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Horizons lointains : trente vins bulgares

En complément de l’article de Mathilde Hulot « Du Danube à la mer Noire, de Dionysos à nous » (En Magnum #06, page 96) consacré aux vins bulgares, retrouvez ici les commentaires de dégustation de notre journaliste sur les vins des 10 domaines qui comptent en Bulgarie.

Angel’s Estate

White Stallion 2015

Issu de chardonnay (80 %) complété par du viognier (15 %) et une touche de sauvignon blanc, c’est un blanc fruité et expressif, un rien technologique mais bien fait.

Stallion Rosé 2015

Cet assemblage de cabernet-sauvignon (60 %) et de syrah offre des notes de pamplemousse rose, de cerises, une belle fraîcheur. Bien élaboré, c’est un rosé très agréable.

Stallion 2013

Assemblage de merlot (au moins 60 %), cabernet franc, syrah et cabernet-sauvignon dont le pourcentage varie tous les ans. Dans le 2013, le bois est encore bien présent, mais le vin est d’une belle finesse sur un fond velouté et de très jolis tannins. Le 2012 offre encore plus de bois, plus de tannins même si le velouté domine. Enfin, le 2011 est clairement trop boisé, aux tannins agressifs. Je préfère nettement le 2013, au boisé plus fondu. « J’espère que vous voyez vers quoi nous allons », m’explique Vladislav Georgiev, le chef de cave. « Vers plus de fruit. »

Gold Stallion 2012

Ce vin est issu d’une sélection de parcelles. On sent le côté plus poussé, plus abouti, avec de jolis tannins après 18 mois de fût. La robe est dense, le nez d’herbes sèches, de cuir, de chocolat noir. C’est harmonieux et puissant. Le 2011 n’a que 16 mois de fût mais l’alcool est trop présent.
www.angelusestate.com

Bendida Rosé Rubin

Un délicieux rosé onctueux et frais montrant le potentiel du cépage rubin vinifié en rosé. Bluffant. Il n’y en a que 2 000 bouteilles.
www.bendida.eu

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Domaine Bessa Valley

Petit 2011

C’est l’entrée de gamme qui en dit déjà long. Assemblage bordelais au merlot dominant, il passe un an dans des fûts pas neufs, puis un an en bouteille. Il offre un nez fruité et avenant, une bouche fine et gourmande.

Enira 2011

La robe est plus foncée que Petit, le nez est superbe. On sent une plus forte présence du bois, un velouté plaisant. Il est clairement plus structuré.

Reserva 2011

Avec dix-huit mois de fûts, il présente plus d’arômes boisés, des tannins plus présents.

Grande Cuvée 2011

100 % de fûts neufs pendant 24 mois et 25 % de chaque cépage bordelais. Un vin puissant, avec une belle mâche et une fine amertume, à attendre dix à quinze ans.

Syrah 2011

Avec 14,5 % d’alcool, voici une belle syrah typique, aux tannins serrés. Bessa Valley a trouvé sa voie avec ce cépage qui se plaît ici, dans cette vallée.

BV by Enira

La syrah et le mavrud font route ensemble. Superbe, souple.
www.bessavalley.com

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Borovitza

Gamza 2013

Ce cépage que l’on trouve en Roumanie et en Hongrie (kadarka) donne un vin léger et digeste, facile à boire. Un vin très agréable, à condition d’avoir ramassé les raisins à maturité. Dans ce millésime, le gamza montre tout son potentiel. Destiné à la Belgique et au Royaume-Uni, son étiquette est amusante, ce qui ne gâche rien.

Cuvée Bella Rada 2013

Une cuvée à base de cépage rkatsiteli, qui apporte une belle touche d’acidité et des arômes citronnés, complétée par du chardonnay et du sauvignon blanc. Un nez de pêche, de vanille, une grande rondeur et une belle souplesse. Vraiment très joli.

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Château Burgozone

Iris Creation blanc 2014

Issu à 70 % de chardonnay, 20 % de sauvignon blanc et 10 % de viognier, c’est un vin à la bouche ronde et plaisante, longue. Que de la cuve inox et 5 mois sur lies.

Viognier 2015

Léger gaz, très rond et long, pas d’élevage en bois.

Chardonnay 2015

Pas de bois non plus pour ce cépage planté sur du loess. Rondeur et gourmandise.

