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Le bordeaux de demain (si l’on ne fait rien)


Goûter aux effets du réchauffement climatique, c’est la proposition littérale qui est au cœur du projet Bordeaux 2050 porté par l’association des journalistes de l’environnement (AJE) et le viticulteur, chercheur et œnologue Pascal Chatonnet, fondateur du laboratoire Excell, autour d’un vin confectionné de façon expérimentale afin de « démontrer concrètement la réalité du changement climatique à travers un symbole fort. » Après sa présentation en avril dernier à Paris, ce “vin du futur” s’est récemment fait remarquer au siège de l’ONU, où Patricia Espinosa, secrétaire exécutive des Nations-Unies en charge des changements climatiques, s’est prêté au jeu de la dégustation comparative (photo).

La cuvée Bordeaux 2050 est un assemblage de merlot et de cabernet-sauvignon, deux typiques cépages bordelais provenant ici de climats significativement plus chauds et plus secs (Languedoc-Roussillon et Tunisie, où ils ont connu un cycle végétatif plus court que celui actuellement en cours à Bordeaux), qui a été élevé en laboratoire « dans les conditions de ce que pourrait être le climat aquitain de 2050 » (tous les détails sont ). Le vin ainsi obtenu n’est ni meilleur, ni plus mauvais que celui élaboré traditionnellement dans le Bordelais. C’est un vin très différent, ces cépages présentant des profils analytiques et, surtout organoleptiques, très éloignés du profil original actuel.

Après avoir goûté un château-les-morins 2016, Patricia Espinosa a commenté la cuvée Bordeaux 2050 : « Ce vin n’a pas le même corps, ni les mêmes arômes. Le goût est légèrement plus amer également. Le message que nous devons faire passer à nos sociétés et au monde, c’est qu’il est plus que nécessaire d’adresser les problématiques liées au changement climatique. En effet, il y a déjà des effets réels sur nos vies quotidiennes et c’est le cas pour la filière viti-vinicole, ce que nous sommes trop peu encore à avoir compris. » Satisfaite de l’intérêt manifesté pour cette cuvée expérimentale au plus haut niveau des Nations-Unies, l’AJE, que préside Valéry Laramée de Tannenberg, estime avoir franchi une étape.

Yves Leers, auteur spécialiste de l’environnement et membre de l’AJE, indique cependant que le projet Bordeaux 2050 doit aller encore plus loin « afin de sensibiliser toujours plus de leaders d’opinion dans un seul et unique but : éveiller les consciences face aux risques liés au réchauffement dont nous avons eu un exemple cet été 2018 » Un réveil des consciences qui doit passer par un autre mode de vie « compatible avec l’objectif de ne pas dépasser deux degrés de plus au cours de ce siècle. Les temps changent et les perdants seront ceux qui auront choisi l’immobilisme. »

Un jardin à déguster

©Yann Monel

Propriété dont l’histoire remonte à 1729, le château Larrivet Haut-Brion appartient à la famille Gervoson depuis 1987. C’est là que dans un esprit familial, Philippe et Christine ont élevé leurs vins – avec le concours des œnologues Michel Rolland puis Stéphane Derenoncourt – en même temps leurs trois filles, Emilie, Charlotte et Valentine. Si ces “Demoiselles de Larrivet” ont inspiré l’une des étiquettes du château (c’est le nom du second vin), elles sont aussi à l’origine de la création d’une rose, « fleur délicate et odorante » imaginée par le pépiniériste Meilland Richardier. Un premier hommage au jardin qui a inspiré à Emilie Gervoson, l’aînée de cette féminine fratrie, un projet paysager d’envergure lancé il y a trois ans avec la scénographe et paysagiste Soline Portmann. Il mêle, dans un bel esprit de continuité, l’amour du vin, de la nature et de la transmission.



