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Le super bordeaux qu’il vous faut

L’amateur de Bordeaux doit attendre le meilleur des crus classés 1855. Il leur demande d’entretenir le rêve absolu du grand vin. Ceux d’aujourd’hui n’ont jamais été aussi bons. De plus en plus, ils sont en mesure de conquérir un marché qui continue de les bouder – souvent injustement – celui de la bistronomie. L’un des exemples de ce super bordeaux que nous essayons de porter, c’est cette cuvée du château Dauzac. Un vin en appellation bordeaux capable de jouer sur le registre du plaisir à un prix sage, tout en profitant du savoir-faire de toute l’équipe technique de Laurent Fortin et d’un grand cru classé de Margaux. D de Dauzac est un modèle de vin rouge gourmand et souple, floral et épicé, assemblage charmeur où 45 % de merlot apportent rondeur et suavité à un cabernet-sauvignon extrait avec délicatesse. Surtout, le cru ne tombe pas dans cette facilité de style qui confond maigreur avec légèreté et fatigue avec souplesse. Ce bordeaux de Dauzac est un séducteur hors-pair parce qu’il est lui-même et qu’il cherche à plaire. Dans la course des vins de demain, ces deux qualités comptent. Laissons-nous charmer par autant de franchise et de volonté.

Château Dauzac, D de Dauzac, bordeaux 2017
Médaille d’or Concours Prix Plaisir Bettane+Desseauve 2020
10 euros
Disponible

Pierre-Jean Villa, un maître du coteau

L’œil bleu dur, le menton énergique et la carrure qui confirme, pierre-jean villa est aussi rieur, créatif, gonflé. Nous l’avons rencontré au pied des pentes abruptes de la Côte-Rôtie. Et comme nous étions ravis, nous l’avons écouté

D’où venez-vous ?
« Mon père était footballeur en Espagne. Il est arrivé dans la région en 1962. Il a rencontré ma mère et s’est installé. Ma mère était fille d’un petit artisan tisseur. C’est mon père qui a créé le club de foot du village, puis il s’est occupé de la ligue Rhône-Alpes. J’étais parti pour faire comme lui, je n’avais pas le même talent. Une école de commerce et je me suis retrouvé dans une banque. Ce n’était pas pour moi. Un de mes copains d’enfance, Yves Cuilleron, a repris le petit domaine de son oncle. Comme je passais mon temps avec lui, j’ai commencé à travailler dans les vignes. Les vendanges, les marchés aux vins, je suis parti avec lui en Hollande, en Belgique. Ma vie, c’était ce monde-là. Je me suis retrouvé en Bourgogne en 1992, responsable des ventes au Clos de Tart. Quand Sylvain Pitiot est arrivé, il m’a donné envie de devenir vigneron. Je suis revenu en 2002 dans le Rhône. »

Vigneron ou négociant ou les deux ?
« Si un jour mes enfants veulent faire un négoce, ça ne s’appellera pas Domaine Pierre-Jean Villa. Georges Vernay m’a dit un jour : “Pour l’instant tout va bien mais le jour où tout ira mal, il faut se débrouiller avec les contrats que tu es obligé d’honorer”. La seule manière de s’agrandir, c’est de passer par des groupements de foncier viticole avec des investisseurs. »

Quels côte-rôtie ?
« Je fais deux côte-rôtie. La cuvée Fongeant est une sélection parcellaire. La cuvée Carmina est un assemblage d’une petite partie de Fongeant complétée par des vignes situées au nord d’Ampuis. Celles-ci sont assez jeunes, je les travaille en vendange égrappée avec des élevages plus courts. Ce sont des vignes tellement vigoureuses qu’elles produisent des baies qui grimpent rapidement en sucre. La maturité alcoolique arrive subitement, la maturité phénolique n’est pas toujours idéale. Si je les laisse avec la rafle, ça durcit un peu la matière. »

