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L’Alsace, pionnier de la biodynamie

25 % du vignoble en bio et/ou biodynamie
Pionnier de la biodynamie, un mode de viticulture pratiqué sur ces terres depuis maintenant cinquante ans, le vignoble alsacien est aujourd’hui mené selon les principes de l’agriculture bio et de la biodynamie sur le quart de ses surfaces. Et le mouvement est loin de s’amoindrir : « A l’échelle du vignoble et à l’heure où la prise de conscience écologique est globale, le vignoble alsacien, fortement engagé dans la transition écologique, ambitionne d’être un modèle à suivre. Celui d’une viticulture de conservation, respectueuse de la nature et de la diversité. »

Dégustation à Ground Control
Ce modèle qui veut faire bouger les lignes est notamment porté par une nouvelle génération de vignerons que l’amateur pourra rencontrer ce lundi 20 janvier à Paris de 19h à 23 h (et de 16h à 19h pour les pros) dans le cadre de l’événement Alsace Rocks qui réunira une vingtaine de domaines à l’espace Ground Control, dans le douzième arrondissement. Une conviviale dégustation qui sera faite d’échanges pertinents autour du bio, mais aussi de moments ludiques et pédagogiques (ateliers autour des potagers extérieurs, tatouages éphémères) et de gourmandes propositions élaborées par les chefs du lieu (Coin-Op Table, La Residence).
Entrée : 5 euros, plus de détails et billetterie ici.

Alsace rocks ! La liste des domaines
Domaine Albert Mann
Domaine Valentin Zusslin
Domaine Stentz-Buecher
Domaine Rémy Gresser
Domaine Jean-Louis et Fabienne Mann
Domaine Camille Braun
Domaine Yves Amberg
Domaine Jean Becker
Domaine de l’Ecole
Domaine Paul Gaschy
Domaine Louis Hauller
Domaine Burckel-Jung
Domaine Kirrenbourg
Vins d’Alsace Kuentz-Bas
Domaine Charles Muller & Fils
Cave de Ribeauvillé
Domaine François Schmitt
Domaine Seltz Fernand
Cave de Turckheim
Wolfberger

Le Dry January, entre confusion et mensonge

Le Dry January, entre confusion et mensonge
Pouring of fresh water from jug into glass on wooden table

Michel Bettane dévoile son point de vue sur le Dry January, littéralement le mois sobre, lancé en 2014 au Royaume-Uni et qui consiste à ne pas boire une goutte d’alcool pendant un mois.

Je préfère largement l’adjectif dry quand il qualifie un humour corrosif à l’anglaise plutôt qu’un mois de janvier sans alcool. Nous y avons échappé de peu, mais je crains que ce ne soit que partie remise. Ce retour en force de la prohibition sous le masque de la défense de la santé publique est, hélas, un signe majeur du trouble de notre époque. Confusion des valeurs et mensonges dans les mots. Gouverner, rappelons-le aux pouvoirs publics, c’est trancher entre les intérêts particuliers au bénéfice de l’intérêt général et ne surtout pas habiller les premiers dans les costumes du second.

Le vin, de qualité s’entend, première victime visée et potentielle de ce que serait la chose, est un produit de haute civilisation, chanté et révéré comme tel par deux millénaires au moins de traditions gréco-romaine et judéo-chrétienne réunies. Cela devrait faire taire les adorateurs du médicament. Que nenni. Ils repartent chaque année de plus belle, se cachant derrière le principe de précaution, si malheureusement inscrit dans notre constitution par un Président qui ne le pratiquait guère dans sa vie privée, mais couramment dans son action publique. Principe de gangrène dans la société quand il n’est pas accompagné de son contre poison, le principe de responsabilité pourtant tout autant inscrit dans notre droit.

Tout être majeur est tenu en principe pour responsable de ses actes devant la loi, sauf comme par hasard quand la médecine s’en mêle, on voit à certains faits divers récents à quoi cela peut conduire. L’addiction ne relève pas uniquement de la médecine, mais de la morale du comportement et, donc, du droit public. Il ne faudrait pas faire croire que la molécule d’alcool est le seul coupable. Les faiblesses humaines le sont tout autant et on les soigne mieux par l’éducation que par le médicament. Cela doit sans doute coûter trop cher quand les caisses de l’État sont vides.

Les gribouilles politiques préfèrent donc ne pas voir les méfaits à moyen et long terme de la panurgisation du cheptel et n’hésitent pas à mentir pour arriver à faire de petites économies. Le principal de ces mensonges est la manipulation volontaire de statistiques. Par exemple, faire croire que le Français avale davantage de litres d’alcool par an que ses proches voisins en lui faisant boire chaque bouteille vendue ou consommée en France par les millions de touristes que nous accueillons. Un crétin finira toujours par coûter plus cher à la société qu’un citoyen bien éduqué.

Quatre blancs et 2 rouges pour une raclette parfaite

C’est la question de l’hiver. Quel vin choisir avec la raclette ? Voilà une sélection de vins médaillés au concours Prix Plaisir 2019. Quatre blancs, deux rouges, six vins un peu inhabituels, loin des accords classiques, à un excellent rapport prix plaisir. Fromage is coming.

Sélection Louis-Victor Charvet pour Bettane+Desseauve

Domaine Agnès et Xavier Amirault, Les Quarterons, anjou blanc 2017
Ça vient d’où ?
Du Clos des Quarterons, dans le bourg de Saint-Nicolas de Bourgueil, en Touraine. C’est le quartier général de la famille Amirault depuis 180 ans. Plus connus pour leurs cabernets francs, Agnès et Xavier savent aussi sublimer l’autre cépage star de la Loire, le chenin.
Pourquoi c’est top ?
Pas de raccourci facile. Ce n’est pas parce qu’il est biodynamique que ce vin est réussi. Viticulture attentive, raisin à maturité idéale, tri sur pieds à la vendange, tri sur table dans les chais. Le bon vin, c’est beaucoup de travail. Tout le monde ne se donne pas autant de mal.
Avec la raclette ?
Du chenin ? Voyons voir. Avec la raclette, deux choses à éviter : une aromatique trop intense et une acidité trop élevée. Ni l’une ni l’autre dans ce quarterons mais un nez élégant et de la rondeur en bouche.
Avec quelle raclette ?
La raclette prévue depuis longtemps, qu’on attend en salivant et qui devient une obsession.
13,60 euros
Médaille d’argent Prix Plaisir 2019

Maison Champy, Edmé, bourgogne chardonnay 2016
D’où ça vient ?
Des terroirs de Puligny, Meursault et Rully. Sur le papier, ça a de l’allure. Voilà la force des maisons de Bourgogne : avoir des approvisionnements d’une qualité irréprochable en provenance de bons terroirs. Champy est une solide référence.
Pourquoi c’est top ?
Parce que la maison est entre de bonnes mains. Celles de Thierry Bellicaud, son directeur, et celle de Dimitri Bazas, son œnologue. Le chardonnay de la Côte de Beaune apporte sa minéralité quand celui de la Côte Châlonnaise apporte son fruit. Résultat : un chardonnay bien équilibré, onctueux et rond, long en bouche.
Avec la raclette ?
Accord plutôt classique. Raclette et chardonnay bourguignon s’entendent bien. Sa rondeur va au gras de la charcuterie et du fromage, tout en gardant une fraîcheur désaltérante et bienvenue.
Avec quelle raclette ?
La raclette chic : charcuterie fine, fromage d’exception.
17 euros
Médaille d’argent Prix Plaisir 2019

