Accueil Blog Page 137

Salon de l’agriculture : le vin français lance un SOS

Une chute de près de 30 % des exportations vers les Etats-Unis, 100 000 emplois menacés : touchés de plein fouet par les taxes Trump, les responsables de la filière viticole en appellent au gouvernement. Lors de son passage au Salon de l’agriculture, Emmanuel Macron s’est engagé à porter leur demande de mise en place d’un fonds de compensation d’urgence de 300 millions d’euros auprès de l’Union européenne

Par Pascale Cassagnes

Dans les turbulences du conflit Airbus-Boeing
« Aux Etats-Unis, notre premier marché export, l’entrée en vigueur le 18 octobre dernier des taxes de 25 % ad valorem a entraîné un recul de 17,5 % des exportations de vins tranquilles sur le seul dernier trimestre 2019. Une baisse qui s’accroît tous les jours. La viticulture subit les représailles d’un conflit qui n’est pas le nôtre », a déclaré Jean-Marie Barillère lors d’un point presse du comité national des interprofessions des vins à appellation d’origine et à indication géographique (CNIV) qu’il préside. C’est en effet pour répliquer aux subventions accordées par l’Union européenne à Airbus, une concurrence jugée déloyale vis-à-vis de Boeing, que les Etats-Unis ont relevé leurs taxes sur les vins français. Malgré la promesse d’Emmanuel Macron qui, comme l’a souligné Jérôme Despey, président du conseil spécialisé des vins de FranceAgriMer, « connaît bien le sujet et a compris l’effet à long terme qu’auraient ces taxes », les craintes ne sont pas apaisées. « La réponse que nous avons eu samedi (22 février, ndlr) n’est pas à la hauteur de l’urgence de la situation. Nous ne pouvons attendre mai ou juin et les négociations avec les avionneurs. C’est maintenant que nous rencontrons les metteurs en marché avec le risque de perdre des parts de marché qu’il sera difficile de reconquérir. »

Les incertitudes pèsent sur l’export
D’autres tensions commerciales et politiques pèsent sur les premiers marchés export. Le succès des vins et spiritueux français à l’international (14 milliards d’euros de chiffre d’affaires réalisé à l’export en 2019) est en trompe-l’œil, selon la fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS). « Nous sommes confrontés à de trop nombreuses incertitudes pour nous réjouir », a expliqué Bernard Farges, vigneron et président de la confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin à appellations d’origine contrôlées (CNAOC). « Aux taxes américaines s’ajoute l’instabilité issue du Brexit. Une hausse des exportations afin d’anticiper des difficultés futures laisse craindre un recul du chiffre d’affaires en 2020. Nous subissons aussi les baisses des ventes en Chine, amplifiées par l’épidémie du coronavirus dont nous ne pouvons encore mesurer l’impact, et les tensions politiques à Hong Kong, alors que l’absence de droits de douane dont bénéficient l’Australie et le Chili représente un réel avantage compétitif. »

Des freins pour la transition écologique ?
« Ces difficultés peuvent mettre à mal tout le travail effectué dans le terroir français. », alerte Jérôme Despey. « En particulier au moment où nos entreprises doivent investir pour la transition environnementale, avec une dynamique dont nous nous réjouissons. » Là, en effet, les indicateurs sont au vert : 90 % des exploitations agricoles certifiées Haute valeur environnementale (HVE) sont issues de la viticulture. Quant aux surfaces de vigne conduites en bio, elles représentent en 2019 près de 12 % des surfaces du vignoble, soit trois fois plus qu’il y a dix ans. « Avec le ralentissement économique, cette transition se fera à une vitesse plus réduite, d’autant que nous nous heurtons à de nombreux freins », avertit Jérôme Despey. Dernier en date, l’arrêté du 27 décembre 2019 qui fixe des distances minimales d’épandage des produits phytosanitaires s’applique depuis le 1er janvier 2020 à la vigne, sans transition. Ce qui rend obligatoire l’arrachage de centaines d’hectares. Le sujet a été mis sur la table lors de l’entrevue avec le chef de l’Etat. Sa réponse aurait été « rassurante. » Comme l’a précisé Jérôme Despey : « Le président nous a demandé d’aller plus vite concernant la sortie du glyphosate, mais nous a assuré que les vignes installées non loin d’habitations seront protégées. »