Pinot Noir 2014

Macération préfermentaire à froid, en cuve inox. Elevage en fût français de 8 mois. Dans cette région nordique du pays, c’est un vrai challenge de cultiver du pinot noir.

Iris Creation rouge 2012

On y trouve de l’egiodola, du marselan, du cabernet-sauvignon et de la syrah. Des tannins frais et une belle longueur.

Philippe Collection 2012

Assemblage de cabernet-sauvignon, merlot et syrah, il est vinifié en cuve inox et élevé 10 mois en fût. Des notes de fruits noirs, de prune, d’humus. Il y a une belle fraîcheur, beaucoup de fruit et de rondeur.
www.burgozone.bg

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Castra Rubra

Sauvignon blanc 2015

Nez explosif, fruité et net de sauvignon blanc. Belle bouche fraîche. Très belle réussite. 7,5 euros au caveau.

Dominant 2015

Il s’agit d’un assemblage de cépages blancs (sauvignon blanc, chardonnay, viognier, sauvignon gris). D’un fruité éclatant, c’est un vin qui séduit également par son élégance et sa longueur.

Via Diagonalis 2009

Voilà un très joli assemblage de merlot (60 %) et cabernet-sauvignon (30 %) complétés de mavrud et rubin pour les 10 % restants, ce qui donne la petite touche locale. Il n’a que 10 mois de fût. Il offre un nez léger de poivron vert, au fumé délicat, une bouche aux beaux tannins fermes. Un vin magnifique au beau potentiel de garde. 6 euros au caveau.

Castra Rubra Reserva 2009

Cet assemblage de merlot, cabernet-sauvignon et cabernet franc offrent des tannins de toute beauté, très fins, une longueur et un velouté extra. On sent le cabernet franc en arrière garde. 12 euros au caveau.
http://telish.bg/

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Château de Val

Claret 2015

Commercialisé à Pâques, en même temps que l’agneau traditionnel bulgare, c’est un jeune vin destiné à être bu rapidement. Belle matière, velouté délicat, un très joli assemblage de merlot principalement, cabernet franc, syrah, petit verdot et gamza. En 2015, il a fallu ramasser assez vite avant les pluies du 25 septembre, d’où le côté frais et l’acidité palpable.

Grand Claret 2011

Il n’est produit que dans les grandes années. C’est son grand vin. Il nous fait également goûter un 2011 encore en fût, (une partie est embouteillée, l’autre est restée en fût, notre journaliste a goûté les deux, ndlr) des barriques de 400 litres en chêne français. Le vin nous est servi en carafe. Comme Val nous voit amusés par le velouté et la fraîcheur du vin, il nous précise que c’est « une fille bulgare dans une robe française. » Combien de temps va-t-il le garder en fût ? « Ici, certains gardent leur vin pendant vingt ans en barrique », répond-il.

Grand Claret 2008

Val avait pu récupérer les vignes de son grand-père, pieds d’une centaine d’année du cépage russe saperavi qui ont succombé au gel. Ce vin comporte donc les derniers jus de cette vieille vigne, à hauteur de 10 % environ, le reste étant l’assemblage classique bordelais et bulgare. Son vinificateur veut nous montrer comment les vins peuvent vieillir. Un grand moment.
www.chateaudeval.com

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Edoardo Miroglio

EM Pinot noir Reserva 2009

La robe est claire, le nez profond et expressif typique d’un bon pinot noir. On note de la fraîcheur, de la gourmandise et une très belle longueur.

EM Elenovo Mavrud 2011

Bien plus structuré et coloré que le pinot noir, il présente presque autant de fraîcheur et d’élégance. Goûté lors d’un dîner, le 2010 offrait une matière dense et épicée, une belle longueur et de jolis tannins. Un bon représentant du cépage national.
www.emiroglio-wine.com

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Santa Sarah

Privat

Un assemblage de mavrud et de cabernet-sauvignon au soyeux magnifique. Le 2008 offre un nez gourmand, de l’ampleur, mais il est dominé par l’alcool. Je préfère le 2009, qui présente une belle maturité de tannins, de la souplesse et une matière riche, mais c’est incontestablement le 2011 qui survole. Nez intense de fruits rouges, magnifique fraîcheur et de la rondeur en finale, malgré l’alcool présent (14,5 %).
www.santa-sarah.com

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Terra Tangra

Mavrud 2013

Très belle matière gourmande qui montre le potentiel de ce très intéressant cépage local.
www.terratangra.com