Stéphane Brocard, Closerie des Alisiers, saint-véran 2017
Ça vient d’où ?
Des versants de la Roche de Solutré, dans le Mâconnais. Saint-véran ceinture l’appellation plus célèbre de pouilly-fuissé. Elle a le sol argilo-calcaire de la Bourgogne tout en profitant d’un climat un peu plus généreux, ce qui lui donne beaucoup de personnalité.
Pourquoi c’est top ?
Depuis Marsannay, au nord de la Bourgogne viticole, Stéphane Brocard pilote sa petite maison de négoce. Il a su s’entourer et nouer de bonnes relations dans le vignoble pour disposer de raisins de premier choix. Beaucoup de pureté, de fruit et de fraîcheur dans les vins. La gamme est à recommander.
Avec la raclette ?
Dans certains chardonnays, la minéralité prend le dessus sur l’expression aromatique. Ce n’est pas le cas ici. Si c’est un blanc vif et citronné, avec beaucoup de peps, il ne manque pas d’équilibre et de rondeur en bouche, idéal avec le gras du plat.
Avec quelle raclette ?
Avec toutes les raclettes. Des vins comme ça, on en veut tout le temps.
12 euros
Médaille de bronze Prix Plaisir 2019

Château de Messey, Clos des Avoueries, mâcon-cruzillé 2017
Ça vient d’où ?
D’une dénomination de l’appellation mâcon. Cruzillé en est l’une des plus septentrionales, située proche du bien-nommé village de Chardonnay. Dirigé par la famille Dumont, le vignoble du château de Messey appartenait aux moines de l’abbaye de Cluny.
Pourquoi c’est top ?
On ne le dira jamais assez mais le Mâconnais est vraiment l’un des meilleurs rapports qualité prix du vignoble. La parcelle de coteau qui donne ce clos-des-avoueries est située à 600 mètres d’altitude et exposée sud-est. Du soleil et de la fraîcheur, combo gagnant. Il faut encore qu’elle soit bien vinifiée. C’est le cas.
Avec la raclette ?
Là aussi l’accord est plutôt évident. Mâcon, c’est l’autre terre du chardonnay de Bourgogne. Elle déborde de vignerons doués qui signent des vins vibrants et expressifs.
Avec quelle raclette ?
La raclette de la joie, celle avec beaucoup d’amis, beaucoup de bons vins et pas assez de poêlons.
12,50 euros
Médaille d’argent Prix Plaisir 2019

Domaine Frédéric Mabileau, Racines, bourgueil 2015
Ça vient d’où ?
D’une appellation célèbre mais sous-estimée, parfois réduite (à tort) à de trop sages « vins de papa » ou au contraire à des vins natures peu flatteurs. Dommage, bourgueil est un vivier formidable de supers vins, à des prix abordables.
Pourquoi c’est top ?
Parce que ces cabernets francs, plantés il y a près de 50 ans, sont aujourd’hui conduits avec soin en bio, à bonne densité de plantation (5 000 pieds à l’hectare) et avec de petits rendements (35 hl/ha). Ensuite, parce qu’ils profitent d’une vinification talentueuse pour exprimer leur potentiel. Tri attentif et pas de trituration des baies, élevage peu marqué par le bois pour plus de fruit, c’est le bourgueil qu’on veut tous.
Avec la raclette ?
Il y a les inconditionnels du vin rouge en toute circonstance. Certes, le salé du fromage et de la charcuterie suggère un blanc plutôt rafraîchissant, mais voilà un rouge léger, aux tannins souples, qui fera très bien l’affaire. On sera seulement vigilant à le servir assez frais.
Avec quelle raclette ?
La raclette improvisée. Rien dans le frigo, des amis dans le salon, tout le monde a faim. Bref, on se comprend.
16 euros
Médaille d’or Prix Plaisir 2019

Christophe Rieflé, alsace pinot noir 2017
Ça vient d’où ?
D’une mosaïque complexe de terroirs et de sols. Celle de Pfaffenheim, magnifique petit village de l’Alsace secrète, coincée entre les ballons vosgiens à l’ouest et la plaine du Rhin à l’est. 15 hectares de vignes dans ce décor splendide sont le terrain de jeu de Christophe Rieflé.
Pourquoi c’est top ?
Parce que de manière générale, le pinot noir d’Alsace, c’est top. Nombre de vignerons sont aujourd’hui à la hauteur des attentes mondiales pour ce cépage. Voilà joli vin, gouleyant et frais, extrait comme il faut, aux tannins souples et au fruit délicat.
Avec la raclette ?
C’est l’autre vin rouge de cette sélection. Le choix aurait pu se porter sur un gamay du Beaujolais mais un pinot noir léger et fruité donnera du tonus à un plat riche comme la raclette.
Avec quelle raclette ?
La raclette qu’on fait avec ce qu’il reste d’une raclette qu’on a fait avec ce qu’il restait déjà d’une première raclette. Ça ne s’arrête jamais.
6,50 euros
Médaille d’or Prix Plaisir 2019

Faites déguster vos vins au Concours Prix Plaisir

Chacun cherche son vin
À chaque apéro ou dîner entre amis ou en famille, l’amateur est toujours en quête du bon vin au bon prix. Pour les grandes occasions, il sait quoi acheter mais sinon c’est toujours le casse-tête pour trouver le vin qui va faire dire à l’assemblée « Il est trop bon, tu l’as payé cher ? ». C’est pour aider le consommateur dans cette quête du Graal que Bettane+Desseauve a créé Le Prix Plaisir, un label de prescription indépendant reconnu par la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes.). Les vins primés sont bons et au bon prix. Voilà de la prescription adaptée et intelligente.

Dégustation à l’aveugle par des amateurs
Pendant deux jours, des jurés amateurs, encadrés par les experts Bettane+Desseauve, dégustent à l’aveugle plus de 1 700 vins. Ils disposent de deux informations : la région et la tranche de prix. Deux critères doivent retenir leur attention pour l’attribution de médailles : le plaisir et le prix.

Moins de 18 euros pour les vins
Ce concours national est ouvert à tous les opérateurs français ou étrangers (domaines, châteaux, vignerons indépendants, maisons de négoce, caves coopératives, importateurs, marques de distributeurs) qui souhaitent faire découvrir leurs cuvées à des consommateurs avertis. Il concerne tous les vins vendus entre 2 et 18 euros et les champagnes à moins de 30 euros. Dans chaque catégorie de prix, entre 25 et 30 % des vins ont obtenu une médaille les années précédentes.

