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Le mondovino de la semaine n°15 tourne à fond

Chaque jour a son lot de nouveautés. En voici quatre : Bel avenir, Les vignerons ont besoin de vous, Passage de flambeau, L’e-shop du maître sommelier

Bel avenir

Le château d’Agassac, propriété de Groupama depuis 1996, vient d’être vendu à Beautiful Life Group, qui appartient à Gérard Jicquel, déjà propriétaire du château Fourcas Dupré. Ce groupe hôtelier vient de créer un pôle viticole, dirigé par Lucas Leclercq. Groupama avait entrepris la restauration de la propriété médocaine, le renouvellement des installations techniques et une profonde restructuration du vignoble et du parc. Ce vignoble de graves, récemment promu cru bourgeois exceptionnel, est l’un des plus importants du Sud-Médoc, avec une quarantaine d’hectares. Le château produit quatre belles cuvées.
Plus d’informations agassac.com

Les vignerons ont besoin de vous

Solidarité, c’est le maître mot de la vente aux enchères organisé entre les 15 et 29 avril sur idealwine.com.  Une idée née de la rencontre entre le site de vente en ligne et l’association Vendanges Solidaires. Les bénéfices de cette vente seront reversés à de jeunes domaines en situation financière difficile, notamment en raison des aléas climatiques. Le sévère épisode de gel qui frappe le vignoble français vient accentuer leurs difficultés. Plusieurs centaines de flacons sont proposés. Ils proviennent de dons de cavistes, de vignerons ou de grossistes. La liste complète des vins en vente est disponible sur idealwine.com et vendangessolidaires.com

Elisabeth Sarcelet et Carine Bailleul.

Passage de flambeau

Une femme en cache une autre chez Champagne Castelnau. Elisabeth Sarcelet, la chef de caves et directrice des vins et œnologie fera valoir ses droits à la retraite en fin d’année après 37 ans de beaux et loyaux services au sein de la maison champenoise. La période de transition a déjà débuté. Elisabeth Sarcelet laissera sa place à Carine Bailleul qui a débuté sa carrière dans la maison comme stagiaire en 2003. Œnologue en charge de la vinification des rouges en 2004, elle a ensuite endossé un rôle managérial élargi dans le suivi des vinifications et participé activement aux travaux œnologiques et aux créations de la maison. La cuvée de prestige Hors Catégorie en fait partie. Un beau parcours.
Plus d’infos champagne-castelnau.fr

L’e-shop du maître sommelier

D’or et de vins est un nouveau site de vente en ligne qui propose des perles rares, des crus originaux hors des sentiers battus et des cuvées exclusives proposées à des tarifs préférentiels, minutieusement sélectionnées par Jean-Luc Jamrozik, maître sommelier et président de l’Association des sommeliers de Paris. Le site références environ 250 vins. L’offre y est volontairement restreinte pour faciliter vos choix. Vous êtes encore perdu ? Pas de panique. Posez vos questions à travers l’onglet chat du site et des experts vous répondent « en moins de cinq secondes ». D’or et de vins vous donne aussi les fiches de dégustation des vins que vous achetez. La livraison est offerte et assurée en moins de trois heures à Paris sans minimum d’achat. Comptez deux à trois jours pour le reste de la France.
doretdevins.com

Rayas, la légende du Sud

Emmanuel Reynaud, et tous les Reynaud avant lui, ont construit rayas, le mythe de Châteauneuf-du-pape et de toute une région. Décryptage et dégustation