Le nouveau bouchon des chablis Laroche

« Un pas de plus vers la juste expression des terroirs », c’est ainsi que le domaine Laroche définit sa décision de doter ses premiers et grands crus de Chablis de bouchons “NDtech” d’Amorim. « Quand on cherche à avoir la juste expression du terroir jusque dans le verre de notre client, on ne peut pas accepter qu’elle puisse être gâchée ou seulement altérée par un bouchage inadapté », explique Grégory Viennois, le directeur Vigne et Vin de ce domaine dont le cahier des charges « drastique » est fondé sur un contrôle systématique des produits livrés et des normes plus resserrées que celles qui ont cours dans l’industrie. « Nous avons tout de suite vu l’intérêt pour nos vins d’un bouchage sans TCA relargable (molécule responsable du “goût de bouchon”, ndlr) car assurer une protection parfaite est notre sujet majeur. » Après des essais concluants, le domaine Laroche a décidé d’adopter ce bouchon en liège amélioré par la technologie à partir du millésime 2015.

Ce choix du naturel s’inscrit dans la démarche d’agro-biologie qui préside à la conduite du domaine depuis 2011. Les herbicides y sont bannis, le travail manuel y est largement favorisé et plus de cent mètres de haie ont été replantés afin de développer la biodiversité et de lutter contre l’érosion des sols. Ce travail de fond a porté ses fruits, le suivi de parcelles mené par la chambre d’Agriculture de l’Yonne a montré que la biodiversité y était significativement meilleure que la moyenne du département. « Restructurer notre vignoble est un projet sur 30 ans, une génération. Par exemple, le repos des sols que nous nous imposons dans notre grand cru Blanchots est de trois ans. Pour Amorim, la qualité de la matière première dépend également du temps dont l’arbre dispose pour accumuler les couches de liège. Cette notion de temps et de cycle de la nature, nous la partageons. » L’excellent bilan carbone affiché par l’industrie du liège a également pesé dans la décision, le domaine Laroche recyclant 98 % de ses déchets et utilisant l’eau de pluie pour ses produits de traitement.

François Roland-Billecart : « vers un champagne d’exception »

Interview : Thierry Dussard

 


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Jeu concours Grand Tasting l’appli experte, faites-vous partie des gagnants ?

Vous avez été nombreux à avoir participé à notre jeu-concours « Grand Tasting, l’appli experte » et nous vous en remercions. Le tirage au sort a eu lieu le samedi 26 novembre. Pour savoir si vous faites partie des heureux gagnants, c’est ici.

Lot 1 : Thomas C.

Lot 2 : Jessica D.

Lot 3 : Arnaud M.

Lot 4 : Bruno B.

Lot 5 : Jean-Charles B.

Lot 6 : Christelle S.

 

En partenariat avec le groupe Thiénot :

logo_maison

 

Si un gagnant ne se manifeste pas dans les 15 jours après la publication de cet article, il sera considéré comme ayant renoncé à son lot et un nouveau tirage au sort aura lieu pour déterminer un nouveau gagnant, jusqu’à ce que le lot ait pu être attribué à un gagnant.

Jeu concours Grand Tasting l’appli experte, faites-vous partie des gagnants ?

Vous avez été nombreux à avoir participé à notre jeu-concours « Grand Tasting, l’appli experte » et nous vous en remercions. Le tirage au sort a eu lieu le samedi 26 novembre. Pour savoir si vous faites partie des heureux gagnants, c’est ici.

Lot 1 : Thomas C.

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Lot 4 : Bruno B.

Lot 5 : Jean-Charles B.

Lot 6 : Christelle S.

 

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Si un gagnant ne se manifeste pas dans les 15 jours après la publication de cet article, il sera considéré comme ayant renoncé à son lot et un nouveau tirage au sort aura lieu pour déterminer un nouveau gagnant, jusqu’à ce que le lot ait pu être attribué à un gagnant.

Château Calon-Ségur 2008

Château Calon Ségur 2008

LE VIN : Ce troisième grand cru classé de Saint-Estèphe affiche une grande santé comme sur ce millésime racé et expressif doté d’un naturel d’expression où se mêlent les arômes de cèdre et d’épices douces. En bouche, le tannin d’une grande distinction offre une énergie réjouissante et une finale poivrée irrésistible. Les explications de Laurent Dufau, le gérant et Vincent Millet, le directeur technique s’annoncent passionnantes, car cette propriété somptueusement enclose arrive sur le toit du Médoc.