Installé en lieu et place d’une ancienne prairie composée de graminées et de fleurs vivaces, ce jardin ponctué de piquets en acacia rappelant la structure de la vigne et organisé selon l’encépagement de la propriété (85 % des cépages sont consacrés à la production des rouges et 15 % à celle des blancs) met notamment à l’honneur des essences végétales naturellement présentes dans le parc du château (sauges, thyms, scabieuses, achillées, etc.). Le souhait d’Emilie étant que le visiteur puisse déguster cette promenade « comme l’on déguste un bon vin », chaque caractéristique des millésimes de Larrivet Haut-Brion trouve ici sa traduction végétale. Avec pour maîtres mots l’équilibre et la complexité, les 4 000 m² du Jardin d’Ivresse accueillent et mettent en scène 7 500 végétaux illustrant les vins blancs et 15 000 vivaces et graminées évoquant les rouges.

Ce foisonnement fait le bonheur des oiseaux migrateurs et du microcosme pollinisateur qui trouvent là, au même titre que le promeneur, un véritable havre de paix. Comme lors de la dégustation d’un vin, l’éveil des sens commence avec les yeux. Des essences à fleur d’eau (la propriété tient son nom du cours d’eau qui la traverse, le Larrivet) à celles situées à la lisière des bois, ce lieu à part ne cesse de dialoguer avec la vigne et les vins de la propriété par son découpage et ses camaïeux opalin et carmin. Au printemps, ses teintes fraîches rappellent celles des vins blancs, « anis, vert amande, or. » Puis, les couleurs du paysage prennent les nuances rubis des vins rouges, framboise l’été et cassis ces temps-ci. Vivante proposition que le temps ne cessera de modifier et bonifier, l’endroit offre à l’amateur, de vin comme de jardin, un bel aperçu de l’art de l’assemblage.

De gauche à droite, Echinacea purpurea ‘Hot Lava’, Kniphofia ‘Percy’s Pride’ et Sanguisorba officinalis ‘Tanna’. Photos : Yann Monel.

Mes magnums (76). En discret hommage et soutien à Hubert de Boüard

Château Angélus, saint-émilion grand cru 2014

Pourquoi lui
Hubert de Boüard, l’auteur de ce vin, a pris l’habitude de qualifier chaque millésime d’un mot. Pour 2014, c’est « L’Indien ». Ce n’est pas à cause de quelque arôme épicé, il s’agit de l’été, l’été indien qui s’est installé peu à peu pour donner, in fine, un octobre « doré, chaud, magnifique. » Peaufinage des maturités, vendanges repoussées, vin raffiné.

On l’aime parce que
Mille raisons. Par quoi commencer ? L’opiniâtreté d’Hubert de B. ? L’immense qualité d’Angélus sur une longue période, signe de talent et de terroir ? L’intelligence du processus de transmission à la génération montante ? La grande implication dans le développement de l’appellation ? Les sujets abondent qui, tous, disent la même chose. Reste le vin, épatant, comme toujours. Ici, dans un millésime peut-être un peu plus souple que 2015, le temps le dira.

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Grand Tasting Paris. Vite, un billet

La billetterie du Grand Tasting est ouverte. Vous savez ce qu’il vous reste à faire…
Le programme des master class et des ateliers gourmets sera mis en ligne très prochainement. Restez connecté !
En attendant la session 2018, voilà un petit bêtisier vidéo du Grand Tasting 2017.

Grand Tasting Paris
30 novembre et 1er décembre 2018, Carrousel du Louvre, 99 rue de Rivoli, 75001 Paris
le site : https://www.grandtasting.com/billetterie/

3 questions à Michel-Édouard Leclerc

Michel E. Leclerc a répondu aux questions de Pierre Guigui sur le positionnement de ses magasins pendant les Foires aux vins. Où l’on apprend que Michel-Edouard Leclerc est fan de… Château Reignac !