« MON ARRIÈRE-GRAND-PÈRE a acheté ce lieu en 1880 – j’y pense souvent ces jours-ci – parce que c’était un peu la lumière. Il y avait le mys-tère qui s’en dégageait, mais c’était quand même une sacrée lumière ces vignes qui sur-gissaient au milieu des bois. Ils n’ont jamais été défrichés parce qu’ils étaient à nous. Au-jourd’hui encore, il y a trois fois plus de bois que de vignes. » Toute la singularité de Rayas et de la famille qui le possède sont dans ces mots d’Emmanuel Reynaud, successeur en 1997 de son oncle Jacques qui avait poursuivi depuis 1978 l’œuvre de Louis, lui-même fils d’Albert Reynaud, l’arrière-grand-père dont Emmanuel parle ici. « Quand je suis arrivé, la vigne était jeune. Elle avait vingt ans de moins. C’est vrai qu’oncle Jacques avait replanté pas mal de vignes pour renouveler un petit peu, parce qu’il voyait la jeunesse qui arrivait, donc il avait envie de l’encourager. Elle avait une dizaine d’années à l’époque. » Emmanuel Reynaud a pris brutalement la direction de Rayas et de Fonsalette, quand sa famille l’a appelé. Rayas, c’est d’abord un lieu unique. Une oasis de bois au milieu des plateaux de galets roulés qui font la gloire de Châteauneuf. Une faille de fraî-cheur entre deux océans de vignes assommées de soleil et de vent. Il y a des vignes ici aussi, bien sûr, mais on ne les voit pas tout de suite : « Rayas, ce sont des clos de vignes au milieu des bois. Toutes ces essences qui fleurissent à dif-férentes périodes apportent des parfums. De la délicatesse, du parfum et de la fraîcheur. Tou-jours la fraîcheur. La fraîcheur par le sable, la fraîcheur par les bois, la fraîcheur par le versant nord. Dans cette cuvette au nord, on a l’ombre qui est encore sur une partie ce matin, vous voyez, alors qu’il est onze heures. Le soir à huit heures, on est tout à l’ombre, on a des tempéra-tures fraîches. Quand je quitte le château des Tours à sept ou huit heures du soir en plein été, il fait chaud. J’arrive ici, j’ai perdu dix degrés. » Lorsqu’on avance dans la propriété, l’image de l’oasis prend un autre sens, celui du sable, ce sol étonnant de sable dur qui n’est pas, pré-cise Reynaud, le safre dont on parle souvent à Châteauneuf. « On n’a pas d’argile et le safre, c’est de l’argile dur. Ici, c’est le sable de la mer. La longueur de la finesse est la longueur du sable : elle est sans fin. Et ce sable est un maté-riau qui reprend vite sa température, alors que s’il y avait de l’argile, il garderait beaucoup plus la température de la journée. Donc vous avez vraiment la légèreté du sable. Entre les doigts vous avez les grains de ce sable qui est ce qu’on boit quand on boit un Rayas. On a ce petit grain. Si vous mettez la main au soleil, vous verrez que ça chauffe. Et vous la mettez au cœur de l’ombre, vous verrez que c’est très frais. » Dans ce paysage d’ombre et lumière, le cépage grenache déploie un génie longtemps sous-estimé. «  Le grenache est le seul cépage qui peut se débrouiller sans argile. Tous les autres cépages ont besoin d’argile. Mettez du cinsault au milieu, ça ne fera rien d’intéres-sant. Mettez de la syrah, c’est pareil. L’origi-nalité du grenache, c’est vraiment la finesse et dans un sol comme ça, c’est très complexe. Après, un vin c’est quand même un puzzle de beaucoup d’éléments, c’est le fruit dans son environnement. Ça, c’est irremplaçable. Le grenache est pour moi le seul cépage idéal pour le sable en acceptant d’avoir des petits rendements, d’avoir des petits volumes, d’avoir des sols pauvres qui vont naturellement pro-duire peu. En année classique, on va avoir entre trois et six grappes par souche. Avec une faible densité, deux mètres sur deux, ça fait partie de l’originalité de ce lieu, on n’a que 2  500 pieds par hectare contrairement à la mode où l’on met beaucoup de pieds partout. On ne peut pas nourrir plus. Naturellement, ça va produire d’une façon très irrégulière. Mais on est toujours content de ce qu’on ramasse chaque année, même s’il n’y a rien. Une fois qu’on a accepté ça, on peut faire de très belles choses. Il faut être très philosophe pour mener ce domaine. »

UN JARDIN FAMILIAL
Emmanuel est vigneron, de ceux qui connaissent leur vocation dès leur prime jeu-nesse : « Je savais que j’étais le seul à continuer. La vigne m’a toujours passionné. Je n’aimais pas les études, donc j’ai commencé très tôt à travailler dans les terres. À 14 ans, j’allais tout le temps dans les vignes, il n’y avait que ça qui m’intéressait. Donc dès que j’ai fini ma petite formation, dès 18 ans, je m’occupais du château des Tours (la propriété de Sarrians, en appellation vacqueyras, où il vit, ndlr). Le but du vigneron, c’est d’essayer de comprendre le terroir, mais surtout de s’adapter et de se mettre à sa portée sans vouloir le transformer ni le corriger. La richesse de ce domaine, c’est la pauvreté. Cette longueur de légèreté fait la grande originalité de ce lieu. Le sable, c’est un grand jardin à travailler, qui reste facile. L’herbe repousse vite, on n’a pas d’eau, il faut à tout prix que l’humidité reste par le travail du sol. C’est pour ça qu’on travaille régulièrement le sol pendant l’été, pour garder la fraîcheur. » Dans ce jardin familial, ses vignes trouvent pour longtemps une place harmonieuse. « Depuis vingt-cinq, trente ans, on complante. J’aime beaucoup cette diversité d’âges des vignes. Tous les quatre ou cinq ans, on passe et on fait les remplacements des souches qui sont mortes. Donc on a vraiment des vignes de toutes les époques. On a des raisins sages, des raisins moins sages, des raisins très fous et puis des très sages, ceux des souches les plus âgées. On récolte toujours tout en même temps. C’est comme un repas de famille avec toutes les générations autour de la table. Je constate qu’il est certain que tous les jeunes plants, les quatre ou cinq premières années, vont quand même produire moins qu’une jeune vigne replantée entièrement. Ça fait un peu moins de couleur, mais comme dans les vieilles souches il y a des grains très concentrés, voire trop concentrés, ce jus permet de diluer un peu ce surplus de concentration. En même temps, ça permet de capter tout ce qui est intéressant dans cette concentration. Ce mélange de fruits fait l’ori-ginalité d’un vin. »