LE DOMAINE :

Calon-Ségur est une admirable propriété tout au nord de Saint-Estèphe, somptueusement enclose dans ses murs, où le temps semble divinement suspendu. Ce vignoble historique doit son nom au marquis de Ségur, qui possédait, entre autres, les châteaux Lafite et Latour. Il aimait dire que son coeur était à Calon, ce qui explique le cœur sur l’étiquette. Une remarquable équipe technique, sous la direction fine et inspirée de Vincent Millet, a assuré dans les derniers millésimes une qualité constante et remarquable pas sa classe, du moins pour le grand vin. Un nouveau cuvier permettra à partir de la vendange 2016 de continuer à progresser, particulièrement pour le second vin déjà beaucoup plus réussi en 2014 et 2015.

Bouchard Père & Fils s’agrandit

Au rang des différents projets menés par le groupe Maisons & Domaines Henriot (Champagne Henriot, Lejay-Lagoute, William Fèvre, Château de Poncié, Henriot INC et Bouchard Père & fils), un investissement de 3,4 millions d’euros va être consacré à la réalisation d’un nouveau bâtiment jouxtant la cuverie de la maison bourguignonne Bouchard Père et Fils à Savigny-lès-Beaune. Ces 3 000 mètres carrés supplémentaires permettront d’assurer une partie de la logistique, actuellement sous-traitée chez différents prestataires.

Christian Albouy, le directeur général de la maison, explique ainsi que sur les treize millions de bouteilles commercialisées chaque année, « cinq à sept millions passeront par ce site en 2017, contre trois millions aujourd’hui. Le service que nous apportons à nos clients sera donc amélioré par cette centralisation. » Ces nouveaux locaux, dont la livraison est prévue pour septembre prochain, accueilleront les activités d’habillage et de conditionnement de Bouchard Père et Fils.

Bouchard Père & Fils s'agrandit

Au rang des différents projets menés par le groupe Maisons & Domaines Henriot (Champagne Henriot, Lejay-Lagoute, William Fèvre, Château de Poncié, Henriot INC et Bouchard Père & fils), un investissement de 3,4 millions d’euros va être consacré à la réalisation d’un nouveau bâtiment jouxtant la cuverie de la maison bourguignonne Bouchard Père et Fils à Savigny-lès-Beaune. Ces 3 000 mètres carrés supplémentaires permettront d’assurer une partie de la logistique, actuellement sous-traitée chez différents prestataires.

Christian Albouy, le directeur général de la maison, explique ainsi que sur les treize millions de bouteilles commercialisées chaque année, « cinq à sept millions passeront par ce site en 2017, contre trois millions aujourd’hui. Le service que nous apportons à nos clients sera donc amélioré par cette centralisation. » Ces nouveaux locaux, dont la livraison est prévue pour septembre prochain, accueilleront les activités d’habillage et de conditionnement de Bouchard Père et Fils.

Dix chefs d’œuvre éternels de la pourriture noble

Retrouvez la suite de l’article de Michel Bettane
« Le génie de la pourriture noble » dans EN MAGNUM #06 (pages 122 à 130). En kiosque


Château d’Yquem 1859 et 1869

Le Grand Duc Constantin, frère du Tsar, fait exploser le prix du vin de cette propriété et la transforme en mythe, en achetant une barrique en 1859 pour 20 000 francs or. Le cru venait d’ailleurs, seul de son espèce être classé premier cru supérieur de la Gironde, devant les grands Médocs et Haut-Brion. J’ai assisté il y a déjà presque vingt ans à une folle dégustation de trois siècles de son vin, organisée en Allemagne par le très douteux Hardy Rodenstock qui y avait ouvert deux bouteilles de ses fameux faux flacons « TJ » (Thomas Jefferson) du XVIII ème siècle. Mais tout n’était pas faux, je peux le garantir dans bien d’autres millésimes ! J’ai été émerveillé de façon inoubliable par la qualité et l’état de conservation de quelques grands vins du XIXème siècle, vinifiés par deux générations étonnantes de Garros, maîtres de chai de la famille originaires de Barsac. La splendeur aromatique, la pureté, la finesse, la tension et la précision dans l’expression du terroir et de la pourriture noble des 1859 et 1869 me sont apparues alors supérieures à celles des très grands millésimes 1928 ou 1937. Seul le 1945 pouvait ce jour- là leur être comparé. J’ai acquis alors la ferme conviction qu’il y avait certainement du sauvignon dans l’encépagement de ces millésimes et je me réjouis de revoir ce cépage dans les millésimes les plus récents, qui d’ailleurs ont plus d’un point commun avec les deux monuments cités.

