parce que je suis là que j’ai envie de tout changer. On changera ce qu’il faut changer pour que la maison soit dans son époque et qu’elle continue à raconter une histoire vraie et qui lui soit propre.

Aujourd’hui, l’idée reçue c’est que Taittinger est le grand ambassadeur du classicisme champenois. Nous l’avons vérifié chez Bettane+Desseauve, il y a plus de modernité dans les vins que l’idée qu’on se fait de la maison.
C’est vrai. Et notre objectif, c’est de le traduire. C’est la mission que j’ai confiée à celle qui a pris ma place, Hannelore Rima. Mon père a repris l’entreprise avec une folle audace, mais il n’aurait jamais remis en cause le travail qui avait été fait avant. Le classicisme est une vision très conservatrice de ce que nous sommes. Nous arrivons à un moment où nous ne sommes pas à l’aise avec cette idée dépas-sée. Elle ne ressemble pas à l’énergie qu’il y a dans cette maison, dans ses vins, dans son équipe. Le positionnement, c’est l’idée que le consommateur se fait d’un produit, d’une marque. Ce qu’il voit n’est pas for-cément ce que nous sommes. La première chose à faire, c’est de rétablir cet aligne-ment. Nous sommes en train de déterminer l’endroit où nous allons placer le curseur entre le classicisme et la modernité. Il doit témoigner à la fois d’une continuité – on ne renie pas le passé – et d’une grande transparence. Pour que l’on sache qui nous sommes et ce que nous sommes en train de construire.

Cet article a été publié dans En Magnum #21 (en kiosque).
Photo : Mathieu Garçon

Nos génies de l’année, tous ceux qu’on voit de loin

c’est un homme, une équipe, un endroit, une famille, une région, une vigne, un expert, une absence, même. ils se sont fait remarquer en 2020


Génie du vin


Gérard Bertrand, le pharaon du Languedoc

Les vignerons ont en commun avec les pharaons l’habitude de construire des pyramides. Certes, celles que bâtissent les premiers ne sont pas de pierre mais de vignes et de chais et s’y conservent non des momies, mais des bouteilles. Les pyramides du vin ont un sommet, une ou plusieurs cuvées rares et sévèrement contingentées, qui s’arrachent et font rêver les amateurs, un milieu, des vins de prestige dans des appellations qui ne le sont pas moins et une large base, des vins d’appellations dites génériques dont les mêmes amateurs apprécient la régularité et l’assurance de qualité. On l’a compris, ces pyramides-là, à l’inverse des égyptiennes, se bâtissent en commençant par le haut. Marcel Guigal, maitre en la matière, a construit son empire viticole en partant des quelques milliers de bouteilles de la Mouline et de la Landonne, et beaucoup d’autres, en Bourgogne, en Alsace, dans la vallée du Rhône ou à Bordeaux, ont su réaliser ce miracle architectural.
Gérard Bertrand, lui, est un cas unique – en France du moins – de vigneron ayant édifié sa pyramide en commençant par le bas. Parti du vignoble familial de Villemajou, cet enfant des Corbières élevé à la double et rude école du rugby et du travail de la vigne n’avait guère le choix quand il reprit l’affaire familiale après la disparition prématurée de son père. Le Languedoc apparaissait comme un vignoble de second ordre au début des années quatre-vingt-dix et, parmi ses terroirs, les Corbières paraissaient être le vignoble le plus sinistré de tous. Il a donc commencé par vendre du vin aux grandes surfaces, d’abord de différentes sources, puis sous sa marque. Il y a acquis une certaine assise, une compréhension immédiate des attentes des marchés et un sens quasi maniaque du détail. Beaucoup de professionnels et d’amateurs en sont restés là : un négociant – de surcroît du Languedoc – ne saurait devenir un grand vigneron. Pourtant, Gérard Bertrand a eu très tôt l’ambition de construire sa pyramide et n’a jamais perdu le cap. Une anecdote le raconte très bien. En 2000, il acquiert sept hectares merveilleusement situés sur des terrasses calcaires et argileuses face à la Montagne Noire, dans le cru de La Livinière. Il y a là de vieux carignans et syrahs. Il les complète aussitôt de grenache et de mourvèdre, il pressent que ce multi encépagement méditerranéen sera le gage d’un grand cru. Douze ans plus tard, voilà le Clos d’Ora, brillant sommet actuel de sa pyramide. Entre temps, il aura, étage après étage, édifié un impressionnant royaume des vins du Languedoc et du Roussillon, fondé sur 850 hectares cultivés en biodynamie, organisés en une quinzaine de propriétés toutes représentatives de la variété et du potentiel très largement méconnu des terroirs locaux. Son édifice, il l’a solidifié en prenant à bras le corps la vogue du rosé, en France comme aux États-Unis, pour en faire le moteur de sa croissance. Mais là où beaucoup d’autres se seraient contentés de faire pondre indéfiniment cette nouvelle poule aux œufs d’or, lui a pris le sujet du rosé au sérieux, qu’il s’agisse de sa version accessible et séduisante comme l’impeccable Côte des Roses ou de brillantes expressions de cru telle que la Villa du Château la Sauvageonne ou le très ambitieux et réussi Clos du Temple, second sommet installé dans les terroirs injustement oubliés de Saint-Saturnin. Comme Marcel Guigal avant lui, cet exigeant monarque ne se bat pas que pour lui. En faisant renaitre crus et terroirs, il redonne confiance et crédibilité au plus haut niveau à la première région viticole de France. Thierry Desseauve