Tout se passe dans la vigne, dit-il. Dans le rai-sin, plus exactement  : « Le vin, c’est le raisin à 99 %. Après, la plus grande technique, c’est de respecter. Et on respecte beaucoup ce qu’on nous confie, donc on agit le moins possible et c’est le terroir qui l’emporte. Et je constate avec les années que plus le vin vieillit, plus c’est le ter-roir qui reprend le dessus. » Aussi, l‘instant de la récolte est primordial. À l’heure des vendanges, même s’il s’en défend, Emmanuel Reynaud prend sa part de risques. En goûtant le raisin jusqu’à ce qu’il lui paraisse à parfaite maturité. « Ça peut durer longtemps. Par exemple en 2017 – c’est vrai qu’on a eu une année avec une fin d’été très chaude et très sèche – on sentait bien que la pulpe était rétractée par rapport à la peau, qu’il y avait de l’air entre la peau et la pulpe. Et les premiers grains étaient bons, mais au bout du vingtième grain, c’était très amer. Donc j’ai dit : “Tant qu’il ne pleuvra pas, je ne ramasse-rai pas”. Après, il faut être têtu. Et comme on a eu une année particulière parce qu’il a fait beau pour la Saint-Michel – et Saint-Michel fait quarantaine, donc ça apporte jusqu’à la Tous-saint – il fallait être prêt à attendre et dépasser la Toussaint. Un raisin, après quarante jours sans pluie, ça ressemble toujours à du beau raisin, avec une peau de plus en plus épaisse prête à recevoir, et à accepter, beaucoup de pluie d’un coup. Il n’y a pas grand risque. Mais quand on a vu que le 8 novembre, il ne pleuvait toujours pas, on a fini par un peu désespérer. Et la pluie est arrivée, on a eu 40 millimètres d’eau. On a attendu trois jours que ça sèche et on a ramassé notre rayas. C’est sûr que ça dilue, mais le but c’était de diluer. Le but, c’est d’avoir un fruité et un arôme toujours meilleur. Et des tannins fon-dus. Il n’y a rien d’âpre ni de brûlant. Rien qui accroche. Tout est arrondi, et c’est ce qui doit l’emporter quand même. Un vin, ça doit rester un verre de plaisir. »

RAYAS EST UN MYTHE QUI SE CULTIVE
Une fois les raisins cueillis, le travail au chai est simple. « Tout est foulé, non éraflé pour Fonsa-lette, Rayas et Pignan. Je n’aime pas ce mot de “grappe entière” qu’on entend souvent. Chez nous, ce n’est pas grappe entière, c’est foulé. La grappe est entière, mais elle est foulée. Ça fer-mente en cuves béton et ensuite, quand c’est fini, ça passe trois mois en cuve émaillée. Après, ça descend en tonneaux pendant un an. Des tonneaux qui sont vieux, mais qui sont toujours aussi jeunes. Et qu’on aime beaucoup parce que quand j’ai repris en 1997, il y en avait beau-coup qui avaient des faces toutes tordues. Je me suis dit : “ils ne vont jamais tenir”. Aujourd’hui, ils sont toujours aussi tordus, mais pas plus. Ils sont toujours là. Donc, je me dis que dans vingt ans, ils seront encore là. Et c’est vrai qu’un fût, pour qu’il rentre ici, il faut qu’il ait au moins vingt ans pour ne plus marquer. Certains ont cent ans. Il faut ne jamais les laisser vides.  » En dégustant les vins de Rayas, Fonsalette ou les Tours, on a l’impression qu’un jeu sub-til avec l’oxydatif surgit toujours. Ceux qui ne connaissent pas ce style unique sont surpris par le caractère « évolué » des rouges comme des blancs. Et puis, en vieillissement en cave ou dans un simple carafage, le vin se révèle moins évolué que d’autres vins qui avaient l’air beaucoup plus réductifs au départ. « C’est une volonté ou c’est l’originalité de nos vins, mais si vous prenez un fruit – n’importe quel fruit – ra-massé mûr, proprement, sur des arbres qui sont cultivés d’une façon saine sans des tas de pro-duits chimiques, il va parler, il va être frais. Et si vous laissez ça dans votre corbeille de fruits, vous allez voir qu’avec le temps, il va se dessé-cher, mais il ne va jamais pourrir. C’est pareil avec le raisin. Il a besoin d’air, il est fait pour résister à l’air, il a ses résistances personnelles qui sont fortes. »