Château Suduiraut 1928

La décennie des années 1920 fut très faste pour Sauternes : une grande régularité dans les millésimes et surtout une prospérité liée à la célébrité mondiale du produit qui ferait rêver aujourd’hui. Le millésime qui tient le mieux la route globalement dans cette heureuse période est certainement le 1928. De tous les crus que j’ai dégustés dans cette année, et qui ont produit des vins admirables, le plus impressionnant est certainement Suduiraut par l’extraordinaire richesse et présence en bouche de son fruit. La splendeur de ses arômes d’agrumes, sa fantastique longueur en bouche sans la moindre lourdeur dans la perception du sucre surpassent encore par un supplément de fraîcheur Yquem ou Rayne-Vigneau, qui jouissait alors d’une réputation qu’il n’a pas retrouvé depuis.

Château Climens 1937

Le raffinement dans l’éclat d’une liqueur exceptionnellement persistante rappelle la qualité exceptionnelle du raisin de 1937, dont les vieux vignerons qui m’ont appris le Sauternes me disaient tous qu’elle était la meilleure qu’ils aient connue. J’ai eu la chance très jeune de déguster souvent ce vin sublime dont le prix dans les magasins Nicolas était dérisoire par rapport à sa valeur et lu ai trouvé aucun pair, sauf plus tard Yquem ou Gilette.

Domaine de Souch Jurançon Cuvée Marie Kattalin 1996

Imaginez le plus noble parfum, le plus concentré, le plus pointu de truffe blanche, mais comme aucune truffe blanche même en cœur de saison à Alba ne peut à elle seule donner. Imaginez la pureté cristalline et l’éclat du plus noble des rieslings ou des sauvignons de vendanges tardives, et vous aurez une faible idée du choc qu’une telle cuvée a pu produire auprès de mes amis de Barolo. Ce jurançon d’anthologie est le chef d’œuvre d’Yvonne Hegoburu, vigneronne passionnée que je salue ici bien bas pour avoir fait revivre ce coteau magique de Laroin et créer par son idéalisme un tel modèle de style.

Quarts de Chaume Château de l’Echarderie cuvée Paradis 1997

Le nombre de fois où je n’ai pas compris pourquoi les plus grands oenophiles des années 1900 portaient ce cru au pinacle fut largement compensé par les émotions apportées par cette cuvée spéciale de l’Echarderie. Un tri remarquable de raisins nobles et une vinification attentive ont magnifié les grands amers de schiste, liés au terroir, donnant au vin un cachet irrésistible. A égalité de réussite avec un Bonnezeaux digne de ce nom dans ce même millésime, le Quart de Chaume ajoute une énergie qui met encore plus en valeur l’originalité du chenin blanc comme cépage.

Vouvray Moelleux Clos Naudin 1945 André Foreau

Les amoureux de Vouvray ont tous la nostalgie du mythique millésime 1947 où une explosion de pourriture noble a produit en belle quantité des liquoreux devenus pièces de collection. Mais à deux reprises, il y a bien longtemps, chez André Foreau, père de Philippe, un vin dépassait encore le 1947 par son ampleur en dégustation, le 1945, rescapé d’une récolte décimée par le gel. Impossible d’imaginer des saveurs de miel de tilleul plus bouleversantes par leur harmonie et leur persistance, miraculeusement équilibrées par une acidité plus tranchante. On rêve de retrouver une telle densité. En tout cas malgré toute leur classe ni le 1989, ni le 1990 ne semble parti pour une longévité comparable.

Hugel Riesling sélection de grains nobles 1998

Rendons hommage à Etienne disparu prématurément cette année, à la mémoire de l’oncle Jean qui a inspiré le style de ce millésime et bien sûr à Marc qui l’a vinifié. Quand le millésime s’y prête, autorisant une longue, lente et tardive maturation du riesling, le Schoenenburg de Riquewihr devient un terroir proprement incomparable par sa capacité à harmoniser par des notes noblement amères de quina le fruit déjà si expressif du raisin. Densité, énergie, raffinement aussi bien dans la pureté d’expression du nez que dans la limpidité cristalline de la fin de bouche, tout indique ici, outre un raisin d’exception, un talent unique d’élaboration, guidé par une culture du grand vin pratiquée par la famille depuis de nombreuses générations.