Et la vendange entière, c’est mieux que l’égrappage ?
« Avec ces années chaudes, on est content d’en mettre un peu. Ça permet de donner cette fraîcheur. La rafle libère de la potasse et fait chuter l’acidité. C’est ce qui est intéressant, le gain gustatif est supérieur au déficit analytique. Cela dit, il faut faire le vin comme on le sent. Je n’ai pas deux millésimes dans lesquels j’ai la même proportion de rafle. »

Le bio et la biodynamie
« Ce sont des contraintes supplémentaires. Pour réussir, il faut observer et aller contre les idées reçues. Une fois ce stade passé, on devient plus serein. Les grands techniciens de la biodynamie sont des gens hyper rigoureux et des hygiénistes de premier ordre, pas des babas en sandales. La philosophie oblige à une rigueur intellectuelle très forte. Il n’y a pas de filets si on se trompe. »

C’est quoi cette histoire de blanc dans le rouge, de viognier avec la syrah ?
« Nos vignes sont au nord de l’appellation. Dans les vignes plantées, achetées ou reprises, il n’y a pas de viognier. Les anciens m’ont toujours dit que le viognier était surtout planté sur la partie sud. En fait, avant la création des appellations et la séparation entre condrieu et côte-rôtie, tout était complanté. La zone de Condrieu a toujours été plantée en blanc mais vers Tupin, par exemple, il y avait souvent des zones de complantage. Quand on a
décidé de n’autoriser que des vins blancs en AOC condrieu et rouges en AOC côte-rôtie, certains parmi ceux qui étaient au nord avaient parfois jusqu’à 40 % de viognier dans leurs parcelles. C’était impossible de les perdre et il y a eu l’instauration de cette tolérance de 20 %. Si on se rapproche du cœur de l’appellation, vers les terroirs de la Brune et de la Blonde, il y a très peu de viognier. En termes de vinification, je pense que la co-vinification du blanc avec le rouge ne fonctionne pas. Quand on essaie de faire macérer du viognier et de le vinifier comme un rouge, il y a une aigreur et une amertume impossibles. »

À suivre : un grand sujet sur l’appellation côte-rôtie dans En Magnum #21 (novembre 2020).

Photo : Mathieu Garçon

Domaine Gallois, un terroir de vins de grande chasse

Le domaine
Dominique Gallois cultive les quatre hectares de vignes du domaine familial, installé depuis 1901 à Gevrey-Chambertin. Il produit désormais des vins corsés, de couleur sombre, de grande garde avec le fond attendu. Leur puissance en 2018 est relayée par une pointe d’acidité qui les rafraîchit.

Le vin

Domaine Gallois, Gevrey-Chambertin premier cru Combe aux Moines, rouge 2018
Impressionnant premier cru fort bien situé, proche des cazetiers et du clos saint-jacques mais exposé plein est. Il se dégage une densité imposante de ce cru qui a la réputation produire des vins de grande chasse.

La note
17/20

Le prix
58 euros

Les coordonnées
03 80 34 11 99 // [email protected]

Domaine Humbert Frères, l’amour du travail bien fait

Le domaine
Emmanuel Humbert, rejoint par son neveu Pierre-Yves, est un très fin dégustateur, il applique à sa production toute l’exigence que l’on peut et doit avoir quand on exploite d’aussi beaux terroirs que ceux de gevrey. Tous les millésimes récents sont réussis, dans un style associant parfaitement puissance, complexité, finesse et générosité. 2015 interprétait magnifiquement la densité possible dans le millésime sans la moindre rudesse mais avec une profondeur que peu de domaines vont chercher, 2016 joue sur une matière moins volumineuse mais fort bien traitée, on le boira un peu plus tôt. 2017 jouera la partition en version plus élégante, un rien moins concentrée, millésime oblige. 2018 a capté tout le potentiel de ce grand millésime. Ici on aime le travail bien fait.

Le vin
Domaine Humbert Frères, Gevrey-Chambertin premier cru Poissenot, rouge 2018
L’ancien bassin à poissons des moines de Cluny aurait donné son nom au climat. C’est une grande réussite à l’image du 2010 par sa grande élégance de parfum et de texture, son tannin précis. Très grande bouteille de construction lente.