Le Douro coule à Bordeaux

Photo : Porto & Douro Wines

Chaque année, la fondation pour la culture et les civilisations du vin propose à un territoire viticole de présenter durant trois mois au public de La Cité du vin une exposition originale assortie de nombreux événements. Inaugurée en 2017 avec la Géorgie et une exposition archéologique co-organisée avec l’Etat géorgien et le musée national de Tbilissi, cette proposition culturelle (qui se poursuivra l’an prochain avec l’Argentine) a permis à plus de 50 000 visiteurs de se plonger dans la richesse historique du plus ancien pays viticole au monde. On souhaite le même succès à cette deuxième édition de “Vignoble invité” qui ouvre aujourd’hui à Bordeaux. Baptisée Porto : Douro, l’air de la terre au bord des eaux, elle a été conçue et financée par la ville de Porto, en collaboration avec la Fondation.

Porto, l’une des plus anciennes appellations d’origine contrôlé du monde – le décret-loi date de 1756 – prend ses quartiers d’automne au sein du musée bordelais en même temps que les terres où il est né, exploitées depuis l’Antiquité, où se déploient aujourd’hui 26 000 hectares de vignes et des paysages inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Au fil d’un parcours dont le commissariat a été confié à Nuno Faria et Eglantina Monteiro, respectivement directeur artistique du CIAJG (Centro Internacional das Artes José de Guimarães) et anthropologue, et la scénographie réalisée par l’architecte Bartira Ghoubar, se dévoilent « les scintillations contemporaines d’un patrimoine paysager qui met l’accent sur la relation ancestrale entre l’homme et la nature, à travers une approche sensible et pluridisciplinaire. »

En préambule, Eglantina Monteiro explique que « Douro est le nom d’un fleuve devenu également le nom d’une région. Une véritable rencontre entre l’eau, la roche, la nature, les animaux et les hommes où tout est démesuré : la vallée profonde et serrée, la température brûlante, la réverbération du schiste brillant et les terrasses en escalier que les hommes ont créées sur les pentes. Car ce sont les vignes qui ont été la motivation pour défricher ces pentes raides. » Plus qu’une approche didactique, l’exposition propose au visiteur « une expérience sensible et sonore axée sur la durée autant que sur l’espace. » Ses commissaires ont souhaité exprimer les tensions sociales et politiques qui se cristallisent sur un même territoire entre le Douro viticole et rural, qui produit aussi du vin tranquille, et Porto, ville de négoce où transite le « vin de Porto » également produit dans le Douro.

« Le projet d’exposition que nous avons préparé peut être compris comme une composition ; il (…) articule, fait cohabiter des sons anciens et contemporains, témoignages entendus, voix de l’au-delà et visions du passé projetés dans le présent.
C’est, dans sa version aérienne,
un paysage sonore » 


Nuno Faria, co-commissaire
de l’exposition

Le vignoble du Douro, au Portugal (photo : Porto & Douro Wines)

Porto : Douro, l’air de la terre au bord des eaux. 5 octobre 2018-6 janvier 2019

Les billets pour l’exposition temporaire “vignoble invité” de La Cité du vin et tous les événements qui y sont associés (dégustations, ateliers, conférences, films, rencontres, etc.) sont disponibles ici.

Un engagement durable et familial

C’est en septembre 2008 que Jacky et Françoise Lorenzetti « tombent sous le charme » d’un domaine du XVIe siècle situé sur les hauteurs de Saint-Estèphe. Depuis, ils n’ont cessé d’améliorer le potentiel de leur propriété – entre autres, un nombre de parcelles divisées par deux, un vignoble recentré sur les plus beaux terroirs et un nouveau cuvier semi-enterré – et cette quête d’excellence viticole les a également conduits à reprendre les rênes du château Pédesclaux (Pauillac), investir dans celui d’Issan (Margaux) et, plus récemment, dans la société de négoce LD Vins. A l’aube de cette seconde décennie, la famille prend « un nouvel élan symbolisé par l’arrivée de Manon Lorenzetti qui rejoint ses parents en tant que membre du directoire de leur holding Ovalto, en charge du pôle viticole. » Avec cette nouvelle génération, l’accélération du développement des pratiques culturales vertueuses est à l’ordre du jour.