Les chiffres-clés :

500 000 emplois sont générés directement et indirectement par la viticulture en France

• Les vins et spiritueux français sont les 1ers contributeurs à la balance commerciale pour l’agroalimentaire

• Les six premiers marchés à l’export sont les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Chine, Singapour, l’Allemagne et la Belgique

• La France est le 1er pays exportateur en valeur de vin et eaux-de-vie de vin

• Les Etats-Unis sont le 1er marché d’exportation du vin français (20 %  du chiffre réalisé à l’export par les vins tranquilles)

• La perte de chiffre d’affaires sur les exportations américaines en 2020 est estimée à 300 millions d’euros

• Pour le dernier trimestre 2019, le chiffre d’affaires à l’export sur l’ensemble Chine – Hong Kong – Singapour est en baisse de 3,1 % 

La 59e vente des vins des Hospices de Nuits-Saint-Georges

Moins médiatique que sa grande sœur de Beaune, la vente des Hospices de Nuits fonctionne sur le même principe, il s’agit de la vente des vins du domaine des Hospices afin de contribuer au budget d’investissement de l’hôpital. Quelques petites différences cependant, cette vente-ci ayant systématiquement lieu le second week-end du mois de mars, et non le troisième du mois du novembre, les vins ont eu plus de temps pour s’affiner et commencer à intégrer leur élevage. Autre singularité, ici le terroir de Nuits est particulièrement à l’honneur, avec 17 cuvées présentées, seul un legs sur Gevrey-Chambertin vient compléter l’offre. Pas de grands crus donc, un seul blanc (de Nuits), les meilleurs parcellaires de la commune sont représentés, à l’exception du premier cru Vaucrains, peut-être.

2019, un grand millésime
Que penser des 2019 soumis à l’enchère le dimanche 8 mars prochain ? Sans conteste, il s’agit d’un grand millésime, les vins au fût étant déjà d’une irrésistible gourmandise, ils vieilliront favorablement. Les degrés sont élevés, avec peu de vins en dessous des 14° naturels, les expressions de terroir toujours lisibles, les équilibres sont là, et les premiers crus sans surprise au-dessus du lot. Goûtés en compagnie du très compétent régisseur du domaine Jean-Marc Moron, certains lots se sont poussés du col, notamment en nuits-villages la cuvée des Sœurs Hospitalières et, en premier cru, les Saint-Georges et les fameux Didiers, le monopole du domaine (préférez les vieilles vignes de la cuvée Fagon).

Une vente à la pièce
La vente s’effectue à la pièce (124 lots seront en vente), même si certains négociants (dont Albert Bichot) proposent d’acheter certains lots à la bouteille (une pièce bourguignonne contient 228 bouteilles), les estimations s’étalent de 7 000 à 18 000 euros la pièce, évidemment le chiffre définitif ne sera validé que le jour de la vente, menée par le nouveau tandem, maître Cortot, commissaire-priseur, et Aymeric de Clouet, expert en vins.

La vente aux enchères aura lieu ‪le dimanche 8 mars à 14h30‬ au château du Clos de Vougeot. Vous pourrez suivre et participer à la vente, en direct, sur interencheres.com

Aymeric de Clouet, expert en vins, dit tout sur cette vente.

Rock’n’Grapes

Après le passage des Strokes la semaine dernière à l’Olympia, l’autre événement musical parisien de ce mois de février était un concert de vignerons rockers au Backstage pour fêter la sortie du livre Accords Majeurs de notre ami Frédéric Durand-Bazin. Récit d’une soirée pas comme les autres.