La note
18/20

Le prix
80 euros

Les coordonnées
03 80 51 80 14 // [email protected]

Domaine Harmand-Geoffroy, un lavaut si proche d’un grand cru

Le domaine
Harmand-Geoffroy possède une palette complète de vins de gevrey-chambertin, exprimant toutes les particularités de la plupart des secteurs du village. Nous avons beaucoup apprécié la générosité, l’évidence et la tenue des vins depuis 2015 et 2018 ne renie rien, bien au contraire. Ce sont des vins assez structurés, de facture classique avec des tannins profonds et bien dessinés. Excellent gevrey vieilles-vignes et à l’autre extrémité de la gamme, splendide mazis-chambertin, assemblage de la partie haute et de la partie basse pour avoir une approche globale de ce grand cru. Très réussis également dans le secteur Saint-Jacques, le champeaux et bien sûr le lavaut-saint-jacques.

Le vin

Domaine Harmand-Geoffroy, Gevrey-Chambertin premier cru Lavaut Saint-Jacques, rouge 2018
Un nez envoûtant, un jus magnifique, puissant comme il se doit pour un rouge en provenance d’un tel climat. Long et racé, grand style.

La note
18/20

Le prix
68 euros

Les coordonnées
03 80 34 10 65 // [email protected]

Domaine Sylvie Esmonin, qui fait mieux en AOP Gevrey-Chambertin ?

Le domaine
Sylvie Esmonin mène son exploitation dans une démarche inspirée du bio. Elle a adopté progressivement les vinifications en grappes entières, à partir de raisins provenant d’une viticulture encore plus rigoureuse que par le passé. Cela a donné des millésimes récents d’anthologie, rappelant les vins mythiques du XIXe siècle dans leur parfum et leur consistance. La sève incroyable de ces vins leur permet de survoler systématiquement la dégustation des gevreys dès la simple appellation village. En catégorie premier cru, le clos-saint-jacques met KO, par sa race, presque tous ses compétiteurs. Sans oublier le délicieux côtes-de-nuits villages.

Le vin
Domaine Sylvie Esmonin, Gevrey-Chambertin, rouge 2018
Comme d’habitude, Sylvie Esmonin produit l’un des meilleurs gevrey villages de la commune. Racé, salin, sans la densité du vieilles vignes du domaine mais avec une buvabilité délicieuse.

La note
17/20

Le prix
50 euros

Les coordonnées
03 80 34 36 44 // [email protected]

Le vieux millésime qui ne voulait pas être vieux

Un millésime ancien fait naître autant de désir que d’interrogations. Le vin sera bon ? La bouteille sera parfaite ? Et le bouchon ? Et l’émotion ? On intellectualise, on doute. En début d’année, Xavier Vignon, œnologue réputé et « créateur de vins du Rhône », bien connu des initiés et des plateformes spécialisées dans les ventes privées de vin, relâchait sur le marché un châteauneuf-du-pape 1972.

Le début des années 70 n’est pas la grande époque de la viticulture
Ô joie de retrouver un vieux millésime de l’appellation papale. Particulièrement pour ces vins, le temps permet de savoir. La tradition de les consommer vieux s’est perdu à mesure que l’offre de vieux vins s’est tarie sur le marché (ou l’inverse), exception faite de quelques flacons qui s’échangent à prix d’or au marché des enchères. On a aussi le droit d’être sceptique. Le début des années 70 n’est pas la grande époque de la viticulture française. Si l’on applaudit la remise en question dont elle fait preuve ces dernières années, on a le droit au sourcil levé quand, en comparaison du niveau de qualité de notre époque, le niveau de l’ancienne était moins régulier. L’originalité aromatique de ce 1972, en plus de sa robe étonnamment soutenue, nous fait d’abord croire au défaut. Que nenni. Le vin a passé presque cinquante ans en cuve. En béton, de surcroît. Un peu moins d’un demi-siècle, au même endroit dans la même cave d’un même domaine, redécouvert un jour par Xavier Vignon qui s’en porte acquéreur. Les quelques notes de noix, tirant doucement sur le pruneau, nous indique que ça doit avoir un peu de bouteille. Loupé, ça n’en a pas. La mise en bouteille date du début d’année. On revient donc au verre avec l’esprit interloqué du revanchard qui n’a pas de chances de revanche.