Domaine J.M. Deiss Altenberg de Bergheim Gewurztraminer sélection de grains nobles 1989

Jean-Michel n’aime plus trop produire des vins de cépage unique et revendiquant une catégorie spéciale mais il faut avouer que ses grandes sélections de grains nobles des années 80 sont des vins merveilleux qui sont restés, en particulier pour le 1989 d’une jeunesse étonnante. Le millésime était parti pour enrichir par la pourriture noble toute la récolte, par ailleurs fort généreuse. Il a bien fallu vendanger plus tôt les vins secs qui se sont avérés incomplets par excès de jus. Mais au fur et à mesure de la concentration par le botrytis du raisin la matière s’est amplifiée. Le superbe coteau de l’Altenberg ne conduit pas le gewurztraminer vers les épices mais plutôt vers l’essence de rose et les notes de mirabelles et autres fruits jaunes, plus élégantes. Ce qui n’ôte rien de la somptuosité du corps ni de la longueur en bouche.

Domaine Zind-Humbrecht Rangen grand cru clos Saint-Urbain Pinot Gris sélection de grains nobles 1998

Le Rangen par l’originalité de son sol n’a pas d’équivalent en Alsace. Ses vins depuis des siècles font admirer leur puissance et leur individualité. De tous les cépages nobles le pinot gris est celui qui gagne le plus à s’enrichir des notes fumées données par la pierre volcanique. Quand la pourriture noble s’en mêle, et la chose est fréquente sur le milieu et bas de pente, juste au- dessus des eaux de la Thur, le bouquet des vins devient vraiment spectaculaire. En 1998 l’acidité équilibrait idéalement la liqueur et le résultat est un chef-d’œuvre.

Wehlener Sonnenuhr J.J. Prum Trockenbeerenauslese 1959

Toute dégustation faite en compagnie de Manfred Prüm, dans sa maison, est une expérience unique. Elle se passe d’ailleurs dans le salon où Madame Prüm vient régulièrement apporter de délicieuses petites tartes à l’oignon. Personne n’est jamais descendu déguster en cave et, chez les amateurs, cette cave relève d’ailleurs du mystère le plus absolu. Le reste est un cérémonial immuable : on commence par des vins plus jeunes, moins riches en sucre résiduel puis progressivement on monte en gamme et en ancienneté. Seul bémol, Manfred descend chercher à la cave privée (autre mystère…) chaque bouteille, la nettoie et la débouche avec d’infinies précautions, mais attend qu’elle soit finie et que le vin soit bu (donc aucun crachoir aux alentours) pour chercher la suivante. Et quand le moment et l’humeur s’y prêtent, après un marathon de dix à douze millésimes de kabinett et spaetlese, on passe aux choses sérieuses et l’on termine parfois sur le mythique TBA 1959 du Sonnenuhr dont il est si fier. On le comprend, c’est un prodige d’intensité et de netteté aromatiques. Par rapport à un Sauternes de la même époque on n’est pas agressé par un niveau d’acidité volatile perturbant le fruit ou par un boisé plus ou moins bien digéré. On reste en prise avec le raisin et l’ardoise du sol, et l’incroyable contraste entre la délicatesse des sensations tactiles et la richesse en liqueur vous hante de nombreuses années après.

 

Photo : En pleine  vendanges 2016, des raisins botrytisés (cépage sémillon) dans la lumière d’un matin d’octobre au château Bastor-Lamontagne. © Patrick Cronenberger

Dix chefs d'œuvre éternels de la pourriture noble

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« Le génie de la pourriture noble » dans EN MAGNUM #06 (pages 122 à 130). En kiosque