La communication
Les résultats sont diffusés sur En Magnum, sur le site du concours, sur vitisphère.com et disponibles sur l’appli Le Grand Tasting (Le Guide des vins Bettane+Desseauve sur smartphone). Des sélections sont diffusées dans le magazine Télé7jours (plus de 5 millions de lecteurs). Les médaillés sont en dégustation libre au Grand Tasting de printemps (15 et 16 mai 2020 au Carreau du Temple, à Paris).

Dates à retenir
Concours Prix Plaisir Bettane+Desseauve 2020
Dégustations les 27 et 28 mars au Chemin des Vignes à Issy-les-Moulineaux.
Date limite des inscriptions (producteurs) : vendredi 21 février 2020

Résultats : avril 2020
Inscriptions sur https://prixplaisir.bettanedesseauve.com/fr/concours/concours-prix-plaisir-2020

Le grand Georges

Le monde du vin a généré beaucoup d’artisans de grand talent, plusieurs entrepreneurs brillants mais quasiment pas de véritables créateurs. Très rares sont ceux qui, parti de quelques arpents de vignes, ont réussi à imaginer pour leur région un nouveau monde où tout, de l’organisation générale du vignoble jusqu’à la conception même des vins et bien sûr leur mise en marché, serait réinventé : Georges Dubœuf, qui vient de nous quitter à l’âge de 87 ans, représente certainement le plus brillant exemple de cette trempe introuvable.

Georges Dubœuf, encadré de ses deux éducateurs viti-vinicoles, l’oncle maternel à gauche, le grand frère Roger à droite. (D.R.)

La carrière longue et fructueuse de Georges Dubœuf semble avoir été dictée par l’idéalisme d’un vigneron de conviction et le pragmatisme de celui qui sait qu’on ne peut créer sans agir. Idéalistes, ces débuts homériques où le jeune embouteilleur itinérant crée sa « Guilde du beaujolais » pour trouver une alternative à un négoce alors omniprésent et rétif à toute innovation. Pragmatique, le passage rapide au métier précisément de négociant, pour pouvoir progresser et aller jusqu’au bout d’une démarche d’engagement personnel. « On ne vivote pas dans le négoce de chez nous, on perce où on s’efface ! » dit Georges Dubœuf au journaliste Henri Elwing en 1989(1).

Traitée en dessin façon Dubout au début des années 1960, voici une des premières réclames de Georges Dubœuf. (D.R.)

Toutes les grandes étapes de la maison Dubœuf ont été façonnées sous ce double éclairage, qu’il s’agisse des liens, toujours extrêmement forts, entretenus avec le vignoble et les vignerons, des grands chantiers de la promotion, servant souvent autant le Beaujolais que sa marque (la saga du beaujolais nouveau, mais aussi l’aventure du Hameau du vin, son village-musée à Romanèche-Thorins), ou plus fondamentalement du style des vins et des méthodes utilisées. Contrairement à ce qui est souvent imaginé par les professionnels qui se contentent d’idées reçues sur une production ayant depuis longtemps le mérite d’être populaire, les vins de Dubœuf ont beaucoup évolué avec le temps, au fur et mesure de la capacité de Georges, Franck son fils et leur équipe, à mieux maîtriser la qualité d’approvisionnement de leurs fournisseurs. De fait, ne possédant rien au début de sa carrière, Georges Dubœuf est parti de l’embouteillage et de la commercialisation des vins pour aller progressivement vers la maîtrise totale de la réalisation.

Paul Bocuse recevant l’hommage des vignerons fournisseurs et amis de Georges Dubœuf. (D.R.)

L’entrepreneur a su saisir les chances que sa passion et sa force de travail, toutes deux hors du commun, ont provoqué : la rencontre avec les grands chefs de la France des années 60 et 70 d’abord, Paul Bocuse en premier lieu, qui ont emmené littéralement dans les bagages de leur notoriété internationale les beaujolais de Dubœuf et leur style gai, allègre et évidemment moins intimidants que les grands crus bourguignons ou bordelais ; l’intuition géniale du beaujolais nouveau qu’il transforma quasiment en fête nationale et internationale. Ces succès n’ont pas été sans conséquences paradoxales pour le vignoble et l’entreprise : lorsque l’unique question des médias au matin du troisième jeudi du mois de novembre devint de savoir si le beaujolais nouveau de cette année a le goût de banane ou de framboise, on pouvait comprendre que la réussite d’une période entrainerait les déboires de la suivante. Mais restera l’idée forte d’avoir décloisonné un temps l’univers cadenassé du vin, de ces codes, de ses classes et de ses consommateurs.

Georges Dubœuf avec son fils Franck. (D.R.)

Reste enfin l’homme, tout au long d’un immense parcours qui l’a mené de son village natal de Crêches-sur-Saône à Romanèche-Thorins, moins de dix kilomètres séparés par une épopée qui lui aura fait parcourir le monde. Son allure éternellement svelte et juvénile, sa capacité d’écoute et son intelligence vive, la douceur de son ton, une certaine austérité de stature, la précision formidable du dégustateur, tout cela tranchait avec l’image fêtarde et « marketteuse » que beaucoup de supposés spécialistes lui ont accolé. Georges Dubœuf était un grand du vin, point final.

À son épouse, à Franck, à sa famille, à toutes les équipes de la Maison Georges Dubœuf, à tous les vignerons qui travaillent avec elle, Bettane+Desseauve présente ses plus sincères condoléances.

1. Georges Dubœuf, Beaujolais, vin du citoyen, JC Lattès éditeur.

Antoine Pétrus déguste Rayas

Notre cher Antoine Pétrus est un très fin dégustateur et un grand spécialiste de Rayas et des vins du Rhône. Il nous livre quelques réflexions d’amoureux et des commentaires exclusifs.

COMME LE SABLE QUI FILE SANS RETENUE ET SANS TEXTURE, SANS FROIDEUR

Rayas, c’est quoi pour vous ?
Une forme de spiritualité. Une quête de goût, de l’épure et de la singularité. J’ai acheté mes premiers flacons quand j’étais étudiant, c’étaient les vins blancs du domaine des Tours. J’ai fait mes études dans la Loire, où j’étais habitué à l’acidité, à la tension et à l’expressivité du sauvignon. Quand j’ai ouvert la première de ces bouteilles, j’avais été très surpris par le mutisme de ces clairettes. Il y a l’amande, le citron confit, mais je trouvais que le vin en bouche était un peu linéaire. Deux jours après, j’ai à nouveau dégusté cette bouteille que j’avais laissé ouverte. Le vin était devenu beaucoup plus charnel, plus rond, plus sphérique. Je me souviens avoir eu beaucoup de mal à le comprendre. Je manquais de repères.

