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Le Bairrada pétillant

Le tout premier Concours Mondial de Bruxelles consacré aux effervescents a eu lieu à Anadia, dans le Bairrada, haut-lieu des mousseux portugais. Par Mathilde Hulot

65 juges se sont réuni les 1er et 2 juillet à Anadia au Portugal pour déguster 960 effervescents de 25 pays différents. Les mousseux représentent aujourd’hui 10 % du volume des vins exportés et le double en valeur (22 %). À croire qu’ils consolent de la pandémie. Les ventes ont augmenté de 22 % en volume et de 35 % en valeur entre 2020 et 2021. D’où cette nouvelle cession proposée par nos amis belges de Vinopres pour se concentrer sur l’effet miraculeux des bulles.
Les pays les plus représentés sont la France, l’Italie et l’Espagne, avec respectivement 291, 270 et 165 inscriptions. Sans surprise, la Champagne s’en sort avec les honneurs. Le brut Vincent d’Astrée Brut premier cru décroche le prix de la révélation internationale, un 80 % meunier complété de 20 % de chardonnay, dont 30 à 40 % de vin de réserve. En tout, la région rafle 48 médailles d’or.

 Un lambrusco en or
D’autres pays se sont distingué comme la République Tchèque, la Belgique (médaille d’or et révélation pour Ry d’Argent grande réserve Lisy 2019), le Brésil, l’Espagne et ses cavas, l’Italie avec 26 médailles et deux médailles d’or, dont une pour le lambrusco de Terre Verdiane 1813.
Une autre surprise est venue du Portugal, le pays hôte. On connaît peu ce pays en dehors des portos et des vins rouges d’Alentejo. Le Bairrada, superbe vignoble de 6 500 hectares idéalement placé entre Porto et Lisbonne, fait des mousseux depuis la fin du XIXe siècle et produit plus de la moitié des bulles du pays. On y met toute sorte de cépages, mais le baga en est le principal atout.
En tout, le Portugal remporte 19 médailles dont 8 médailles d’or et 2 Grand Gold : Quinta dos Abibes baga 2015 et Quinta de S. Lourenço 2011.

Plus d’informations sur concoursmondial.com
Retrouvez les saveurs portugaises sur le nouveau site quintaportuguesa.fr

Un champagne rosé, artistique, contemporain

Champagne Ruinart,
Rosé – Collection Claude Viallat

Pourquoi lui
Mille raisons. Le vin, bien sûr. Et aussi, l’engagement de Ruinart avec l’art contemporain. Tout est bien joué depuis le premier jour, du casting des artistes aux exécutions dédiées. Chaque fois, le vin illustré devient un collector, le genre de destin…

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Six blancs de Loire qu’il faut avoir

Sélection Louis-Victor Charvet et Denis Hervier

Domaine Belargus, Treilles 2018, anjou
Passionné par les terroirs de l’Anjou, Ivan Massonnat, homme d’affaires parisien, continue son aventure ligérienne, bien aidé par une équipe qui travaille dans le respect des lieux. Sa détermination à produire de grands vins secs sur des terroirs destinés à la production de liquoreux le propulse au rang des vignerons les plus excitants de la région. Le clos des Treilles, joyau du domaine orienté plein sud, livre ce vin surprenant, gras et salin, aux notes de fruits exotiques avec une touche d’épice.
100 euros

Baudry-Dutour, Château de Saint-Louans 2019, chinon blanc
Duo remarquable, Christophe Baudry, issu d’une vieille famille viticole de Cravant et Jean-Martin Dutour, ingénieur agronome et œnologue, ont eu la bonne idée de s’associer pour fonder un négoce qualitatif assis sur plusieurs propriétés. Lancés dans une quête de l’excellence, leurs progrès sont désormais visibles sur l’ensemble de la gamme, notamment sur ce joli chinon blanc, dont l’élevage a été quelque peu revu, lui donnant une énergie nouvelle et davantage de pureté.
23 euros

Famille Lieubeau, Clisson 2018, muscadet-sèvre-et-maine
Découvert pour certains lors du dernier Grand Tasting Paris, ce domaine ne cesse de nous émerveiller par la pureté des vins produits. La jeune génération talentueuse des Lieubeau se hisse au niveau des plus grands, comme en témoigne ce clisson de bonne intensité déclinant le caramel salé, la tarte aux pommes et le coing, soutenue par une trame minérale qui étire magnifiquement le vin. Gamme complète d’excellente facture. On achète les yeux fermés.
16 euros

Domaine des Roches Neuves, Clos Romans 2019, saumur
Si Thierry Germain est devenu la référence ligérienne du chenin, ce clos-roman y est peut-être pour beaucoup, donnant au chenin des attributs de grandeur rarement rencontré ailleurs. Pureté, longueur, volume en bouche, précision, tout cet ensemble harmonieux s’achève dans une finale crayeuse magistrale. C’est un sommet qu’on prendra soin d’attendre quelques années en cave. Moment d’émotion à prévoir.
52 euros

Château de Villeneuve, Les Cormiers 2019, saumur
Devenu l’un des chefs de file du Saumurois, Jean-Pierre Chevallier exploite au mieux son domaine, certifié bio depuis 2013, grâce à de nouvelles installations techniques et un savoir-faire impressionnant. Dans sa version 2019, cette cuvée s’annonce grandiose, offrant sans doute l’un des meilleurs chenins du millésime. Grande complexité aromatique, fruité charnu et finale saline. Immense rapport qualité-prix capable de vieillir admirablement.
21 euros