Château d’Yquem 1859 et 1869

Le Grand Duc Constantin, frère du Tsar, fait exploser le prix du vin de cette propriété et la transforme en mythe, en achetant une barrique en 1859 pour 20 000 francs or. Le cru venait d’ailleurs, seul de son espèce être classé premier cru supérieur de la Gironde, devant les grands Médocs et Haut-Brion. J’ai assisté il y a déjà presque vingt ans à une folle dégustation de trois siècles de son vin, organisée en Allemagne par le très douteux Hardy Rodenstock qui y avait ouvert deux bouteilles de ses fameux faux flacons « TJ » (Thomas Jefferson) du XVIII ème siècle. Mais tout n’était pas faux, je peux le garantir dans bien d’autres millésimes ! J’ai été émerveillé de façon inoubliable par la qualité et l’état de conservation de quelques grands vins du XIXème siècle, vinifiés par deux générations étonnantes de Garros, maîtres de chai de la famille originaires de Barsac. La splendeur aromatique, la pureté, la finesse, la tension et la précision dans l’expression du terroir et de la pourriture noble des 1859 et 1869 me sont apparues alors supérieures à celles des très grands millésimes 1928 ou 1937. Seul le 1945 pouvait ce jour- là leur être comparé. J’ai acquis alors la ferme conviction qu’il y avait certainement du sauvignon dans l’encépagement de ces millésimes et je me réjouis de revoir ce cépage dans les millésimes les plus récents, qui d’ailleurs ont plus d’un point commun avec les deux monuments cités.

Château Suduiraut 1928

La décennie des années 1920 fut très faste pour Sauternes : une grande régularité dans les millésimes et surtout une prospérité liée à la célébrité mondiale du produit qui ferait rêver aujourd’hui. Le millésime qui tient le mieux la route globalement dans cette heureuse période est certainement le 1928. De tous les crus que j’ai dégustés dans cette année, et qui ont produit des vins admirables, le plus impressionnant est certainement Suduiraut par l’extraordinaire richesse et présence en bouche de son fruit. La splendeur de ses arômes d’agrumes, sa fantastique longueur en bouche sans la moindre lourdeur dans la perception du sucre surpassent encore par un supplément de fraîcheur Yquem ou Rayne-Vigneau, qui jouissait alors d’une réputation qu’il n’a pas retrouvé depuis.

Château Climens 1937

Le raffinement dans l’éclat d’une liqueur exceptionnellement persistante rappelle la qualité exceptionnelle du raisin de 1937, dont les vieux vignerons qui m’ont appris le Sauternes me disaient tous qu’elle était la meilleure qu’ils aient connue. J’ai eu la chance très jeune de déguster souvent ce vin sublime dont le prix dans les magasins Nicolas était dérisoire par rapport à sa valeur et lu ai trouvé aucun pair, sauf plus tard Yquem ou Gilette.

Domaine de Souch Jurançon Cuvée Marie Kattalin 1996

Imaginez le plus noble parfum, le plus concentré, le plus pointu de truffe blanche, mais comme aucune truffe blanche même en cœur de saison à Alba ne peut à elle seule donner. Imaginez la pureté cristalline et l’éclat du plus noble des rieslings ou des sauvignons de vendanges tardives, et vous aurez une faible idée du choc qu’une telle cuvée a pu produire auprès de mes amis de Barolo. Ce jurançon d’anthologie est le chef d’œuvre d’Yvonne Hegoburu, vigneronne passionnée que je salue ici bien bas pour avoir fait revivre ce coteau magique de Laroin et créer par son idéalisme un tel modèle de style.

Quarts de Chaume Château de l’Echarderie cuvée Paradis 1997

Le nombre de fois où je n’ai pas compris pourquoi les plus grands oenophiles des années 1900 portaient ce cru au pinacle fut largement compensé par les émotions apportées par cette cuvée spéciale de l’Echarderie. Un tri remarquable de raisins nobles et une vinification attentive ont magnifié les grands amers de schiste, liés au terroir, donnant au vin un cachet irrésistible. A égalité de réussite avec un Bonnezeaux digne de ce nom dans ce même millésime, le Quart de Chaume ajoute une énergie qui met encore plus en valeur l’originalité du chenin blanc comme cépage.

Vouvray Moelleux Clos Naudin 1945 André Foreau

Les amoureux de Vouvray ont tous la nostalgie du mythique millésime 1947 où une explosion de pourriture noble a produit en belle quantité des liquoreux devenus pièces de collection. Mais à deux reprises, il y a bien longtemps, chez André Foreau, père de Philippe, un vin dépassait encore le 1947 par son ampleur en dégustation, le 1945, rescapé d’une récolte décimée par le gel. Impossible d’imaginer des saveurs de miel de tilleul plus bouleversantes par leur harmonie et leur persistance, miraculeusement équilibrées par une acidité plus tranchante. On rêve de retrouver une telle densité. En tout cas malgré toute leur classe ni le 1989, ni le 1990 ne semble parti pour une longévité comparable.