Et vous les avez trouvés depuis ?
Oui et non. Ma première visite au château Rayas date de juin 2005. Ce qui est merveilleux dans le monde du vin, c’est de repartir de chez un vigneron sans aucune certitude et avec beaucoup de questions. J’ai la chance, et je le dis avec beaucoup de pudeur, d’entretenir une relation particulière avec Monsieur Reynaud. Je dis Monsieur, je ne dis pas Emmanuel et je ne le ferai jamais. Plus je goûte ses vins, moins je les comprends. C’est ce qui me fascine et c’est ce qui m’intrigue. Pour moi, le plus noble dans la dégustation, c’est de rester admiratif devant ce qu’on goûte. J’éprouve autant de plaisir avec un vin de pays 2015 du domaine des Tours qu’avec un rayas 1929. Il y a peu de terroirs qui vous marquent par leur magnétisme. Rayas en est un, avec son vignoble protégé, encerclé par les bois. À chacune de mes venues à Châteauneuf, je vais m’y promener. On sent la parfaite adaptation des vignes avec l’environnement. C’est l’oeuvre des quatre générations qui ont été à la tête de la propriété, l’oeuvre d’une famille qui a toujours vécu dans la discrétion, dans la retenue. J’admire cela profondément. Monsieur Reynaud dit qu’il faut savoir s’effacer derrière le terroir et le millésime. Je trouve ça très beau. Fonsalette attire aussi par son magnétisme, même si la propriété est moins connue. Tout le monde pense que c’est en périphérie de Rayas alors que c’est à vingt-cinq kilomètres au nord. Rayas est très protégé par l’environnement, c’est une succession de petits îlots. Fonsalette est un lieu plus vaste, aux parcelles plus ouvertes et larges.

Pour beaucoup d’amateurs, Rayas est un mythe. Pour vous aussi ?
Quand Albert Reynaud acquiert Rayas en 1880, c’est un lieu où poussent des fruitiers, des oliviers, mais pas forcément de la vigne. Le choix de cet endroit est éminemment précurseur. Tout grand vin suscite une émotion et interpelle. Je peux vous garantir que ces vins ne m’ont jamais laissé indifférent. Pour en goûter beaucoup, je n’ai jamais été déçu. Chaque millésime, chaque flacon de Rayas crée en moi une forme de quête.

Les mythes se construisent dans la durée et les grands vins dans la régularité. C’est vrai aussi pour ceux de la famille Reynaud ?
Pour moi, il n’y a pas de grands ou de petits millésimes pour ces vins. C’est comme si un père devait caractériser l’amour qu’il peut avoir pour chacun de ses enfants. Je l’envisage de la même façon et ça fait beaucoup rire Monsieur Reynaud parce qu’il me dit que je suis certainement l’un de ses seuls clients qui boit autant de vins de pays que de rayas. La hiérarchie existe entre les terroirs des différentes propriétés, mais certainement pas dans les goûts de ceux qui en dégustent les vins. Il faut savoir les respecter pour les apprécier. Ils font appel à la patience. J’ouvre tous les vins du domaine une journée à l’avance. En revanche, j’ai un problème avec la hiérarchie du millésime. J’aime ce que l’on considère comme les petits millésimes de Rayas, c’est-à-dire 1992, 2002 ou encore 2008. Ce sont des sommets de délicatesse, de subtilité, de nuance de texture où l’on retrouve une forme de douceur incroyable. Les vins vous perdent si facilement. J’ai dégusté à plusieurs reprises un rayas 1967, incroyable par sa profondeur, sa sève, son allonge et sa jeunesse. Et quand vous goûtez le fonsalette-syrah 1989, vous avez l’impression que le vin a trois ans. C’est déroutant au possible. Je crois que les trois générations – Louis, Jacques et Emmanuel – ont chacune beaucoup apporté sans jamais rien reprendre. Louis avait un patrimoine de très vieilles vignes, de très petits rendements et une mise en bouteille tardive. Jacques a travaillé sur le matériel végétal, avec des rendements encore plus faibles. Et avec Emmanuel Reynaud, les vins ont trouvé une forme d’accomplissement et de sagesse.

Et alors, c’est quoi le style Rayas ?
Il y a une ligne directrice qu’on retrouve toujours. C’est celle de trouver dans les vins la même sensation que lorsque l’on plonge les mains dans la terre de Rayas, où le sable file entre les doigts sans retenue et sans texture, sans froideur. Les blancs sont des vins de chair et d’enveloppe, qui ne tombent pas jamais dans l’excès et la caricature. Ce sont des vins de grande gastronomie. La cuisine doit les magnifier, leur apporter des parfums. Ils ont cette sève, cette allonge, ce mélange troublant entre acidité et amertume, ces notes de citron confit, d’amande, de thym. Il ne faut pas s’attendre à l’exubérance qu’on peut trouver dans de grands rieslings ou de grands sauvignons. C’est la même chose que pour les rouges, les blancs sont des vins d’avertis. Les rouges sont des vins d’infusion plutôt que d’extraction, de grande subtilité, de distinction, de classe. J’aime dire que ce sont des « puissances civilisées ». On retrouve souvent la fraise, les petits fruits rouges acidulés, les notes kirschées, la figue fraîche. Avec le temps, il y a les arômes de maturité, l’âtre de cheminée, le cigare, le tabac, la prune, la chrysanthème, arôme rare dans les vins, la nèfle qui n’est pas un fruit très parfumé mais très fin, la rose ancienne. Et puis il y a cette fraîcheur caractéristique, très différente de l’acidité. La fraîcheur, vous savez, c’est une harmonie, un équilibre. Elle inclue l’acidité, le tannin et l’arôme. C’est une plénitude où l’on sent la fraîcheur du fruit, dans le goût mais aussi dans la texture.

À table, les grands vins sont exigeants. Avec quoi servir ceux-là ?
Il faut des accords simples, ne pas chercher à complexifier en ajoutant des composantes aromatiques trop diverses. J’ai des souvenirs d’accords merveilleux. Un chausson de truffe noire avec un rayas blanc 1989. Des bugnes avec un fonsalette demi-sec 1964. Un rayas rouge 1994 avec une caille à la cheminée enrobée d’une fine tranche de lard de Colonnata.