Dégustation rock’n’roll
Ce soir-là, le microcosme parisien du vin s’est donné rendez-vous dans un club de Pigalle à l’invitation de l’Agence Force 4. Pas pour une dégustation classique, même si, en préambule de la soirée, chaque vigneron présent, onze parmi les vingt-deux du livre, fait goûter sa production. Un panel aussi sympathique qu’hétéroclite qui permet de déguster du rhône, venu en force, du champagne, du bourgogne, du bordeaux et du languedoc. De quoi s’échauffer les gosiers et délier les langues avant le début de ce concert un peu spécial. Ça démarre calmement avec de la folk pendant qu’on fume une clope avec un vieux roadie du vin, partagé entre la joie de ces agapes et la tristesse de l’annonce du décès de Daniel Benharros, figure tutélaire de la presse du vin parisienne.

Grapeful Dead, le groupe du Rhône nord
Mais il est temps de s’engouffrer dans la rockcave. Frédéric Durand-Bazin, l’auteur du livre (avec Nidhal Marzouk à la photo), est en train de taper sur la batterie pour prêter main-forte à Jean-Philippe Bret du Mâconnais, adepte de musiques électroniques, ce qui donne lieu à une reprise des Daft Punk. Mais la tête d’affiche de ce concert unique, ce sont les vignerons rockers, avec une bonne partie des Grapeful Dead, le groupe du Rhône nord dont les piliers sont Paul Amsellem (Domaine Georges Vernay), Yves Gangloff et Pierre-Jean Villa. Pour l’occasion, ils composent un attelage hétéroclite avec leurs confrères du Languedoc, de Bordeaux et d’ailleurs, formant un groupe aux formes mouvantes qui voit les membres changer au gré des morceaux.

Faire partie des AC/Dçu, c’est avoir du goulot et du culot.

Pas de costard, des guitares
C’est Fred Chauffray, venu des Terrasses du Larzac, qui se met au chant le premier et montre qu’il n’a pas besoin de s’échauffer. Il occupe l’espace scénique avec aplomb, muni d’une guitare coréenne à paillettes. À ses côtés, Frédéric Faye, le directeur technique de Château Figeac, a délaissé le costard pour la guitare, se montre plus réservé, pas moins talentueux. Derrière, Durand-Bazin a troqué les drum sticks pour une basse, Jean-Charles Fagot ne lâchera plus la batterie, tandis que le Champenois Pascal Doquet, qui appelle ses cuvées Arpège ou Diapason, donne également de la guitare. Ils entonnent un Rebel Rebel culotté.

Le Keith Richards des coteaux escarpés
Changement partiel d’équipe avec l’arrivée sur scène de la bande des côte-rôtie et des condrieus. Presque planqué derrière son synthé, le facétieux Paul Amsellem nomme ce groupe de circonstance les « AC/Dçu » avant d’enchaîner quelques tubes classiques comme Blue Suede Shoes ou Sweet Home Chicago. Pierre-Jean Villa, le TGV de la guitare, est très concentré sur son jeu. Yves Gangloff a le physique du rôle. Son visage émacié en fait le Keith Richards des coteaux escarpés. Mais si cet Alsacien sait faire vibrer les vins rhodaniens comme les cordes de sa Fender, c’est le breton de Châteauneuf-du-Pape, Samuel Montgermont, qui électrise la scène. Avant même de lire Accords Majeurs, on a deviné que celui-là se serait bien vu haranguer les foules sur scène, même s’il a finalement choisi la voie du vin. Et comme si ça n’était pas assez, Stéphane Derenoncourt se joint également à la petite bande qui fait monter l’ambiance d’un cran. Le set se conclut sur un Éteins la Lumière avec le retour de Frédéric Faye qui aurait bien fait durer le plaisir et un Montgermont déchaîné face à un public décidé à ne pas faire de ce lundi soir un lundi comme les autres.

On est impatient de retrouver tout ce petit monde, les absents et des nouveaux pour un Accords Majeurs Bis, si possible un soir de fin de semaine, qu’on puisse taper dans les magnums et shaker nos booties jusqu’à tard dans la nuit.