Engagés dès 2009 par les équipes de Vincent Bache-Gabrielsen, directeur des vignobles de la famille Lorenzetti, les efforts réalisés afin de préserver l’écosystème du château Lilian Ladouys et valoriser son terroir sont désormais certifiés HVE (haute valeur environnementale de niveau 3), une mention officialisée avec le millésime 2018. « L’absence d’utilisation d’herbicides, le semis d’engrais vert et l’utilisation de compost provenant d’une exploitation médocaine partenaire favorisent la vie des sols et l’expression la plus aboutie du terroir de Saint-Estèphe. » En plus de ces exigences environnementales, la propriété s’est aussi enrichie de 34 hectares supplémentaires, « avec une proportion notable de très belles graves. » L’acquisition de ces parcelles contigües au vignoble du château a pour conséquence, sur 80 hectares désormais, un « équilibre d’encépagement parfait pour Saint-Estèphe » : 50 % de merlot, 45 % de cabernet-sauvignon, 4 % de petit verdot et 1 % de cabernet franc.

Le charme éternel du blason

Au retour de vacances sur le pourtour méditerranéen, après la dégustation de nombreux languedocs, langhes et autres barolos, je me suis étonné de retrouver intact le plaisir d’un beau bordeaux. Un plaisir presque coupable par les temps qui courent où il ne serait plus dans l’air du temps d’afficher un tel penchant. Certes le tannin de ce second vin est hautain quand que celui du grand vin est plus onctueux dans un millésime 2014 qui joue souvent sur le velours mais la finale est très bordeaux, goûteuse et puissante, emportée par le cèdre, les fruits noirs distingués. Un classicisme réjouissant à l’image de son superbe château qui remplace une construction médiévale et en a gardé l’inspiration. On perçoit qu’il provient d’un grand terroir, le genre de première classe capable de dégager la finesse aromatique dont sont capables les margaux de bord de Gironde. Un terroir connu depuis le XIIe siècle, classé troisième cru en 1855. Dans un monde idéal, il conviendrait d’attendre un peu ce blason 2014, deux ou trois ans. Sa légère dominante de merlot devrait l’assouplir assez vite mais les impatients ne seront pas déçus.

15/20, 23 euros.             

Un nouveau vin à l’Elysée


Domaine de vingt-cinq hectares détenu par la même famille depuis le Moyen âge, le château des Annereaux est mené en bio depuis une décennie. Après avoir contacté la présidence de la République en début d’année, Benjamin Hessel, qui gère cette propriété située en appellation lalande-de-pomerol, a été convié au printemps dernier par la chef sommelière de l’Elysée, Virginie Routis.

A la suite de cette concluante dégustation, cette dernière a décidé de référencer deux millésimes des Annereaux dans la cave de l’Elysée, le 2012 et le 2015. Si ces deux étiquettes vont désormais avoir l’honneur de contribuer à valoriser l’image de la France viticole, « ce sont également le sérieux et la qualité des vins biologiques qui se voient récompensés » par cette présence à la table de la présidence.

Bien commencer la saison

En ce début d’automne, l’historique domaine chablisien William Fèvre et la maison familiale Les huîtres de Prat-Ar-Coum, installée dans le breton pays des Abers depuis 1898, s’associent pour proposer « un coffret iodé et gourmand, à déguster en amoureux ou entre amis. » Comme le montre l’étiquette ci-dessus, le domaine a choisi de mettre à l’honneur son Petit Chablis 2017 pour cette nouvelle “Sea Edition” (toujours limitée). Il est accordé à des huîtres cultivées et sélectionnées avec soin par Yvon Madec, fournisseur de grands chefs étoilés (Guy Savoy, Pierre Gagnaire, etc), au cœur d’un coffret complet (icebag, couteau sommelier) disponible depuis lundi et livrable partout en France.
Tarif : 61 euros (prix conseillé), plus de détails et commande ici.