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Gevrey-Chambertin : les premiers crus ne sont pas tous les mêmes

Gevrey-Chambertin

Avec ses 86 hectares, l’ensemble des vingt-six premiers crus de Gevrey-Chambertin est fort proche en superficie de celui des grands crus. Encore une fois, ce n’est rien par rapport à la production mondiale, mais ce rien fait plus parler de lui depuis des siècles que des millions d’hectolitres de vins interchangeables.

Au passage, versons une larme amère sur chaque bouteille sans caractère ou, pire encore, médiocre ou mauvaise à cause de l’incompétence de producteurs indignes du patrimoine qu’ils ont la fabuleuse chance de posséder.

Aucun de ces premiers crus, pas même le clos Saint-Jacques, de loin le plus estimé de tous et à juste titre, n’a pourtant acquis la célébrité des lieux-dits les plus prestigieux de la côte de Nuits et les prix de vente, bien qu’élevés, ne sont donc jamais spéculatifs. Il est donc toujours possible pour l’amateur français de se procurer quelques bouteilles de ces vins rares et magnifiques.

Si la bande des grands crus est d’un seul tenant, les premiers crus sont dispersés sur l’ensemble de l’aire de l’appellation Gevrey-Chambertin de la limite de la commune de Morey-Saint-Denis à celle de Brochon.

Pour en faciliter la compréhension, on peut les diviser en trois sous-ensembles du sud au nord. Au sud, un premier groupe borde les grands crus dont il forme en quelque sorte le piémont. Il regroupe les Combottes, à la limite de Morey, Bel-Air au dessus du chambertin puis, en dessous de Chapelle et Mazis-Chambertin, Petite Chapelle, en-Ergot, Cherbaude, clos-Prieur, la-Perrière et au-Closeau. Tous ces crus donnent des vins distingués, plus souples et plus vite prêts à boire que les grands crus.

Le second, au centre du village, s’étend sur un cône de déjection issu des terres de la combe d’Orveau : les vins ont un peu moins de personnalité et se font encore plus vite en bouteille, mais leur bouquet ravit lorsqu’on sait les vinifier. Il s’agit des Corbeaux, du Fonteny (de loin le plus racé d’entre eux), de Champonnet, des Craipillots, des Issarts, du clos du Chapître.

Le troisième regroupe tous les crus de la combe d’Orveau au nord du village, sur des sols en général assez riches en argile, ce qui explique leur supplément de corps et leur longévité. Quand un heureux hasard crée une exposition un peu plus parfaite comme c’est le cas pour le clos Saint-Jacques, des Estournelles et la plus grande partie des Cazetiers, des Lavaux et de la Combe-aux-Moines, le vin peut atteindre la dimension d’un grand cru.

Pour la Romanée, les Verroilles, le Poissenot, les Goulots et les Champeaux il faut travailler un peu plus la vigne pour obtenir une qualité de maturité identique, mais le résultat est presque comparable dans les mains d’un vigneron adroit et consciencieux. Michel Bettane

Liste des premiers crus de Gevrey-Chambertin :
Bel Air
Les Cazetiers
Champeaux
Champonnet
Cherbaudes
Clos du Chapître
Au Closeau
Combe aux Moines
Aux Combottes
Les Corbeaux
Craipillot
Etournelle (ou Estournelles) Saint-Jacques
Fonteny et clos du Fonteny (ou Fontenys)
Les Goulots
Lavaux-Saint-Jacques
La Perrière
Petits Cazetiers
Plantigone ou Issart
Poissenot
Clos Prieur (Haut)
Romanée
Clos Saint Jacques

Crédit photo : BIVB/Muzard J.P.

Champeaux

Une très belle exposition sud-est en limite de Brochon, sur un terrain très accidenté, soutenu par de nombreuses petites terrasses et murs de pierre sèche (les fameux murgers). Le terroir, 6 hectares et 68 ares, est classique, argilo-calcaire avec une couleur rouge due à l’oxyde de fer. Les vins sont très typés gevrey, masculins dans leurs tannins, élancés, plus minéraux dans l’arrière-bouche que le clos Saint-Jacques.

Michel Bettane

Champonnet

Un obscur petit lieu-dit (3 hectares 31 ares) du cône de déjection du cœur du village, au dessus du Fonteny, possède un sol caillouteux et un rien plus profond qu’au Craipillot.

Michel Bettane

Bel Air

Le cru (2 hectares, 65 ares) se situe merveilleusement au dessus du clos de Bèze et jouxte les Ruchottes-Chambertin. La partie la plus haute est en appellation village, sans doute à cause du manque de terre. La partie basse est difficile à travailler, la vigne y souffre de la maigreur du sol.

Michel Bettane

Les Cazetiers

Voici un des premiers crus (9 hectares 12 ares) les plus estimés de la commune et c’est justice. Il continue vers le nord le clos Saint-Jacques, avec une exposition un peu plus tournée vers l’est, sur une pente encore plus accidentée et victime de l’érosion à chaque gros orage. La terre est marneuse et donne un vin très coloré, charpenté, profond qui exige, pour atteindre sa pleine expression, qu’on sache attendre la maturité complète du raisin, tardive, mais souvent possible. On le reconnaît alors à ses arômes très expressifs et sauvages de cuir et de fumé qui en font un parfait vin de gibier. Sa longévité est pro-verbiale.

Michel Bettane

Cherbaudes

Petit cru (2 hectares 18 ares) du piémont des Mazis-Chambertin, il s’étend sur un sol rougi par l’oxyde de fer et un sous-sol de laves et de plaques calcaires dures où s’enfoncent assez profondément les racines. L’exposition et le drainage sont excellents. Le vin est délicat, tendre, parfumé, mais parfois maigre ou vert quand le vigneron ne s’applique pas.

Michel Bettane

Clos du Chapître

Monopole (un hectare) de la cave coopérative des Hautes-Côtes, situé sur le même type de sol que les Craipillots.

Michel Bettane

Au Closeau

Minuscule terroir (0,52 hectares) appartenant presque entièrement au domaine Drouhin-Laroze. Il est bien situé, sous les Mazis-Chambertin.

Michel Bettane

Combe aux Moines

Un des principaux crus (4 hectares 76 ares) de la combe d’Orveau, en sommet de côte, tout contre les Cazetiers, sur un sol également pentu et fortement soumis à l’érosion. Le sol y est plus maigre et très calcaire donnant des vins complets, soutenus par une belle acidité. Leur finesse n’apparaît qu’après un long vieillissement.

Michel Bettane

Aux Combottes

Avec 4 hectares et 57 ares, c’est un des premiers crus les plus célèbres du village, idéalement niché entre le clos de la Roche et les Latricières-Chambertin et propriété des meilleurs vignerons de Morey-Saint-Denis.
Rappelons d’ailleurs qu’une partie du climat, appartenant au domaine Camus a été surclassée en grand cru (Latricières-Chambertin), ce qui a conduit d’autres producteurs à demander aussi un reclassement.
Le vin est conforme à sa situation, remarquable par sa finesse et sa complexité aromatique avec une forme un peu plus sphérique qu’un gevrey classique et un fruité plus frais et plus vite ouvert. La moyenne de qualité y est élevée d’un producteur à l’autre et d’un millésime sur l’autre. Les prix de vente reflètent la confiance du public et une demande soutenue.
Je me dois d’indiquer à ce sujet que quelle que soit l’excellence de nombreuses cuvées de ce terroir je n’en n’ai jamais dégusté de comparables aux grands crus vinifiés par les mêmes producteurs.

Michel Bettane