Emmanuel en est bien conscient, Rayas est un mythe. À sa façon, il le cultive. « Moi, je garde, je garde, je garde. Je me souviens toujours que quand on était petit, on se frottait les épaules contre les piles de bouteilles. Après, on ne l’a plus vu ça. Donc je dois beaucoup tenir de mon oncle et j’ai envie d’avoir des caves pleines de bouteilles, pour en faire profiter, dans trente ou quarante ans, des gens du vin. »

Article publié dans En Magnum#18.
Photos : Leif Carlsson

Nuit noire

La catastrophe du gel nocturne qui a frappé de très nombreux vignobles n’a épargné quasiment aucune région. Cette « gelée noire », c’est-à-dire un épisode de plusieurs heures de températures négatives, souvent pendant deux nuits consécutives, surgissant au moment où le cycle végétatif s’était déjà mis en route, résume de manière dramatique l’un des effets paradoxal du réchauffement climatique : précocité du cycle végétatif d’un côté, épisodes climatiques ravageurs (gels de printemps, grêle de début d’été, tempêtes, etc.) de l’autre. Très peu de moyens physiques peuvent lutter contre plusieurs heures de gel nocturne, et encore moins sont accessibles à des économies viticoles, souvent précaires. Au final, reste la détresse, parfois le désespoir : en hommage aux vigneronnes et vignerons, nous publions ici le beau et émouvant texte publié par le groupe Parole de Femmes sur Facebook. Il concerne trois vigneronnes de grand talent, Nan Ping Gao au château la Bastide à Escales, Delphine Maymil du château Maylandie à Ferrals, Laurence Rigal du château du Grand Caumont à Lézignan, mais possède une portée universelle pour l’ensemble de la communauté vigneronne dont nous partageons la détresse.
Thierry Desseauve

« Aude noire en une nuit d’encre prolixe à fusiller tout un territoire viticole laissant exangue vigneronnes et vignerons.
La veille en balade dans la nature, j’ai éprouvé un plaisir immense à voir s’habiller d’un très beau vert prometteur Mesdames les souches. Joie de pouvoir immortaliser cet instant sur la pellicule.
Ce vert donnant espoir d’une future récolte de beaux fruits en grappes, matière première à faire naitre de beaux nectars pouvant se décliner en blanc, rosé, rouge en Corbières, Minervois et autres appellations de chez nous.
Dans le monde professionnel lié au bon vouloir de Dame nature, rien n’est jamais acquis et cette perfide Dame, capricieuse à souhait et maitresse absolu a fait la très forte tête en décidant se s’habiller de noir et d’innonder de sa peste brune nos vignobles.
En seulement quelques heures elle a su anéantir des mois de travail.
Certes tout ceux qui n’ont pas les pieds ancrés dans la terre vont dire (je les entend … ils sont assurés, ils vont avoir des aides, ils se plaignent tt le temps, mais ils vivent bien, ils sont mécanisés et ne se tuent pas au travail) … les éternels clichés qui ont la vie dure.
Cette promptitude humaine qui fait que l’on soit propice à critiquer et juger. Pourquoi ? Et de quel droit ?
Pour le comprendre, la terre il faut l’aimer et l’avoir foulée.
Loin de moi de me porter en donneuse de leçon, mais témoin par les liens du sang et par amitié vraie envers 3 de nos vigneronnes adhérentes de notre réseau Parole de femmes Aude, ma blessure est aussi profonde.
Soutien inconditionnel envers Nan Ping Gao vigneronne du Chateau la Bastide à Escales dont j’ai pu constater la détresse dans ses yeux , Delphine Maymil du château Maylandie à Ferrals de sa voix émue, Laurence Rigal du château Grand Caumont à Lezignan, soucieuse puisque pour l’instant à distance en lien avec son régisseur qui touché en plein coeur, n’a pas eu la force de prendre des photos.
Toutes les 3 impactées sur leur vignoble respectif : de 90% Pour Nan Ping, 50% pour Delphine et autour de 70% pour Laurence.
Victimes depuis plus d’un an, comme toutes les professions de ce fléau Covid aux lourdes répercussions, les voilà maintenant frappées par cette satanée gelée noire.
Pour l’instant, nous ne pouvons que les soutenir par la pensée, un petit mot, un sourire … songeons à des jours plus heureux où nous réunir sera revenu dans le domaine du possible et ensemble nous mènerons la danse d’un hymne à leurs vins.
Courage et soutien indéfectible envers toutes les 3 et toutes les vigneronnes et vignerons de l’Aude et d’ailleurs impactés, ainsi que tous les arboriculteurs et tous les autres métiers en lien avec la terre.
Écoute et solidarité vaincrons. »
Photo : Parole de femmes

Bollinger rejoint les Bourguignons en Oregon

Comme les Bourguignons, les Champenois sont tous légitimes dans leur quête d’expressions renouvelées du pinot noir et du chardonnay. Au-delà des considérations patrimoniales, c’est aussi sans doute ce qui guide ceux qui décident de tels investissements.