Emmanuel Reynaud laisse longtemps vieillir ses vins dans ses caves avant de les mettre sur le marché. C’est une manière de les protéger de la spéculation ? Ou c’est pour qu’on puisse les goûter correctement ?
C’est la preuve d’une grande intelligence et d’un respect pour le vin. Boire un rayas de moins de dix ans, c’est une hérésie. J’ai récemment dégusté des 1999 et des 2001 qui donnent l’impression de n’avoir que trois ou quatre ans. Certes, les millésimes qui viennent d’arriver sur le marché, comme les 2015, sont très séducteurs, mais si on déguste les 2000, les 2004 ou les 2005, on se rend compte qu’il faut prendre le temps. J’ai eu la chance de goûter des châteauneuf-du pape 1929, 1933 et même un 1884. À l’évidence, ce sont des grands vins de temps et c’est grâce au potentiel du grenache. Attendons-les. Personnellement, j’ai tendance à ne plus les mettre sur carte et à les réserver à des convives qui, comme moi, sont en quête du Rayas. Ce n’est pas de la prétention. Rayas produit peu, c’est très recherché et il faut pouvoir en faire profiter les vrais passionnés. Ça m’ennuie de voir des rayas à 600 ou 700 euros alors que les prix sont loin d’atteindre des sommets au domaine. Le sommelier a peu de mérite. Il a la responsabilité de comprendre le travail du producteur et d’être le relais de ce travail. Trop de rayas sont bus sans être compris. C’est comme déguster le plat d’un grand chef en quelques secondes sur le bord d’un passe en cuisine. Je trouve que c’est du gâchis. Déguster les vins de Rayas, ce n’est ni un triomphe ni une compétition. C’est un moment de recueillement qui réclame de l’attention et implique une forme d’introspection, une remise en question. Quand j’en déguste un, je me demande toujours si je l’ai bien compris, si je lui ai laissé le temps. Mon but n’est pas de collectionner les millésimes. Il faut être humble. L’essence de ce vin, c’est la discrétion, le recul. C’est de mettre le terroir et les raisins au premier plan. Il faut arrêter d’en faire un vin de spéculation, de le boire trop jeune, de l’ouvrir sur le moment, de le carafer, etc. Il faut le respecter, c’est un cheminement. L’idéal est de commencer avec les vins de pays du domaine des Tours, s’orienter vers les propriétés, vers les vins du château des Tours, vers ceux de Fonsalette, comparer les millésimes. Après seulement, on accède au rayas. Ça n’a aucun sens de le goûter sans connaître les autres vins.

DÉGUSTER LES VINS DE RAYAS, CE N’EST NI UN TRIOMPHE NI UNE COMPÉTITION. C’EST UN MOMENT DE RECUEILLEMENT QUI RÉCLAME DE L’ATTENTION ET IMPLIQUE UNE FORME D’INTROSPECTION

Ses plus grandes émotions

Château Rayas 1929
Une oeuvre du temps. Probablement le deuxième millésime de la propriété à être mis en bouteille après 1928. J’ai eu la chance d’avoir de très belles expériences avec les vins de la région pour ce millésime. La robe était très claire, comme celle des grands musigny ou vougeot de cette période-là.
On dit souvent que musigny est l’alter ego de châteauneuf. Là, c’était vraiment le cas. Puissance civilisée, domestiquée, tannin extrêmement fin et précis. Un nez un peu viril de truffe noire, de cuir un peu patiné, de tapenade. Les grands vins sont ceux qui laissent l’imagination s’exprimer. Il faut se souvenir qu’à cette époque, Rayas n’était peut-être qu’une ou deux grappes, quatre ou cinq barriques, pas plus.

Château Rayas 1967
Un rayas de couleur et d’intensité. De manière générale, je parle très peu de la robe du vin sauf pour Rayas. Teinte encore violette, prune, très dense. Certainement le rayas le plus coloré que j’ai dégusté avec 1989. Une plongée dans l’automne, des notes de tabac blond, d’âtre de cheminée, mais encore de l’éclat et de la vivacité dans les arômes avec des notes de kirsch et de baies de cassis. Un mélange d’arômes primaires, de fruits frais et d’arômes de maturité absolument bluffant. Ce qui est beau avec un rayas, c’est qu’il offre une dégustation évolutive. C’est le propre des grands vins. Entre le début et la fin de la dégustation, il change profondément de texture, de consistance et alterne entre beaucoup d’allonge et une grande délicatesse de tannin. Pour moi, 1967 est peut-être le rayas du paroxysme.

Château Rayas 1978
J’ai goûté le 1978 à plusieurs reprises. Je le classe, avec les rayas 1989 et 1990, parmi les grands millésimes de temps. Beaucoup de puissance, toujours civilisée, sans concentration et sans extraction. C’est un vin qui paraît immuable et intemporel, très impressionnant, avec des degrés d’alcool confortables. Il donne une sensation d’accomplissement et de plénitude.

Château Rayas blanc 1961, liquoreux ou demi-sec
Dégusté à la propriété avec Monsieur Reynaud. Il avait mis deux bouteilles de côté. Deux millésimes qu’il estimait de 1961-1962. On goûte en ne sachant pas si c’étaient des demi-secs ou des liquoreux. La tradition était d’attendre novembre et de nettoyer les pressoirs des rouges pour y mettre les clairettes. Henri Bonneau le faisait. Le domaine de la  Charbonnière en fait encore quelques fois. La clairette est un cépage complexe à comprendre dans sa jeunesse, mais la sur-maturité lui apporte davantage de conversation en lui donnant des arômes de nougat, de calisson, de verveine et de camomille. C’est une chimère en bouche qui commence par de l’acidité et se termine sur de beaux amers, avec du sucre et un bon niveau d’alcool. Le terroir tardif et froid le permet. Sur la zone plus au sud, de Châteauneuf-du-Pape jusqu’au plateau de la Crau, c’est moins possible. Aujourd’hui, il n’y a plus de production de liquoreux. À une époque, il y avait aussi un Grand mousseux du château Rayas. Monsieur Reynaud pense que c’étaient des vins repartis en fermentation. La clairette s’y prête bien. Elle a cette très haute acidité qui peut favoriser la prise de mousse.

Château Fonsalette 1991, rosé
Un peu sous-estimé dans le sud, 1991 est un beau millésime dans le nord de la vallée du Rhône. Un fonsalette à la couleur orangée très soutenue. Au nez, des notes de figues pochées, de fraises Mara des bois. Beaucoup d’allonge. La tension d’un blanc et le tannin très délicat d’un rouge. On ne parie pas sur les rosés dans le temps. Mais quand on goûte des grands parisys du château des Tours, c’est merveilleux. Il faut les attendre quatre ou cinq ans.

Vieux marc du Château Rayas 1945
Il y a trois personnes à qui je dois mon amour pour Rayas. Michel Bettane, qui m’a souvent parlé de Louis Reynaud. Guy Jullien, du restaurant La Beaugravière, à Mondragon dans le Vaucluse. Et Jérôme Bressy, du domaine Gourt de Mautens à Rasteau, qui a un respect ultime pour la famille Reynaud. Un jour, en fin de repas, Guy Jullien me fait goûter quelque chose. C’était un fond de verre de ce vieux marc 1945. À l’époque, il était conservé dans des bonbonnes à l’entrée du château Rayas et la famille ne savait pas trop quoi en faire. C’est davantage un vin dans lequel on a ajouté de l’alcool qu’un marc distillé. Une couleur or somptueuse et des notes de miel et d’encens, truffé dans le parfum. Une très grande émotion que j’ai eu la chance de partager avec la personne qui compte le plus pour moi au monde.

Cet article est paru dans En Magnum #18, actuellement en kiosque.