Génie du vivre-ensemble


La cave de Tain

Depuis sa création en 1933, la cave coopérative de Tain possède l’un des plus prestigieux patrimoines de vignes de la vallée du Rhône. Grâce au don de son fondateur, elle est propriétaire d’un cinquième du vignoble de l’Hermitage dont une partie capitale au cœur de la partie historique du cru. Par le nombre de ses adhérents, elle est aussi et de loin le principal producteur de Crozes-Hermitage, Saint-Joseph, Cornas et Saint-Peray. Les hommes qui la dirigent aujourd’hui ont pris les bonnes décisions en matière de viticulture, de vinification et de marketing pour la moderniser intelligemment en restant fidèle aux valeurs d’authenticité nées de nos appellations d’origine. Daniel Brissot, le chef de culture vient de partir à la retraite après avoir formé Nicolas Ravel et montré à tous l’exemple de pratiques agronomiques respectueuses. Xavier Frouin, œnologue perfectionniste, se remet en question à chaque nouveau millésime. Le couple directorial formé par Jacques Alloncle et Xavier Gomart a permis à la cave les investissements nécessaires pour atteindre ses objectifs ambitieux. Développement de cuvées parcellaires, affinement et allongement des élevages, et surtout fidélisation des coopérateurs à cette recherche de la qualité. Les derniers millésimes sont tous simplement les meilleurs vins de son histoire. M.B.
Génie de l’œuvre accomplie


Philippe Dhalluin

Philippe Dhalluin peut partir à la retraite la tête haute. Depuis sa nomination en 2004 à la tête des vignobles Philippe de Rothschild et grâce à son savoir et sa détermination, il a accumulé les réussites. Évidemment, et de façon plus spectaculaire, à Mouton-Rothschild dont il a affiné viticulture et vinification, en gommant les inégalités et les lourdeurs qui avaient affecté de nombreux millésimes depuis 1973. Philippine de Rothschild lui avait fait confiance et donné tous les moyens de progresser, en construisant notamment pour Mouton puis pour Clerc-Milon de nouvelles installations techniques, et en prévoyant un nouveau chai pour Armailhac. Les ouvriers agricoles, les ouvriers des chais et les œnologues qui ont travaillé sous sa direction forment sans doute l’équipe la plus expérimentée du Médoc. Sans son concours quotidien rien n’aurait été possible. Comme nul autre, il aura su motiver et discipliner, par un discours clair, rationnel, porteur de bon sens agricole, vers la recherche de l’expression la plus harmonieuse des grands terroirs dont il avait la charge. Son successeur Jean Emmanuel Danjoy, formé par lui, lui succède aujourd’hui avec toutes les armes pour continuer dans le même sens. M.B.