Le grand jeu
Grand nez de pierre et de silex frotté, rare par son intensité. L’acidité d’un blanc. Sans carafage, la pierre met du temps à laisser de la place au fruit. Une fois en place, c’est le grand jeu. Le charme est là. Pas celui d’un châteauneuf, on est loin de la typicité de l’appellation. Mais ce qu’il y a dans la bouteille, la beauté du nez, le tannin d’une énergie spectaculaire, le caractère ultra digeste qui fait que la bouteille circule et se vide, c’est ce qu’on appelle du plaisir. À peine évanoui, on veut le revivre. Ça tombe bien, Xavier a eu l’intelligence et les possibilités d’en tirer un nombre important de bouteille. On pourra donc être heureux plus longtemps.

Xavier Vignon, 1972, châteauneuf-du-pape 1972
18/20
90 euros, disponible sur Millésima.fr

Château Mangot en live et en vrai

Pour faire face aux circonstances pénibles qui entravent l’activité des vignobles de France, certains viticulteurs innovent, imaginent, foncent. Un peu partout dans les grandes régions viticoles, les initiatives se multiplient et, chez Bettane+Desseauve, nous approuvons ce dynamisme sans réserve.

À Saint-Émilion, par exemple, c’est le château Mangot des frères Todeschini qui se distingue avec une idée qui marche bien.

Il s’agit de recevoir un coffret contenant un petit échantillon (20 ml) de chacun des six vins des propriétés (Mangot et La Brande) et d’assister, verre en main, à une dégustation pas virtuelle (puisque vous avez les vins) animée par Yann Todeschini sur Zoom. C’est drôle, efficace et sympa, nous vous recommandons de le faire, ça vaut le détour.

Il suffit de commander le coffret (15 euros seulement) sur le site

COFFRET DEGUSTATION (6 x 20 ml)

Du rififi dans le classement des Crus bourgeois

Jean Guyon, propriétaire des châteaux Rollan de By, Greysac, Haut-Condissas, etc. n’est pas content du classement de l’Alliance des crus bourgeois et il le dit haut et clair. Son rollan-de-by vient d’obtenir la médaille d’or du Concours mondial de Bruxelles, justement. Et Bettane+Desseauve l’a nommé « producteur de l’année 2020 ». Alors ?

Domaine Michel Gay et Fils, la délicatesse du pinot noir

Le domaine
Michel Gay, épaulé par son fils Sébastien depuis 2000 et plus récemment par Laurent, diplôme d’œnologue en poche, a créé ce domaine de Chorey-les-Beaune de quinze hectares qui a considérablement changé de style et est désormais cultivé sans désherbants. La vinification se fait en cuve béton après le tri optique des raisins. Le choix est de tout érafler et d’effectuer des macérations pré-fermentaires en fonction des millésimes. Ce n’est pas la puissance absolue qui est recherchée ici mais la qualité du fruit, la captation de la délicatesse du pinot noir. Elles impressionnent dans ces vins qui semblent légers et gourmands mais ne manquent pourtant pas de fond pour une moyenne garde. Le domaine ne met pas rapidement en marché et nous a adressé cette année des 2017 bien réussis déjà accessibles pour la plupart d’entre eux.

Le vin
Domaine Michel Gay et Fils, Beaune premier cru Les Grèves, rouge 2017
Très typé Beaune sur l’un des terroirs les plus structurés de l’appellation par sa teneur en oxyde de fer notamment. Bouche profonde, complexe, racée : ce vin est à garder quelques années.

La note

16,5/20

Le prix
30 euros

Les coordonnées
03 80 22 22 73 // [email protected]