Accords Majeurs, Frédéric Durand-Bazin et Nidhal Marzouk, Le Particulier, 2019, 24,90 euros

Daniel Benharros est mort un dimanche

Mais qui est Daniel Benharros ?
Un grand professionnel du vin, un homme d’influence.
Son métier ?
Régisseur. C’est lui qui apportait un chiffre d’affaire publicitaire au journal qu’il représentait, Le Figaro, l’obligeant ainsi à créer un environnement rédactionnel favorable. Il a été le premier à inventer la publicité du vin et les suppléments vin de la grande presse, c’est lui qui a sorti le vin des pages de la seule presse spécialisée. Après un début de carrière orienté gastronomie (Gault et Millau, Cuisine et vins de France), il crée en 1986 le Guide des routes du vin où il nomme Antoine Gerbelle à la rédaction en chef. Les grands noms du vin de l’époque s’y succèdent, Michel Smith, Christian Flacelière, Bernard Burtschy et un petit jeune qui fera la carrière qu’on sait, Thierry Desseauve.

Lire la suite ici sur le blog bonvivant

2008, le nouveau diamant de Vranken

A propos de 2008, la maison de champagne Vranken parle d’un millésime inespéré : « Après un été difficile, la nature a su être clémente pour permettre de réaliser une récolte d’exception. » Et c’est bien le caractère exceptionnel de ce chardonnay issu de trois grands crus qui a justifié l’élaboration de cette cuvée millésimée, un champagne blanc de blancs à la robe jaune pâle qui a longuement mûri dans la fraîcheur des caves de la maison « afin d’atteindre sa maturité, sa complexité et son élégance. »

Champagne Vranken, Diamant blanc de blancs 2008, 58 euros (prix conseillé)

Crus bourgeois du Médoc, nouveau classement. Le grand entretien

Dévoilé hier, le classement 2020 des crus bourgeois médocains distingue 249 châteaux. Jusque-là, rien de nouveau. Ce qui change, c’est que c’est pour cinq ans. Et que trois niveaux composent désormais cette mention qui met en lumière environ 30 % de la production du Médoc. Cru bourgeois, cru bourgeois supérieur et cru bourgeois exceptionnel (quatorze propriétés sont concernées ici*), c’est comme avant et c’est pour le mieux, comme l’explique le président de l’Alliance des crus bourgeois, Olivier Cuvelier

Entretien réalisé par Louis-Victor Charvet

Comment ce nouveau classement s’inscrit-il dans l’histoire de la mention ?
La mention historique, utilisée et établie dans le Médoc depuis le XVe siècle, rassemble un nombre important de châteaux, environ un tiers de la production médocaine. Le premier vrai classement des crus bourgeois est celui de 2003. Il a été annulé en 2007 et la mention a été interdite par l’Etat jusqu’à ce qu’un nouveau classement soit décidé. À partir du millésime 2008, l’Alliance a créé, pour sortir de cette impasse, un classement annuel avec un seul niveau, sans catégorie et sans hiérarchisation. Ce système a fonctionné pendant dix ans, jusqu’au classement du millésime 2017, le dernier en date. Depuis cinq ans, on travaillait à l’élaboration d’un classement quinquennal et au retour d’une hiérarchisation.

Pourquoi ? Le classement annuel n’était plus pertinent ?
C’est un format épuisant, une machine un peu folle qui tourne sur elle-même. Tous les ans, c’est une épée de Damoclès pour les propriétés. Ce n’est pas simple à gérer et, surtout, ce n’est pas fluide pour le commerce. Qu’ils vendent en direct ou en passant par l’intermédiaire du négoce, les crus cherchent à s’engager auprès de leurs clients sur plusieurs années. Le classement pluriannuel était devenu nécessaire. Et la hiérarchisation aussi, car c’est difficile de communiquer efficacement sur des crus qui ont tous le même statut. Les acheteurs prennent les références qui sont vendues le moins cher et exigent de tout le monde que ce soit la norme de prix. Hiérarchiser va permettre de retrouver des locomotives et de tirer l’ensemble vers le haut.