Bettane+Desseauve, des questions se posent

300 000 vins dégustés depuis 30 ans… Vous n’en avez pas marre ?
Le + entre Bettane et Desseauve, ça veut dire quoi ?
Le guide c’est vraiment fini ?
Et ça sort quand ce Nouveau Guide ?
Mais la presse, vous y croyez toujours ?
Si on vous dit : « les critiques de vin, après Parker et Bettane, il n’y a plus personne… » ?
Quelle est votre définition de la révolution digitale ?
Pour conseiller un vin, on doit forcément avoir affaire à des experts ?
Après la Chine et le Japon… ?
Parler du vin, c’est bien, mais vous n’avez pas l’impression qu’il vous manque une dimension ?
Et ça donne quoi, Lebey et Bettane+Desseauve ensemble ?
Qu’est-ce qui vous énerve aujourd’hui ?
Il faut faire quoi alors ?
Bettane+Desseauve, c’est que vous deux ?

Notre sélection de vins étrangers

Espagne, Nouvelle-Zélande, Chine, Amériques, voilà le plus court digest possible juste pour se faire une idée.

Bodegas Benjamin de Rothschild & Vega Sicilia, Macán 2014,
Rioja (Espagne)
LE DOMAINE
En s’installant dans la Rioja, la famille Benjamin de Rothschild prend son temps. Les parcelles disséminées sur les meilleurs terroirs ont été patiemment acquises au fil des ans. En s’alliant avec Vega Sicilia, le but est clair : faire de Macán le meilleur vin de la région.
LE VIN
Le 2014 est le cinquième millésime de Macán. 100 % tempranillo, c’est un vin charnu et puissant, taillé pour la garde.
LE DÉTAIL
Macán est l’un des seuls vins espagnols à adopter l’esprit bordelais en proposant un premier et un second vin, Macán clásico.
74,40 euros,
exclusivement sur
epicerie.edmondderothschildheritage.com

Clos Henri, La Chapelle 2016,
Marlborough (Nouvelle-Zélande)
LE DOMAINE
Le jardin de la famille Bourgeois, c’est le Sancerrois. Si 20 000 kilomètres séparent la France de la Nouvelle-Zélande, on ne s’étonne pas de la retrouver au bout du monde, là où sauvignon et pinot noir peuvent donner de grands vins tranquilles et effervescents.
LE VIN
Cerise ou framboise ? Les fruits rouges se disputent le nez de ce blanc de noirs équilibré et délicat. Une jolie bulle à la fraîcheur surprenante.
LE DÉTAIL
Partout dans le monde, il semblerait qu’une cuvée qui s’appelle La Chapelle fasse référence à une chapelle, nichée au milieu des vignes.
25 euros

Drouhin Oregon,
Roserock 2015,
Eola-Amity Hills (Etats-Unis)
LE DOMAINE
Au sud des collines d’Eola-Amity, dans la vallée de la Willamette, Roserock est le nouveau vignoble de la famille Drouhin.
LE VIN
Le terroir donne sa puissance : le pinot noir, l’élégance. Assemblage de trente-cinq parcelles sélectionnées, voilà un pinot noir velouté, long et lumineux.
LE DÉTAIL
Aux États-Unis, on trouve des certifications pour les vignerons respectueux de l’environnement. Roserock est certifié LIVE, l’équivalent de notre HVE.
Environ 40 euros

Domaines Barons de Rothschild – Lafite, Long Dai 2017, Qiu Shan (Chine)
LE DOMAINE
La patience fait partie de la famille Rothschild. Dix ans de recherche auront été nécessaires pour trouver ce terroir granitique de la vallée du Qiu Shan, dans le nord-est du pays. Les vignes des 360 terrasses profitent de la fraîcheur de la mer Jaune.
LE VIN
Élevé 18 mois en fûts de chêne français, c’est un assemblage de cabernet sauvignon, marselan et cabernet franc, où dominent des fruits noirs, des notes d’épices et de violette.
LE DÉTAIL
L’étiquette est inspirée par le mont Tai, l’une des cinq montagnes sacrées de Chine.
Prix NC

Beaux Frères Vineyard, 2017,
Willamette Valley (Etats-Unis)
LE DOMAINE
Les beaux-frères, c’est Michael G. Hetzel et Robert Parker. Un vinificateur hors-pair et un dégustateur de classe mondiale. Maisons et Domaines Henriot (MDH) a acquis cette winery en 2017.
LE VIN
Mûre, cerise, réglisse, lavande, du fruit, des fleurs. Le terroir volcanique donne à ce pinot noir une expression intense et concentrée. Complexité et fraîcheur, c’est très bourguignon.
LE DÉTAIL
Comme Gilles de Larouzière, président de MDH, nous pensons que l’Oregon n’est pas une mode et que son potentiel est immense.
Environ 50 euros

Bodega Diamandes,
Grande Réserve
2015, Mendoza (Argentine)
LE DOMAINE
Quatre propriétés bordelaises ont fondé des bodegas sur ce terroir argentin d’altitude et créé ensemble Clos de los Siete. Parmi elles, Diamandes appartient à la famille Bonnie, propriétaire du château Malartic-Lagravière, cru classé des Graves.
LE VIN
Séduction argentine, élégance bordelaise. Un peu de cabernet sauvignon donne de la complexité à cet assemblage dominé par un malbec rond et fruité. Vingt mois sous le chêne français lui permettent d’envisager l’avenir.
LE DÉTAIL
La cordillère des Andes se reflète dans les lacs de montagne. L’endroit est un joyau.
Environ 30 euros

Domaine Charles Joguet : le meilleur chinon du moment

À la suite de Charles Joguet, aujourd’hui retiré, la famille Genet fait encore mieux. Elle fait le meilleur chinon du moment.

CHARLES JOGUET, toujours heureusement vivant et revenu à ses premières amours, la peinture et la sculpture, conseille quand il le juge bon quelques viticulteurs engagés du secteur. Après avoir recréé le type moderne du cabernet de Chinon, avec l’aide de Jacques Puisais, dans un style souple et élégant qui est celui de la rive gauche de la Vienne, et montré à tous les bienfaits d’une viticulture respectueuse du sol et de l’environnement, il a vendu sa propriété en 1997 à son associé, Jacques Genet. Beaucoup trop de choses ont été dites sur cette vente, comme souvent dans nos villages gaulois, mais force est de constater que Jacques Genet et ses enfants ont encore amélioré viticulture et vinification, avec plus de régularité et de discipline dans la façon de cueillir le raisin, de le transporter et de le vinifier. Avec la complicité de leur jeune directeur technique, Kevin Fontaine, qu’ils ont généreusement associé au domaine, Jacques, sa fille Anne-Charlotte et son fils ont permis d’agrandir le vignoble jusqu’à quarante hectares et de rationaliser la gamme de vins produite, disponible dans une boutique très bien conçue, à l’entrée de Chinon. Ils ont aussi réhabilité de magnifiques caves creusées dans le calcaire, comme à Saint-Émilion, qui permettent de conserver dans des conditions de température et d’humidité idéales les millésimes de garde. J’avoue avoir été impressionné par la capacité des meilleures cuvées du domaine à bien vieillir, dans le respect du caractère que Joguet leur avait donné et sans les petits défauts analytiques d’un passé où l’hygiène de cave était une peu moins stricte.