Génie de l’art de vivre


Château de Ferrand à Saint-Émilion

Non contents d’avoir fait évoluer leur grand cru (classé en 2012) à tous égards et à toute vitesse, Pauline Bich et son mari Philippe Chandon-Moët ont fait du domaine acquis par le baron Bich en 1977 un modèle d’œnotourisme bien compris. C’est-à-dire la mise en scène gracieuse de la simplicité, du luxe sans ostentation, de cet accueil à la française qui fait la part belle aux visiteurs et, d’abord, aux amateurs. N.R.

Génie du parcours


Julie Cavil, chef de caves du champagne Krug

Après avoir été pendant treize ans la n°2 du grand Éric Lebel, son prédécesseur, son mentor, elle a pris en janvier 2020 les commandes de l’œnologie de la maison et des relations avec le vignoble, l’un n’allant pas sans l’autre dans les bonnes maisons. Cette nomination pour le moins prestigieuse couronne 15 ans d’exercice en Champagne et confirme, s’il le fallait, un talent jamais pris en défaut. N.R.

Génie de la famille


Famille Brunel, Château de la Gardine

Comprendre les ressorts internes d’une entreprise n’est pas chose simple, mais ce n’est rien à côté de ceux d’une famille. Alors ceux d’une entreprise familiale… Le monde du vin fournit d’innombrables exemples d’entreprises familiales se déchirant avec plus ou moins de fracas, à tel point que l’on se demande parfois si l’inverse existe. La famille Brunel fournit heureusement l’exemple d’une famille unie – deux frères, l’épouse de l’un et leurs enfants- au service de leur Château la Gardine à Châteauneuf du Pape et de plusieurs vignobles à Lirac et Rasteau. Chacun à son rôle, de la vigne au vin en passant par la commercialisation, contribue harmonieusement à la progression d’un cru modèle. T.D.

Génie du partage


Marcel Richaud

En pas loin de cinquante ans de carrière, Marcel Richaud aura incarné mieux que beaucoup d’autres le métier de vigneron, tant par sa force de conviction pour secouer les immobilismes et les habitudes que par son amour du travail bien fait à la vigne comme au chai. Cette passion discrète et attachante, il en fait quelque chose de plus fort encore : il a su la transmettre. À ses enfants d’abord, qui travaillent avec lui et reprennent peu à peu le domaine de Cairanne, à ses disciples ensuite, comme Elodie Balme qui dans son propre domaine, toujours à Cairanne, réalise des vins magnifiques dans un esprit et un style inspiré de Marcel, mais au-delà à des dizaines de vignerons, en vallée du Rhône et ailleurs, qui se sont inspirés de cet exemple formidable pour aller jusqu’au bout de leur rêve. Cette émulation est au final d’un apport inestimable pour nous amateurs : combien de bonnes bouteilles dans notre cave doit-on au talent de transmission qu’aura incité sans nécessairement chercher à l’imposer Marcel Richaud ! T.D.

Génie de l’innovation environnementale


Champagne Louis Roederer

Est attribué à la maison Louis Roederer pour son implication XXL dans l’évolution des pratiques culturales sur une part importante de son domaine viticole. En effet, décision a été prise de convertir pas moins de 115 hectares en biodynamie. C’est un geste d’une grande envergure. Si la maison rémoise fondée en 1776 n’est pas à proprement un pionnier de la biodynamie en Champagne, elle est la première à agir sur de telles superficies. N.R.

Génie du temps retrouvé


Baptiste Loiseau, Maison Rémy Martin

Le cognac est affaire de temps. Attendre aussi longtemps une eau-de-vie qu’on n’assemblera peut-être pas de son vivant relève du sacerdoce. Cela peut créer quelques frustrations. Ou bien, comme Baptiste Loiseau, maitre de chai de la maison Rémy Martin, on peut, avec la joie le plus franche et l’humilité la plus profonde, continuer de rêver aux inépuisables ressources du terroir charentais et du savoir-faire cognacais. Le sien est immense, comme son talent. L.V.C

Génie de la parole


Personne !