A quoi correspondent les trois niveaux du classement ?
Après réflexion, décision a été prise d’utiliser les catégories historiques. Le consommateur les connaît, c’est cohérent. La porte d’entrée de cette hiérarchisation, c’est la dégustation. Cinq millésimes en bouteilles d’une propriété à l’aveugle contre un seul auparavant. C’est cette étape qui doit déterminer si le vin a le potentiel ou non pour être soit cru bourgeois, soit cru bourgeois supérieur, soit exceptionnel. Si la propriété atteint une certaine note à la dégustation, elle fait partie des admissibles et peut prétendre à la mention cru bourgeois supérieur ou exceptionnel. À partir de là, c’est un nouveau processus. Une commission d’experts étudie un dossier anonyme d’une cinquantaine de pages sur la propriété. Deux spécialistes s’y déplacent pour vérifier la cohérence du dossier et le respect d’un certain nombre de critères.

Qui juge ces propriétés ?
Le jury est composé d’un président et d’un vice-président, de deux membres des comités de dégustation et de deux jurés supplémentaires, l’un dédié au marketing, l’autre à la partie technique. Son rôle est d’extraire, à partir des dossiers, les crus qui atteignent un certain nombre de points pour être classés supérieur ou exceptionnel de ceux qui ont eu, à la dégustation, les notes suffisantes pour espérer l’être. Il n’y a ni obligation d’en créer, ni numerus clausus.

Et quels sont les critères évalués ?
Il y en a plusieurs. L’un d’entre eux est d’être inscrit dans une démarche environnementale, en étant certifié au minimum HVE2. C’est un sujet que l’Alliance, à l’avenir, devra suivre de près. Il y a un critère technique qui porte sur la récolte, le vignoble, le chai, le conditionnement des étiquettes et le stockage et, enfin, le système qualité. Un autre critère évalue la mise en valeur du site, la qualité d’accueil des professionnels et des particuliers, la promotion individuelle et collective du cru, son mode de distribution, sa valorisation nationale et internationale. Un point par critère. Il faut douze points minimum pour rester dans la catégorie des crus bourgeois supérieurs. Parmi ceux-là, le jury extrait la pointe de la pyramide, les exceptionnels.

Qu’advient-il d’un potentiel cru bourgeois supérieur qui n’atteindrait pas ce niveau de points ?
Ce qui est remarquable dans ce nouveau mode de fonctionnement, c’est que ce cru n’est que potentiellement supérieur grâce à son succès à la première étape, la dégustation. Si après étude du dossier, il n’obtient pas le nombre de points requis pour rester dans cette catégorie, il redevient cru bourgeois, sans autre mention. L’objectif est vraiment de créer un classement des propriétés.

Peut-on dire qu’il y a un style cru bourgeois différent selon les mentions ?
Ce n’est pas aussi simple. Cet ensemble de vins constitue un panel de crus. Les catégories correspondent à trois différents niveaux d’exigence. Ce qui est intéressant dans ce nouveau classement, c’est la dégustation de cinq millésimes. C’est un moyen de saisir le style d’un château, d’estimer le potentiel de vieillissement du vin, de se rendre compte de la plus ou moins grande stabilité de sa qualité selon les années, en fonction des millésimes, etc.

Dans le Médoc, on dit toujours que le terroir est différent de l’autre côté de la route. Ce classement
doit chercher à valoriser la diversité du vignoble

La reprise des trois catégories permet au consommateur de comprendre la hiérarchie qui existe entre elles. Mais est-ce que ça n’ajoute pas encore un classement à Bordeaux ?
C’est la garantie d’un vin de qualité reconnu et certifié, dégusté à l’aveugle et approuvé par un jury d’experts. Rien que ça, c’est unique dans le monde. Ça permet une meilleure lisibilité. Les crus bourgeois représentent quand même pas mal de bouteilles (environ 28 millions, ndlr). Le consommateur doit comprendre qu’il y a une différence de qualité entre les crus. C’est important et c’est rassurant. Notre démarche est accompagnée le bureau d’inspection Quali-Bordeaux. C’est un organisme indépendant qui est là pour contrôler notre travail.