La famille Bollinger vient d’acquérir Domaine Ponzi, dans le nord de la Willamette River, juste au sud de Portland, Oregon, sur le terroir de l’AVA Chehalem Mountains. Une terre d’élection pour nos grands cépages. Ce domaine a été créé à la fin des années 70 par Dick et Nancy Ponzi. Ils ont, depuis, passé la main à leurs deux filles, Anna-Maria qui assure la présidence de l’entreprise et Luisa, c’est elle qui fait les vins. Dans le deal Bollinger-Ponzi, Luisa prend la direction du domaine et Anna-Maria accompagne la transition en attendant la nomination d’un nouveau CEO. Comme souvent, c’est la réunion de deux familles à laquelle nous…

Lire la suite ici sur le blog bonvivant

Des bougies pour sauver les vignes

À peine éteint le cierge pascal, qui éclaire la célébration solennelle de la vigile pascale la nuit de Pâques, que des vignerons sont obligés d’allumer des bougies pour sauver les bourgeons du gel. Une vague de grand froid s’abat sur toute la France depuis quelques jours obligeant les viticulteurs de Bourgogne, Bordeaux, Champagne et d’autres régions à se mobiliser toutes les nuits pour sauver le futur millésime. Nous les soutenons et leurs souhaitons bon courage.

Photo : Le vignoble de Château Anthonic en moulis-en-médoc à Bordeaux dans la nuit du 6 au 7 avril. Le thermomètre affichait -5°C à minuit. ©Nathalie Coipel Cordonnier

Bordeaux 2018, le carnet de notes

Ils arrivent sur le marché. Le millésime magnifique est là, pour la plus grande fierté des bordelais et le plaisir intense des amateurs

Dégustation Michel Bettane, Thierry Desseauve, Denis Hervier et Louis-Victor Charvet

 Téléchargez le carnet de notes en pdf.

Fichier Excel disponible sur demande.

Mouton Cadet se met au bio

Pour son 90e anniversaire, Mouton Cadet se lance dans le bio avec sa première cuvée rouge. Nous avons demandé à Véronique Hombroekx, directrice générale, et à Ophélie Michaud, œnologue et ambassadrice de la marque, de nous éclairer sur cette nouvelle étape

La marque a 90 ans, un exemple de longévité. Quel est le secret ?
Véronique Hombroekx : 90 ans, comme le répète Philippe Sereys de Rothschild, c’est une fabuleuse jeunesse, une expérience appréciable, une empreinte de plusieurs générations et un plaisir sans cesse renouvelé. Grâce à toute cette expérience, nous nous réinventons, nous adressons des messages à la communauté de viticulteurs et à nos consommateurs qui doivent être séduits par notre démarche.

Pourquoi Mouton Cadet bio ?
H. : Mouton Cadet bio est un vin jeune, gourmand, avec beaucoup de fruits, respectueux de l’environnement et certifié bio. Cette nouvelle cuvée, réservée au marché français, répond à la demande de la jeune génération qui ne se retrouvait pas dans notre gamme traditionnelle. Pour eux, Mouton Cadet, c’est la marque de leurs parents et de leurs grands-parents. Ils ont envie de découvrir d’autres vins, de se faire leur propre expérience et d’être en harmonie avec les tendances actuelles.


Thierry Desseauve a testé le Mouton Cadet Bio.

Le comportement des consommateurs évolue. La production doit accompagner ce changement ?
H. : Désormais, le consommateur a accès à une multitude de données et d’informations. Il veut tout comparer et recherche sans cesse de la nouveauté. Il est plus exigeant et souvent mieux éduqué. La façon dont Mouton Cadet s’est présenté à ses consommateurs il y a 90 ans n’est plus valable aujourd’hui. Nous évoluons. Les amateurs fidèles à notre marque approuvent cette démarche. Même si c’est important d’avoir une histoire, il faut aussi savoir se moderniser et vivre avec son temps.
Ophélie Michaud : Partout dans le monde, une multitude de facteurs exogènes influencent la conduite de la vigne. Les aléas climatiques en font partie. L’effet millésime est de plus en plus fort. Les techniques de culture évoluent énormément. Les viticulteurs appréhendent ce changement. Leurs gestes, leurs habitudes et leurs rendements sont totalement modifiés, tout comme la trésorerie de leur exploitation.