Dans cette crise de la Covid où l’on aura vu se succéder sur toutes les chaînes de télé à peu près tous les représentants désignés ou auto-proclamés d’à peu près toutes les professions pour clamer haut et fort leur mal être, le monde du vin aura endossé évidemment sans tambour ni trompettes le rôle de grande muette. Pourtant, les drames humains sont nombreux, les difficultés d’autant plus immenses que tous les marchés nationaux et exports ont subi de plein fouet la crise et qu’au final, tant le dynamisme de la filière que cet art de vivre du vin (et de la gastronomie) français si souvent brandi fièrement risquent d’être impactés durablement par cet épisode dont on retiendra que convivialité et partage devenaient des périls à proscrire absolument. Tout cela mérite débat bien au-delà du microcosme viticole, mais, faute d’incarnation grand public – que ne facilite pas l’éternelle guéguerre entre les grands vignobles – le vin n’existe pas dans le débat public. On a le droit de le regretter. T.D.

Génie du geste


Sylvain Nicolas

Le chef-sommelier du « meilleur restaurant du monde », celui du triple étoilé Guy Savoy à la Monnaie de Paris, est-il le meilleur sommelier du monde ? On peut nous objecter qu’il y a un concours pour ça. Toutefois, nous avons toujours été impressionné par sa discrétion et le sérieux qu’il montre en préparant très en amont les accords mets-vins en étroite collaboration avec son chef. Un grand pro qui ne se prend pas pour une star. N.R.

Génie du plaisir


Jean-Claude Mas

Croire que les années se suivent et se ressemblent pour Jean-Claude Mas réduirait la performance que lui et ses équipes sont en train de d’accomplir. C’est bien de cela dont il s’agit. Pour la deuxième année consécutive, il porte le Languedoc au sommet des vins de plaisir. 17 fois récompensé lors la dernière édition de notre Concours Prix Plaisir, nous ne pouvons qu’applaudir ses domaines et ses marques, dont la distribution maîtrisée de bout en bout permet au plus grand nombre de les déguster. C’est une chance. L.V.C.

Génie de l’effort


Ceux de la Côte-Rôtie

Qui n’a jamais vu les pentes (on devrait dire falaises) de la Côte-Rôtie n’a pas idée de ce que signifie « cultiver de la vigne dans des conditions extrêmes ». À tel point que ceux qui, en plus, pratiquent la viticulture bio sont quasiment des héros de la planète. En attendant la légion d’honneur, à eux la pioche et les idées extravagantes pour tenter de mécaniser ce qui peut l’être. Pourtant, tous ces vignerons (environ 70) produisent des vins qui affolent les amateurs du monde entier. Certains sont des stars mondiales, d’autres vont le devenir. N.R.

Génie du lieu


La Provence

Bien des circonstances ne nous auront pas permis, au cours de l’année, de sillonner la France à la rencontre de ceux qui font le vin. Ce petit pincement au cœur nous serre à l’égard de toutes les régions. L’idée de les retrouver est un rendez-vous que ne nous ne manquerons pas. Le génie de la Provence, tant il s’y passe de bonnes et heureuses choses pour la culture de la vigne et pour le rayonnement du vignoble hors de notre territoire, mérite qu’on s’y intéresse de près. C’est ce que nous ferons bientôt. L.V.C.

Génie du commerce (en ligne)


lagrandecave.fr

Nous aurions pu récompenser un caviste pour le courage dont le métier a fait preuve au cours de cette année. Plus que jamais, la vente en ligne se fait une place dans le commerce des vins. Les producteurs, comme les consommateurs, ont désormais besoin de sites d’e-commerce per-formants, bien désignés et, surtout, fiables. Ainsi de La Grande Cave, spécialisée dans la vente des vins de Bordeaux, dont le contenu d’aide à l’achat, varié et intelligemment sélectionné, offre au vignoble une vitrine réussie. (lagrandecave.fr) L.V.C.