Les Charmes

2016
Beaucoup de charme et de finesse aromatique. Ensemble floral, tannin soyeux. Une dimension séduisante, précise, aboutie et une expression exemplaire du cabernet franc de Loire. 16/20
2015
Cette cuvée assez nouvelle du domaine provient de vignes situées à Anché, sur sol argilo-calcaire typique, avec des vignes de plus de 35 ans. Le 2015 est un peu plus solide et serré de texture que le 2016, mais avec beaucoup de finesse au nez, sur des notes de menthol qui ajoutent leur fraîcheur à la belle maturité du raisin. 16,5/20

La Cure

2015
Petite partie du clos qui jouxte l’église de Sazilly, sur un sol assez riche en argile. Un vin lui aussi élégant, ouvert, à la fois floral et légèrement truffé, absolument pas asséché par son bois. Long, équilibré, frais et nuancé. Bref, ce qu’on attend et qu’on ne trouve pas si souvent. 16,5/20

Les Varennes du Grand Clos

Jolie vigne de quatre hectares, dont un peu plus de trois en production, plantée de 1962 à 1976 sur un support silico-calcaire qui prolonge le clos de la Dioterie à Sazilly.
2016
Notes classiques de tabac et de cèdre, netteté d’expression exemplaire, plus dessiné que colorié, très subtil. Il faut aimer le cabernet franc et une petite austérité de jeunesse sur un type de terroir qui permet un beau vieillissement. 15/20
2014
Notes de fougère et de tabac au nez, droit, et même strict, sur une phase sévère de son développement, mais sans sécheresse. Attendre trois ou quatre ans. 14/20
2012
Nez plus développé, avec des notes de sueur et de cuir qu’on appréciera diversement. Plus de souplesse que le 2014, mais moins d’unité. Plus charnel qu’élégant, comme par fois l’étaient certains vins de Charles, ce qui montre la continuité du style actuel avec un terroir qui peut y conduire en année peu acide. 14/20
2011
Nez beaucoup plus complexe, à la fois racinaire et truffé, avec un retour de cèdre et de tabac dans le support tannique. Plus de caractère que 2012. 15,5/20
2010
Forte couleur, corsé, un rien plus étoffé que le 2014, ferme, complet dans sa construction en bouche et pas encore à point. Un millésime de longue garde qui ne décevra pas. 16/20
2009
Très généreux et racinaire au nez, mais rappelant davantage l’Italie et même le Piémont que la Loire, sans doute à cause du soleil de l’année. Tannin plus sec et moins accompli qu’en 2010, saveur plus ouverte, mais qui exige la table. Un bon râble de lapin à la sauge, par exemple. 15/20
2008
Nez ouvert et généreux, plus floral et élégant que le 2009, entre la violette et la truffe. Assez long, expression classique et aboutie du chinon rive gauche. 15,5/20
2004
Notes de prune au nez, du poivron aussi, quelques petits défauts analytiques, mais un certain charme.
14/20

Clos du Chêne Vert

On change de rive et on se retrouve sur la Haute Olive, au coeur du vignoble historique de Chinon, en exposition sud-ouest, sur deux hectares très pentus. Il faut avouer que ce terroir ultra classique donne un très grand vin si l’on sait attendre, avec une intensité et une droiture qui en font un cru supérieur, comme il y en a moins de dix dans toute la Loire.
2016
Le vin est en phase fortement réductive et ne se révèle pas. Attendons donc. Pas de note
2015
Très grande finesse aromatique, digne d’un pinot noir, entre le plus pur des fruits rouges et un floral tellement différent de Varennes. Remarquable élevage. 16,5/20
2014
Moins précis au nez, avec un départ de notes de champignon et de sous-bois d’évolution trop rapide. 14/20
2012
Même souplesse que Les Varennes du Grand Clos dans ce millésime, mais avec plus de corps et d’autorité, du charme et de la générosité. Joli vin qu’on peut commencer à boire. 15,5/20
2011
Nez magnifique, apparition de notes de truffe noire, du charme, de la longueur, du moelleux qui surprendra les habitués d’une vision plus austère et compassée du cabernet. Rien de sensuel pourtant, avec de la fraîcheur dans un retour légèrement poivron (mais rouge, sans rien de végétal) qui fait rebondir le vin. Il n’a pas dit son dernier mot. 17/20
2010
Concentration et pureté aromatique magnifiques, de l’essence de cabernet de Loire. Racinaire et aérien à la fois, très complexe. Bravo. 17,5/20
2009
Sur ce cru aussi, le soleil de l’année alourdit un peu le corps, surtout après le sensationnel 2010. Riche et moins usé que Les Varennes, mais on ne retrouve pas le chic du terroir. 14,5/20
2008
Un boisé plus marqué vient d’une cuve neuve achetée pour ce millésime qui joue plutôt sur les notes racinaires, avec une pointe de verdeur et moins d’harmoniques que 2012. 14/20

Clos de la Dioterie

Le clos emblématique de Charles Joguet, à Sazilly, avec de très vieilles vignes de plus de 80 ans et une petite partie régulièrement renouvelée franche de pied. Hélas, à peine deux hectares là aussi.
2015
Une merveille : si on avait à définir le chinon idéal, ce serait celui là. Un raffinement floral digne d’un grand cru de pinot noir et un grain de tannin souple et parfaitement intégré à la texture. Long, avec un vrai rebond en bouche, un vin exceptionnel. 18/20
2014
Il souffre évidemment de la comparaison avec le 2015. Plus strict, austère et renfermé, pour le moment, mais moins de précision que Chêne Vert. 15/20
2012
Nez classique, élégant, sur la violette. Corps raffiné, élevage parfaitement adapté à la matière, long, net. Peut encore se développer. 16/20
2011
Nez ouvert mais racinaire (iris, bulbe), ce qui est caractéristique des beaux sols calcaires. Evolue vers la truffe noire, mais le cabernet rebondit en bouche avec un retour de poivron rouge, presque paprika, qui plaira aux connaisseurs. 16/20
2010
Vin complet, charnu, avec une expression qui va vers le sud et les grands terroirs de la rive droite de Bordeaux, sans maquillage de bois neuf, grande suite en bouche sur le tabac et le cèdre. Grand avenir. 17,5/20
2009
Le moins évolué et le plus agréable des vins du domaine dans le millésime. Parfait développement de truffe et de tabac au nez et en bouche, aucun assèchement. 16,5/20
2008
Bouteille un peu décevante, asséchée par son bouchon. À table, le soir, une autre bouteille s’est avérée bien plus équilibrée. 14/20

Cet article est paru dans En Magnum #18, actuellement en kiosque.