Un nouveau chapitre s’ouvre avec cette cuvée bio ?
H. : C’est une nouvelle étape et c’est une page d’histoire qui s’écrit. C’est ce que nous voulons faire aujourd’hui. Mais, soyons clairs, le bio n’est pas incontournable. Il fait partie d’une démarche parmi d’autres qui permet de valoriser le respect du terroir et celui des hommes. Depuis trois ans, les cahiers de charges que nous mettons en place avec nos viticulteurs partenaires sont beaucoup plus contraignants. Ils soulignent une politique beaucoup plus responsable et plus engagée de protection de la terre. Mouton Cadet est la première marque de Bordeaux dans le monde. Nous devons montrer l’exemple et œuvrer pour une viticulture plus respectueuse du terroir et des hommes.
M. : Le bio, mis en place sur certaines parcelles, vient compléter le label Haute valeur environnementale (HVE). L’ensemble de nos viticulteurs partenaires le possèdent déjà. Il garantit des pratiques agricoles qui préservent l’écosystème naturel et réduisent au minimum la pression sur l’environnement. Nous avançons avec nos viticulteurs en fonction de leur évolution et de ce qu’ils peuvent faire. L’idée est de les accompagner pour avoir un produit aussi qualitatif pour les consommateurs que pour l’environnement.

Quelles sont les difficultés à produire un vin bio à Bordeaux ?
M. : D’abord, le climat océanique. L’humidité peut être importante dans la région et conduit à l’apparition du mildiou. Une maladie qui nous inquiète et nous occupe toute l’année. On essaye de limiter au maximum son impact sur la vigne. Ensuite, l’autre difficulté, c’est la petite taille des exploitations. Elles manquent souvent d’une main d’œuvre qualifiée. Beaucoup de nos viticulteurs partenaires travaillent seuls alors que le bio nécessite plus de travail, d’attentions et de ressources humaines. Il faut observer la vigne et écouter la nature en permanence. Enfin, la dernière marche, c’est le temps. Il faut trois ans incompressibles pour obtenir la certification bio. Certains viticulteurs partenaires sont encore réticents. Il faut du temps pour les convaincre.

Les vignerons partenaires sont une seule et même famille. Cette démarche bio aurait-elle pu se faire sans une relation particulière avec eux ?
H. : Notre force est d’être resté une entreprise familiale, créé en 1930 par la Baron Philippe de Rothschild. Nous avons réussi à tisser des liens forts avec l’ensemble de nos viticulteurs partenaires. Leurs portraits sont fièrement affichés dans notre cuverie. Une relation privilégiée est instaurée avec eux. Ils connaissent parfaitement leurs parcelles. Notre équipe les aide et les conseille au quotidien pour que la qualité soit, sans cesse, leur préoccupation première. Les 1 500 hectares qui composent le vignoble sont divisés en multitudes de petites parcelles et d’autant de terroirs différents. La mise en place du bio est un défi pour eux comme pour nous. Le résultat est valorisant pour tout le monde.
M. : Ils sont vignerons depuis des générations et ont acquis des dizaines d’années d’expérience dans leur exploitation. De notre côté, on souhaite produire des vins de qualité. On constitue nos assemblages et on leur apporte une expertise technique. Nous sommes très présents à leurs côtés et chacun bénéficie de l’expérience de l’autre. La nouvelle cuvée bio en est un des résultats.

À quoi ressemblera Mouton Cadet dans 10 ans ?
H. : Il faut se poser les bonnes questions, se « challenger » et se réinventer en permanence. Nous voulons avancer avec notre communauté de viticulteurs partenaires vers une viticulture beaucoup plus respectueuse de l’environnement. Celle-ci doit répondre aux attentes de nos consommateurs. Nous poursuivrons la conversion de notre vignoble et nous aurons d’autres cuvées bio. C’est un esprit de conquête et de séduction qui nous anime. Surtout, nous voulons que nos consommateurs se retrouvent toujours dans nos vins.

 

 

 

Mouton Cadet bio est disponible chez Carrefour, Intermarché, Leclerc, et Vinatis.com. Environ 11,50 €

Le mondovino de la semaine n°13 tourne à fond

Chaque jour a son lot de nouveautés. En voici quatre :  maillot jaune,  nouveau départ, rive gauche et la consigne


Maillot jaune

Créée par la maison de champagne Castelnau, une marque historique née en 1916, Hors Catégorie est une collection d’assemblages uniques (75 % de vins de réserve) et originaux. Elle est produite en édition limitée et élevée au moins cinq ans en cave avec un dosage à 6 g/l. Chaque nouvelle édition est baptisée du nom d’un col de montagne mythique, classé hors catégorie. Cette 3e édition porte le nom C.M 1993. Pourquoi ? En 2013, année du tirage de cette nouvelle édition, le peloton gravit pour la 25e fois le col de la Madeleine qui culmine à 1993 mètres.
99,48 euros sur boutique.champagne-castelnau.fr ou chez les cavistes & épiceries fines