Génie de la table


Arcane (Paris 18e)

Pour la cuisine de Laurent Magnin, pure et harmonieuse, instinctive et élaborée. L’assiette joue ici la concision, jamais démonstrative ni inutile dans ses apprêts, et autorise d’heureux accords avec les pépites que réserve la cave. L’arrivée d’un nouveau sommelier Arnaud Fâtome, le service naturel et consciencieux, offrent des conditions optimales pour partager un tel souci de la perfection et une incontestable idée du bonheur. Guide Lebey

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Un bon vin se sert avec tout, avec modération surtout. »

Les hommes et les femmes de la vigne et du vin lancent une campagne de communication qui fait rimer « dégustation de vin » avec « alimentation et modération », pour le plus grand plaisir de nos papilles ! A partir du 11 janvier, ils vous invitent à découvrir de façon ludique votre profil « foodista » ainsi que les accords mets et vins associés. Une invitation à savourer un nouvel « art de vigne » à la française, au cœur de la diversité des terroirs et des cépages français.

Gastronomaniac, Veggie gourmand, Barbecue master, Street lover, Traditionista, Bec sucré et Apéritivore  : dis-moi quel foodista tu es, je te dirai les vins qui te font saliver. La campagne met en scène ces 7 profils-types de mangeurs épicuriens avec un message simple : quels que soient les goûts et les préférences alimentaires de chacun, aujourd’hui « Un bon vin se sert avec tout, avec modération surtout. »

« Les hommes et les femmes de la vigne et du vin » sont tous les professionnels qui œuvrent chaque jour à la production et au négoce du vin en France. Parmi eux Vin & Société qui signe cette campagne.

Paroles de professionnels (côté exposants)

MARCELLO VAONA Novaia / Italie
«Je savais déjà que Millésime Bio était l’un des principaux salons pour les vins biologiques et maintenant que j’y ai participé, j’en suis sûr. Mon objectif était à la fois de rencontrer de nouveaux clients mais aussi de rencontrer mes clients actuels, et beaucoup d’entre eux sont venus. J’ai été très satisfait des contacts que j’ai eus. »

ROMAIN BOUCHARD, Domaine de l’Enclos / France
«Millésime Bio est un rendez-vous très important, c’est un salon d’envergure internationale. Nous sommes très satisfaits de notre participation ! Grâce au salon, nous avons 5 nouveaux partenaires importants à l’export qui ont déjà passé commande. En France, nous avons une dizaine de nouveaux clients, cavistes, grossistes, agents, restaurants.»

Paroles de professionnels (côté visiteurs)

NADINE ROSIER Sommelière – Intermarché / France
« Le salon permet d’avoir une concentration de ce qui se fait dans le monde du vin bio en France ou à l’étranger. Il vous permet en 3 jours de voir un maximum de personnes. C’est un gros gain de temps.»

PAOLO BOUCA-NOVA Directeur des achats – Le Repaire de Bacchus / France
« Ici tout le monde est mis au même niveau, c’est la beauté de ce salon. C’est un salon incontournable si on veut trouver ce qui se fait de mieux en bio et en biodynamie. »

Millésime bio 2021, le 100 % digital

L’édition 2021 du salon Millésime Bio, mondial du vin biologique, est repensée dans un format 100 % digital. Une démarche inédite pour la filière et un pari engagé pour permettre aux professionnels du secteur de pouvoir compter sur ce rendez-vous business incontournable de début d’année.