Hugel Riesling sélection de grains nobles 1998

Rendons hommage à Etienne disparu prématurément cette année, à la mémoire de l’oncle Jean qui a inspiré le style de ce millésime et bien sûr à Marc qui l’a vinifié. Quand le millésime s’y prête, autorisant une longue, lente et tardive maturation du riesling, le Schoenenburg de Riquewihr devient un terroir proprement incomparable par sa capacité à harmoniser par des notes noblement amères de quina le fruit déjà si expressif du raisin. Densité, énergie, raffinement aussi bien dans la pureté d’expression du nez que dans la limpidité cristalline de la fin de bouche, tout indique ici, outre un raisin d’exception, un talent unique d’élaboration, guidé par une culture du grand vin pratiquée par la famille depuis de nombreuses générations.

Domaine J.M. Deiss Altenberg de Bergheim Gewurztraminer sélection de grains nobles 1989

Jean-Michel n’aime plus trop produire des vins de cépage unique et revendiquant une catégorie spéciale mais il faut avouer que ses grandes sélections de grains nobles des années 80 sont des vins merveilleux qui sont restés, en particulier pour le 1989 d’une jeunesse étonnante. Le millésime était parti pour enrichir par la pourriture noble toute la récolte, par ailleurs fort généreuse. Il a bien fallu vendanger plus tôt les vins secs qui se sont avérés incomplets par excès de jus. Mais au fur et à mesure de la concentration par le botrytis du raisin la matière s’est amplifiée. Le superbe coteau de l’Altenberg ne conduit pas le gewurztraminer vers les épices mais plutôt vers l’essence de rose et les notes de mirabelles et autres fruits jaunes, plus élégantes. Ce qui n’ôte rien de la somptuosité du corps ni de la longueur en bouche.

Domaine Zind-Humbrecht Rangen grand cru clos Saint-Urbain Pinot Gris sélection de grains nobles 1998

Le Rangen par l’originalité de son sol n’a pas d’équivalent en Alsace. Ses vins depuis des siècles font admirer leur puissance et leur individualité. De tous les cépages nobles le pinot gris est celui qui gagne le plus à s’enrichir des notes fumées données par la pierre volcanique. Quand la pourriture noble s’en mêle, et la chose est fréquente sur le milieu et bas de pente, juste au- dessus des eaux de la Thur, le bouquet des vins devient vraiment spectaculaire. En 1998 l’acidité équilibrait idéalement la liqueur et le résultat est un chef-d’œuvre.

Wehlener Sonnenuhr J.J. Prum Trockenbeerenauslese 1959

Toute dégustation faite en compagnie de Manfred Prüm, dans sa maison, est une expérience unique. Elle se passe d’ailleurs dans le salon où Madame Prüm vient régulièrement apporter de délicieuses petites tartes à l’oignon. Personne n’est jamais descendu déguster en cave et, chez les amateurs, cette cave relève d’ailleurs du mystère le plus absolu. Le reste est un cérémonial immuable : on commence par des vins plus jeunes, moins riches en sucre résiduel puis progressivement on monte en gamme et en ancienneté. Seul bémol, Manfred descend chercher à la cave privée (autre mystère…) chaque bouteille, la nettoie et la débouche avec d’infinies précautions, mais attend qu’elle soit finie et que le vin soit bu (donc aucun crachoir aux alentours) pour chercher la suivante. Et quand le moment et l’humeur s’y prêtent, après un marathon de dix à douze millésimes de kabinett et spaetlese, on passe aux choses sérieuses et l’on termine parfois sur le mythique TBA 1959 du Sonnenuhr dont il est si fier. On le comprend, c’est un prodige d’intensité et de netteté aromatiques. Par rapport à un Sauternes de la même époque on n’est pas agressé par un niveau d’acidité volatile perturbant le fruit ou par un boisé plus ou moins bien digéré. On reste en prise avec le raisin et l’ardoise du sol, et l’incroyable contraste entre la délicatesse des sensations tactiles et la richesse en liqueur vous hante de nombreuses années après.

 

Photo : En pleine  vendanges 2016, des raisins botrytisés (cépage sémillon) dans la lumière d’un matin d’octobre au château Bastor-Lamontagne. © Patrick Cronenberger