Rive gauche à Chablis

Le chablis premier cru Côte de Léchet 2018 de La Chablisienne est issu d’un vignoble situé sur la rive gauche du Serein. L’âge moyen des vignes est de 25 ans et le vignoble est exposé Sud-Est. Un terroir solaire, au sol argilo-calcaire du Kimméridgien et qui possède des pentes fortes, atteignant jusqu’à 38 % dans certaines parcelles. Cette cuvée, aux élégantes notes minérales et calcaires, est produite sur une dizaine de terroirs différents et permet de découvrir et de comprendre les grands terroirs kimméridgiens de ce climat.
21,20 euros chez les cavistes


Nouveau départ

« Ce nouveau cuvier m’a permis de mieux connaitre l’ADN de chacune de nos parcelles et d’adapter la vinification aux fruits cueillis. En jouant sur la température et l’extraction des moûts, il permet de trouver l’équilibre que nous cherchons entre l’arôme du fruit variant du fruit rouge (fraise, framboise) aux fruits noirs (cerise, cassis) et le gras du raisin pour donner de la densité au vin. Château Corbin 2016 est assurément un grand millésime, marqué par un équilibre remarquable sur le fruit, l’acidité et la fraîcheur des raisins ». Anabelle Cruse Bardinet, quatrième génération de femmes propriétaires et winemakers.
41 euros chez les caviste


La consigne

Certains vignerons ne se contentent pas de la labélisation bio. Ils vont plus loin et réduise l’impact environnemental de leur vin après sa production. « Nos cuvées doivent témoigner de l’attachement que nous portons à notre écosystème et aux circuits responsables », soulignent Antoine et Hélène propriétaires de la maison Jean Huttard à Zellenberg en Alsace. Pour leur cuvée « L’effrontée », la famille Huttard a opté pour des fûts de 10 à 30 litres branchés sur une tireuse pour répondre aux attentes des professionnels qui veulent proposer du vin au verre et pour une bouteille réutilisable et consignée à deux euros pour les particuliers sensibles à leur empreinte carbone. Anticonformiste, voilà un vin de plaisir aussi frais et plaisant, parfait pour vos apéros.
Prix départ cave : 7 euros la bouteille + consigne 2 euros

Foires aux vins de Printemps, nos bons plans chez Vinatis

Encore quelques jours pour découvrir la foire aux vins de Vinatis, édition printemps 2021. Pointue et éclectique, la sélection de l’enseigne affiche plus de 300 vins toujours référencés avec soin et pour tous les budgets. Voici ceux que nous recommandons

Domaine des Pothiers, La Chapelle, côte-roannaise 2019
Romain Paire est l’un des grands artisans du renouveau de vignoble de la Côte-Roannaise, situé sur les sols volcaniques de la Loire. Le gamay saint-romain, variété ancienne du cépage, exprime avec personnalité et force l’expression du sol granitique de cette parcelle située à 520 mètres d’altitude. Grand nez de fruits rouges, opulence du fruit, fraîcheur tonique et désaltérante, ce chapelle enchante par son style ciselé. On le laisse en cave quelques années pour qu’il exprime la plénitude de sa finesse. Impensable de ne pas en avoir sous la main.
12,90 euros

Louis Jadot, Couvent des Jacobins, bourgogne chardonnay 2019
La maison beaunoise dirigée par la famille Gagey est une mémoire du patrimoine. Avec ses 225 hectares de vignobles, elle souvent considérée comme l’une des plus « vigneronnes ». La large gamme, bien présente dans la restauration, mérite que le particulier s’y intéresse de près. Issue de chardonnays en provenance de toute la Bourgogne, voilà une belle introduction au cépage dans une expression bourguignonne et gourmande permise par un élevage à la fois en cuve et en bois. Le compagnon idéal des entrées de printemps, légumes croquants et autres fruits de mers.
11,90 euros

Xavier Vignon, Vieilles vignes bio, côtes-du-rhône 2017
Ce n’est pas encore le plus connu des micro-négociants du Rhône sud. Le talent de sélectionneur et d’assembleur de Xavier Vignon inspire notre respect. Fin connaisseur des vignobles et des propriétés, ce brillant œnologue est spécialiste dans la création de cuvées hors-norme. Il est aussi à l’aise avec les fondamentaux, comme cette cuvée vieilles vignes tout en gourmandise et en rondeur, vin de plaisir accompli aidé par la fraîcheur et l’élan apportés par une part importante de mourvèdre dans l’assemblage. Moins de dix euros, ce super côtes-du-rhône est à prix d’ami.
8,70 euros