Le bordeaux est réduit par ses détracteurs à une version du vin bodybuildé, concentré, pas toujours digeste. Est-ce que le style des futurs crus bourgeois s’éloigne de cette vision ?
Il y a une évolution, oui. Mais c’est un mouvement général à Bordeaux et les crus bourgeois vont eux aussi dans ce sens-là. Pour le consommateur, l’acte d’achat d’un cru bourgeois n’est pas celui d’un cru classé. Les gens acceptent que ces derniers soient des vins difficiles d’accès dans leur jeunesse. Les crus bourgeois sont consommés pour la plupart au bout de trois ou quatre ans. Il faut être vigilant à ce que les vins gardent cette aptitude à être bus rapidement. L’Alliance est organisme de promotion. Donner une direction globale à nos adhérents, c’est quasi impossible. Cette révolution des crus bourgeois est un moyen pour Bordeaux de relancer la machine. Il se passe des choses. On se remet en question. Ça montre le dynamisme du vignoble.

* Les crus bourgeois exceptionnels sont : les châteaux d’Agassac, Arnauld, Belle-Vue, Cambon La Pelouse, Charmail, Malescasse, de Malleret et du Taillan dans l’AOC haut-médoc ; en listrac-médoc, le château Lestage ; en AOC margaux, les châteaux d’Arsac et Paveil de Luze ; en AOC saint-estèphe, les châteaux Le Boscq, Le Crock et Lilian Ladouys.

Dans le Mâconnais, des terres secrètes et engagées

©VigneronsdesTerresSecrètes

Premiers producteurs de l’AOC saint-véran, et présents également sur les parcelles des plus beaux villages du Mâconnais, le groupement de vignerons issu des caves de Verzé et Prissé fondées en 1928 pratique avec ferveur respect de l’environnement et préservation de ses terroirs.

Engagés par le cahier des charges “Vignerons en développement durable* depuis 2013, les choix de cette cave coopérative, unique dans le périmètre du Grand Site de France Solutré-Pouilly-Vergisson, sont aussi bien représentés par la bouteille ci-dessous (hommage au gamay noir à jus blanc, ce mâcon Pierreclos est issu des terroirs du massif cristallin formé il y a plus de 200 millions d’années) que par le lancement en 2020 du premier site photovoltaïque bourguignon en autoconsommation.

Couvrant une surface de 1 765 m2 , ces panneaux permettront aux Vignerons des terres secrètes – ils sont 120 à participer à cette aventure collective – de couvrir 40 % des besoins annuels de la coopérative.


* Un label récemment rebaptisé “Vignerons engagés” :

Producta Vignobles, ou le bordeaux côté coop’

Groupement de 2 500 vignerons, et par là premier producteur des vins de Bordeaux et sa région, Producta Vignobles – désormais dirigé par Camille Dujardin – était présent à Paris la semaine dernière sur le salon Vinexpo. Ce fut notamment l’occasion pour cette union de coopératives fondée en 1949 et représentant aujourd’hui 20 000 hectares de présenter de nouveaux produits au sein d’une offre moderne, « à l’écoute des nouvelles attentes de consommateurs. » Parmi ces dernières, on sait toute l’attention que les amateurs portent aux pratiques environnementales vertueuses et c’est bien cela que met en lumière la cuvée La Coopérative, issue d’une viticulture certifiée HVE (haute valeur environnementale) de niveau 3. Elle vante également les mérites de la coopération puisqu’elle est le fruit du travail de trois vignerons. Enfin, durabilité et solidarité riment ici avec modernité, un code à flasher avec son téléphone permettant une immersion en réalité virtuelle dans l’histoire qui se cache derrière cette étiquette. Autre proposition, autre histoire, celle d’un cépage cette fois, avec la cuvée Grain de Lune. Ce bordeaux blanc est issu d’une variété ancienne et confidentielle : le sauvignon gris.

Un châteauneuf-du-pape d’une délicatesse folle

Domaine de la Solitude,
Le Vin de la Solitude, châteauneuf-du-pape 2017

Le nom, la Solitude, ne justifie pas tout. Quoique. L’histoire familiale qui remonte au Moyen-Âge et à une famille toscane qui donna un pape à Avignon, non plus. Non, c’est le vin, l’important.