Rouge, blanc, or, les flacons de fin d’année

Après les champagnes et les spiritueux, une dernière sélection mêlant vins et champagnes pour accompagner les déjeuners, dîners et soirées de cette fin d’année. Histoire d’en terminer avec 2019 et d’accueillir 2020 (et aussi la famille et les amis) de la meilleure manière

Prismes
Doté en cette fin d’année d’un étui orné de prismes dorés et argentés, tout comme le blanc de blancs, autre cuvée iconique de la maison Henriot, le champagne en photo ci-dessus est un assemblage à parts égales de chardonnay et de pinot noir, auxquels vient se joindre « une touche de pinot meunier. » La maison recommande de réserver à l’apéritif cette cuvée à la robe couleur or paille représentant toute l’élégance d’Henriot.

Champagne Henriot, Brut Souverain, 39 euros (prix conseillé)

Duo de rieslings
Vin tranquille et crémant venus d’Alsace s’associent ici en une proposition de dégustation imaginée pour cette fin d’année par l’historique marque Wolfberger. A l’intention des épicuriens, le cépage riesling – l’un des quatre de l’AOC alsace grand cru, avec le pinot gris, le muscat et le gewurztraminer – s’y exprime de deux manières, porté au plus haut par les savoir-faire emblématiques de la région et de cette coopérative pionnière fondée en 1902 à Eguisheim. Chacun de ces flacons a été maintes fois récompensé.

Wolfberger, Coffret Noble, 40 euros

Tout de chardonnay
Présente sur les réseaux sociaux avec le hashtag #BBfrenchmoment, la maison Besserat de Bellefon propose d’accorder ce champagne à la robe jaune vif, blanc de blancs « sculpté dans la roche de son sol » avec « des éclats de rire », « un morceau de beurre salé » ou encore « un bar frais sur sa planche en bois », en toute élégance.

Champagne Besserat de Bellefon, Blanc de blancs, 59 euros (prix conseillé)

Clos bourguignons
Deux beaune premier cru, et deux monopoles, voici les cuvées que Bouchard et Fils a décidé de mettre en avant en cette fin année afin de guider l’amateur au sein des multiples résultats de son historique savoir-faire (la maison est née en 1731). Côté rouge, le vin né des 3,36 hectares du clos de la Mousse – dont la trace la plus ancienne remonte à 1220 – s’accordera avec viandes blanches et volailles grillées. Pour le blanc, issu d’une parcelle sur laquelle ont été retrouvées les plus anciennes traces du cépage chardonnay à Beaune, on privilégiera les poissons et les volailles, en sauce relevées cette fois.

Bouchard Père & Fils, beaune 1er cru Clos Saint-Landry 2015 et Clos de la Mousse 2016, 51 euros chacun (prix conseillé)
En famille ? En magnum.
Cette cuvée emblématique de la maison Edouard Brun est un assemblage de 75 % de pinots noirs, majoritairement issus de ses vignobles d’Aÿ et de la montagne de Reims et longuement vinifiées en fûts de chêne de 205 litres, et de 25 % de chardonnays vinifiés en cuves inox. S’il se suffit à lui-même, on pourra aussi le faire passer à table, en accord avec des viandes blanches, un poisson ou des crustacés.

Champagne Edouard Brun, Réserve premier cru, 50 euros le magnum (prix conseillé)

De Sancerre à Marlborough
Dans un format 50 cl, ce coffret propose en une édition limitée uniquement disponible au domaine trois vins issus d’une production confidentielle menée par la famille Bourgeois dans ses vignes des coteaux de Chavignol et dans celles situées à Marlborough, en Nouvelle-Zélande (Clos Henri Vineyard). Deux hémisphères, donc, et rien que des vendanges tardives pour ces cuvées de sauvignon blanc Vendange de la Saint-Charles 2014 et Patience 2013, à marier respectivement à « des fromages ou des plats épicés » et à « du sucré » (par exemple, car Jean-Christophe Bourgeois précise que « le sucre résiduel de ces vins permet de les associer à des mets très variés. »).

Famille Bourgeois, coffret Vendange récoltée tardivement, 75 euros

Nouvelle année, nouvelle cuvée
Lancée par la marque Tsarine en cette fin d’année, cette cuvée baptisée Orium est un extra-brut imaginé par la chef de cave Isabelle Tellier avec l’idée de proposer « un champagne sans fard, tout en finesse et pureté. » Assemblage des trois cépages champenois (34 % de chardonnay, 33 % de pinot noir et 33 % de meunier) issus de quarante crus différents, parmi lesquels Avize, Les Riceys ou encore Vertus, ce champagne est constitué pour plus d’un tiers de vins de réserve des années 2013 et 2014.

Champagne Tsarine, Cuvée Orium, 33 euros (prix conseillé)

Magnum de fête

Exceptionnellement proposé en magnum dans une édition limitée, ce flacon de Mouton Cadet 2017 niché dans un coffret étincelant constitue une parfaite idée cadeau. Mais, faut-il que nous le rappelions, c’est aussi un format idéal pour partager ce bordeaux en famille ou entre amis.

Mouton Cadet 2017, 18,95 euros le magnum (prix conseillé)

Vintage
Dix ans après la vendange 2009, Lanson dévoile le dernier-né de ses champagnes millésimés, cuvées uniquement élaborées lors de très belles années. Une exigence qui a contribué à asseoir la réputation de la maison au fil du temps, portée par les millésimes 1904, 1928, 1955, 1971, 1976, 1988 ou encore 1990. Ce 2009 est composé de 53 % de pinot noir et 47 % de chardonnay, raisins dont la maturation s’est déroulée cette année-là dans des conditions estivales que la Champagne n’avait plus connues depuis l’été 2003.

Champagne Lanson, Gold Label 2009, 59 euros (prix conseillé)

Fleurons languedociens
Si la célèbre maison du Languedoc met également en avant en cette fin d’année son clos-du-temple 2018 (190 euros), rosé né sur l’historique terroir de Cabrières, et aussi ses étonnants flacons de clairette d’Adissan, écrins en argile rendant hommage à l’art de vivre du sud de la France autant qu’à son histoire (9,90 euros), c’est au grand vin de l’Hospitalet que l’on fait ici une place. Rappelons que ce vin a été récemment porté aux nues, et avec lui tout le vignoble languedocien, en étant nommé meilleur rouge au monde lors de la dernière édition de l’International Wine Challenge (nous vous en avions parlé ici).

Gérard Bertrand, Château l’Hospitalet 2017, 50 euros


Retour aux origines
Uniquement disponible sur le site de Duval-Leroy, et seulement pendant trois mois, cette cuvée a été spécialement élaborée pour célébrer les 160 ans de cette maison installée à Vertus, à la pointe de la côte des Blancs, depuis 1859. A cette époque le chardonnay n’était pas présent et le champagne était majoritairement issu de raisin noir et c’est à cette histoire, comme aux six générations qui ont contribué à faire de ce domaine familial ce qu’il est aujourd’hui, que ce blanc de noirs multimillésime rend hommage. Inédite, l’étiquette de ce flacon reprend les couleurs des fûts et des barriques de la maison.

Champagne Duval-Leroy, Blanc de noirs 160 ans, 45 euros