Digitaliser pour répondre aux enjeux de la filière
Compte tenu de la situation sanitaire actuelle, l’association interprofessionnelle SudVinBio a pris la décision de maintenir le salon Millésime bio 2021 en le transposant dans un format digital.
Salon professionnel et mondial de la filière viticole, brassicole et spiritueux bio, Millésime Bio est le premier du secteur à passer le cap de la digitalisation dans ce format inédit. Il permettra aux vignerons de retrouver une dynamique d’affaires et d’assurer leurs rendez-vous business de début d’année. « Dans un contexte sanitaire qui reste incertain, maintenir le salon Millésime Bio 2021 dans un format physique sur le premier trimestre 2021 n’était pas envisageable » explique Jeanne Fabre, présidente du salon. « En tout état de cause, la situation est telle qu’aucun report n’aurait pu être garanti et le repousser n’aurait pas permis de correspondre au calendrier des acheteurs. »

100 % dédié aux professionnels
Réservé aux professionnels du secteur, le salon est accessible via la connexion à une plateforme dédiée. Derrière des stands digitaux, les vignerons pourront mettre en avant leur domaine par le biais d’outils numériques : vidéos, lien vers leur site internet, accès aux fiches techniques, récompenses et distinctions, etc. Les visiteurs auront à leur disposition des moteurs de recherche pour les aider à déambuler avec efficacité dans les allées numériques du salon. Pendant ces trois jours, les rendez-vous entre exposants et visiteurs seront rendus possibles par un système de messagerie instantanée ou de visioconférence. Comme cela était déjà le cas l’an passé, les visiteurs auront également la possibilité d’organiser leur visite bien à l’avance : dès leur inscription, ils auront accès aux fiches détaillées des exposants et pourront anticiper leurs demandes de rendez-vous avec les vignerons. La liste des exposants participants est à découvrir sur le site.

Salon Millésime bio
Du lundi 25 janvier (9h) au mercredi 27 janvier 2021 (17h)
Inscriptions sur le site : millesime-bio.com

Michel Bettane, Thierry Desseauve et l’équipe de B+D vous souhaitent un excellent millésime 2021

Merci aux grands vins et à ceux qui les font. Ils ont su nous réconforter en 2020. Avec eux, Michel Bettane, Thierry Desseauve et toute l’équipe de Bettane+Desseauve vous souhaitent un excellent millésime 2021

Les grands vins du Grand Tasting : Domaine Louis Latour par Michel Bettane et Thierry Desseauve

Cette maison familiale, fondée en 1797, est majoritairement liée à la côte de Beaune où elle possède l’essentiel de son vignoble, avec en point d’orgue une somptueuse implantation sur le coteau fameux de Corton. Louis-Fabrice, onzième génération de Latour, préside le directoire familial et fait toute confiance à ses excellents vinificateurs. Les rouges ont vu allonger leur durée de fermentation ce qui leur donne plus de chair et d’étoffe, les blancs sont moins réduits et plus harmonieusement boisés que par le passé, avec une recherche constante d’équilibre qui parfois les fait sous-estimer dans leur jeunesse, mais ils vieillissent magnifiquement. 2017 est dans la ligne de réussite des 2010 et 2015, dans les deux couleurs, mais on fera plus confiance aux cuvées issues des vignes du domaine qu’à certains achats, surtout en blancs, trop dilués.

Les grands vins du Grand Tasting : Pichon Baron et Château Pibran par Michel Bettane et Thierry Desseauve

Le grand vin de Château Pichon Baron est produit juste en face de château Latour, sur des graves parfaitement drainées et bénéficiant du microclimat des bords de Gironde. Pichon possède la vigueur et la puissance des plus grands médocs, dans un style très pur sur lequel veille amoureusement Jean-René Matignon, un des directeurs techniques les plus expérimentés du Bordelais. Deux types de second vin sont produits : tourelles recherche la souplesse et le fruit mais avec une belle plénitude, griffons porte davantage la marque du terroir.

Propriété d’Axa, Château Pibran est idéalement situé sur une croupe de graves, avec des voisins aussi prestigieux que Pontet-Canet et d’Armailhac. Avec l’acquisition en 2001 du château Tour Pibran, le choix du parcellaire a permis à Jean-René Matignon et aux équipes de Pichon Baron de sélectionner le meilleur pour Pibran et de créer un deuxième vin. Grâce au travail accompli depuis plusieurs années, les vins sont de plus en plus aboutis, alliant finesse et élégance sans toutefois perdre leur caractère pauillacais.