La finesse à Châteauneuf-du-Pape est une qualité. Nouvelle ? Relativement. Il fait partie des vins qu’on a envie de boire ces jours-ci. Goûtez-le.

Lire la suite ici sur le blog bonvivant

Vins et spiritueux, l’export dans le brouillard

Louis-Fabrice Latour explique qu’il faut prendre l’export à bras le corps.

La Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux (FEVS) a présenté les chiffres 2019 à Vinexpo Paris. Ils sont bons, mais les inquiétudes montent en ce début 2020.

La locomotive spiritueux
Cocorico. Les chiffres 2019 sont bons, avec 14 milliards d’euros d’exportation de vins et spiritueux, en hausse de 5,9 %, soit le deuxième excédent commercial français derrière l’aéronautique. Rentrer dans le détail des chiffres est passionnant. On constate que la croissance est tirée par les spiritueux, +8,8 %, plus que par les vins, +4,4 %, même si on exporte beaucoup plus de vins, 9,3 milliards, que de spiritueux, 4,7 milliards. Concernant les vins, on constate que la croissance se fait en valeur beaucoup plus qu’en volume, puisque ces derniers montent seulement de 0,7 %. En clair nos vins chers se vendent de plus en plus chers, mais on ne vend pas vraiment plus de vin.

Les aléas des marchés internationaux
Là où le tableau commence à être moins reluisant, c’est quand on regarde les marchés qui tirent cet export. Le principal, ce sont les USA, avec 3,7 milliards d’euros. Patatras, Trump, pas content qu’on subventionne Airbus, a mis 25 % de taxes en plus sur les vins français. Le résultat s’est fait immédiatement sentir avec une baisse de 17,5 % des importations aux USA au quatrième trimestre 2019. Et si on veut taxer les GAFA, il nous menace de mettre 100 % de taxes sur le vin. Tant pis, rabattons-nous sur la Chine, le deuxième marché export. Patatras, voilà que le coronavirus, officiellement appelé Covid-19, met la Chine à l’arrêt. Heureusement que le troisième marché se porte bien. Oui mais non, car le Royaume-Uni a bel et bien décidé de sortir de l’Union Européenne, ce qui laisse planer un doute sur nos échanges futurs.

1 000 kilomètres autour de Paris

Pause médias pour Antoine Leccia, Président de la FEVS.

Antoine Leccia, président de la FEVS, en appelle aux pouvoirs publics, évidemment, car la filière estime qu’elle va perdre 300 millions de chiffre d’affaires en 2020. Mais on envisage mal l’État français mettre la main à la poche pour palier les aléas du commerce. Il a de toute façon dit qu’il fallait voir ça avec l’Europe. La conclusion, c’est que la France s’est beaucoup tourné vers l’export ces derniers temps. Avec raison, car la consommation nationale baisse, et avec succès puisqu’on vient de connaître une décennie mirifique pour nos écuries de compétition dans le Bordelais, en Bourgogne et en Champagne. Mais la réalité de la décennie 2020 risque d’être très différente de celle de la décennie 2010. La montée-en-gamme c’est bien, évidemment, mais le pouvoir d’achat lui ne monte pas beaucoup, en tous cas en Europe. Et, on le voit, le grand export se grippe, avec une concurrence féroce, notamment en Chine où les vins français viennent de se faire ravir la place de premier exportateur par les vins australiens, qui bénéficient d’une exemption de taxes. Du coup, la filière va devoir se retrousser les manches. Et, comme le disait le bourguignon Louis-Fabrice Latour en aparté de la conférence, redécouvrir les marchés traditionnels va devenir une nécessité. Le fameux « 1 000 kilomètres autour de Paris ». En clair, le client qui a l’accent allemand ou belge ne va peut-être plus devoir patienter derrière le client chinois. Et les prix vont peut-être enfin se calmer.

Le board de la FEVS, devant la sortie de secours.

Photo d’ouverture : Louis-Fabrice Latour explique qu’il faut prendre l’export à bras le corps.