Château Mangot, saint-émilion 2018
Les frères Todeschini, Yann et Karl, continuent de faire monter ce cru vers le plus haut niveau, à grands renforts de travail et de bonnes idées. La propriété se distingue depuis quelques millésimes par un style assez unique, possédant beaucoup de tension et de fraîcheur finale, avec une sensation minérale évidente et appréciable, permise par un terroir où affleure le calcaire. Pépite des uns, chouchou des autres, Mangot est à mettre entre toutes les mains des curieux et des défricheurs. Le bordeaux qui réconcilie tout le monde.
21,50 euros

Champagne Lallier, Grande Réserve
L’une des nouvelles étoiles montantes du vignoble. Cette petite maison située à Aÿ s’est spécialisée dans la production de champagne grand cru. Remise en forme par Francis Tribaut, elle appartient désormais à Campari. L’entreprise italienne affiche ses ambitions pour la maison et vient de recruter l’expérimenté Dominique Demarville comme directeur et chef de cave. Porte-étendard de la maison, voici un champagne brut à l’équilibre irréprochable, oscillant entre les notes florales délicates et les arômes briochés gourmands. C’est une adresse à suivre de près.
24,80 euros

Château Figuière, Magali, côtes-de-provence 2020
On ne présente plus cette propriété de Provence tant elle est appréciée des amateurs de vins rosés. On rappellera seulement que l’exercice du vin rosé n’est pas qu’une formalité. Il faut une vision et un savoir-faire. Cette cuvée magali est un remarquable compromis entre la rondeur gourmande et la tension élégante. Bref, un rosé expressif, agréable, à boire quand on veut, où on veut pourvu qu’on soit en compagnie de gens qui sauront l’apprécier pour ce qu’il est. Un vin de plaisir. Au moins pour se faire une idée, il faut oser tous les accords avec le rosé.
9,80 euros

Domaine Richard Rottiers, brouilly 2019
Si ce vin du Beaujolais ferme cette sélection, il est loin d’être dernier. La signature Rottiers, c’est la finesse, la profondeur et l’énergie. Forcément, ça déconcerte ceux qui ont des idées préconçues sur les vins de Brouilly. Tant mieux. Bien construit, sans renier un profil fruité et souple propre à l’appellation, il affiche ce supplément de matière et de personnalité qui fait la différence et lui offre le potentiel de quelques années de garde. Toute la gamme de Richard Rottiers est plus que recommandable.
9,90 euros

La foire aux vins de Vinatis est à retrouver ici, jusqu’à 6 avril.

https://www.vinatis.com/foire-aux-vins

La Corse dans la lumière

« Tu le sens ce parfum de myrte, tu les entends tes sangliers ? C’est la Corse. » On n’arrive pas dans l’île sans le plaisir de ricaner un peu. Ces départements français à peine excentrés comptent parmi les plus beaux décors du pays et, chaque fois, c’est l’impression qui prévaut en débarquant à Figari. Nous avons des rendez-vous avec quatre vignerons qui comptent parmi l’élite insulaire. Non, nous n’avons pas été voir les grands pionniers, Arena, Imbert, Abbatucci.

Cap au sud pour rencontrer Gérard Courrèges (domaine Vaccelli), Gilles Seroin (domaine Sant’Armettu), Yves Canarelli (une légende) et son ami Patrick Fioramonti. Ensemble, ces deux-là ont décidé de rendre vie aux terroirs calcaires de Bonifacio avec un projet qui s’appelle Tarra di Sognu, un clos de cinq hectares, au bord de la Méditerranée. Après trente années comme chef-sommelier et directeur chez Toussaint Canarelli, l’oncle d’Yves, au grand hôtel de Cala Rossa (Porto-Vecchio), Patrick Fioramonti a décidé de réaliser un vieux rêve assez partagé, faire son vin. Et se rapprocher d’Yves Canarelli pour ce faire était la bonne idée, histoire de gagner un temps fou. Et de rendre à Bonifacio un peu de sa splendeur passée, du temps où la région comptait 450 hectares de vignes – c’était avant le phylloxéra – contre à peine 40 en ce moment. Yves Canarelli est installé à Figari. Comment le résumer ? Trente-trois hectares, quinze cépages, vingt-deux cuvées. Ces trois chiffres sont une bonne façon de comprendre l’homme. Infatigable découvreur, chercheur, inventeur même, jamais en retard d’une innovation, il essaie tout, veut tout comprendre et sort des cuvées à se damner, sans jamais cesser de se remettre en question. Il commence à trouver en la personne de son fils, Simon-Paul, un appui et un complice dans sa quête sans fin. Il est aujourd’hui un moteur majeur dans l’expansion des vins corses, leur succès. Il entraîne à sa suite, avec infiniment d’humilité, une théorie de vignerons qui veulent avec force imposer leur production au reste du monde.

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