Domaine de Bellivière, Vieilles Vignes éparses 2018, coteaux-du-loir
La famille Nicolas incarne la référence des vins de la Sarthe en continuant de les positionner au plus haut niveau. La conduite de leur vignoble de 15 hectares, partiellement en biodynamie, se révèle irréprochable. Ce coteaux-du-loir donne un blanc de belle densité, au raffinement aromatique noble qui va vers des senteurs de safran. Les vins de ce domaine, excellent producteur de jasnières, méritent une place de choix dans votre cave. C’est une fierté pour nous de les présenter dans cette sélection.
42 euros

L’été, les vignes, les vagues


L’article complet est à retrouver dans le numéro #28 d’En Magnum pages 34 à 39. Vous pouvez acheter En Magnum #28 sur notre site, sur cafeyn.co et chez votre marchand de journaux


Plages sans fin, criques secrètes, eaux turquoise. Parmi tous ses trésors, la Méditerranée déroule aussi, de Nice à Collioure en passant par la Provence et le Languedoc, des vignobles au souffle millénaire. Ils descendent en restanques ou en pentes douces jusqu’au bord des flots, nourris de soleil ardent et de brise marine. Où que le regard se pose, on s’émerveille

Vin et Méditerranée. Leur dialogue épicurien plonge ses racines dans la nuit des temps. On se souvient d’Ulysse qui, pour échapper au cyclope et regagner son bateau, l’endort en lui offrant « plusieurs outres d’un vin exceptionnel, une sorte de nectar divin ». Un geste symbolique par lequel notre héros apporte sur cette île sans lois les règles de l’hospitalité. C’est par la Méditerranée aussi que la culture du vin débarque sur nos rives, avec les Phocéens puis les Romains qui voguent avec des soutes remplies de plants de vignes. Les premiers s’installent en 580 avant J.-C. dans la calanque du Lacydon, devenue le Vieux-Port de Marseille. Les seconds jettent l’ancre au premier siècle avant notre ère et fondent Narbo Martius, devenue Narbonne. Pas fous, ces Romains ! Là où la vigne s’épanouit, bordée d’oliviers et de garrigues, le climat invite à la douceur de vivre. Le long de la grande bleue, les ardeurs du soleil sont tempérés par les embruns, les vignes y souffrent moins du manque d’eau. Des sols nés de la mer et de la montagne, schistes bruns friables de la Côte Vermeille, poudingue mêlé de galets roulés des collines niçoises, sables de Camargue y sont comme les voiliers, soumis à tous les vents. Tramontane, cers, mistral, aèrent, assèchent, diffusent en fin de nuit un peu de cette rosée dont raffolent les feuilles. Réinventés par une nouvelle vague de vignerons, les vins y puisent ce petit accent iodé caractéristique, rappelant la peau salée par la baignade. Jusqu’au bout de l’été, embarquons dans ces vignobles où il semble que tout respire, vibre et travaille avec joie, où la convivialité est une boussole. Où la mer pointe de tous côtés.

Perles rares
À un jet de galets de la promenade des Anglais, l’une des sept collines niçoises offre au vignoble de Bellet, minuscule certes (650 hectares dont 50 plantés), mais à la qualité reconnue depuis longtemps (AOC en 1941), un terroir singulier, le poudingue. Un conglomérat de galets et de sable dur comme de la roche où se plaisent les cépages autochtones, folle noire et braquet pour les rouges et rosés, rolle pour les blancs. Au château de Bellet, on les déguste dans l’ancienne chapelle familiale entourée des plus hautes parcelles (300 mètres) et au château de Crémat, dans le sillage de Coco Chanel1, assortis d’un flot d’expos et de concerts. Au large de Cannes, l’île Saint-Honorat abrite un autre vignoble encore plus confidentiel (8,5 hectares), celui de l’abbaye de Lérins, cultivé par les moines en agriculture raisonnée. Un havre de sérénité qui se visite, en compagnie d’un sommelier, tous les premiers vendredis du mois. Autre île, autre trésor. Porquerolles, surnommée l’île des vignerons, même si elle ne compte plus que deux domaines2. Un seul se visite, celui de la Courtade. Une vraie parenthèse enchantée, entre balades dans les vignes entourées de palmiers et d’eucalyptus, visite du chai surmonté d’une fondation d’art contemporain et restaurant à l’ombre des pins, Le Poisson ivre, où s’amuser à comparer les nouvelles cuvées de blanc immergées (entre 30 et 40 mètres de profondeur) avec celles plus classiquement vieillies en cave.

L’abbaye de Lérins

Plages et cépages
Côté continent, de Saint-Tropez au Lavandou, les vignes ont aussi des airs paradisiaques. Ainsi celles du château Saint-Maur à Cogolin où se trouve l’un des points culminants des côtes de Provence, à 449 mètres d’altitude, berceau de la fameuse cuvée Clos de Capelune. Autour de Bormes-les-Mimosas, les parcelles du château Léoube s’étendent jusqu’à la plage du Pellegrin. À quelques brasses, le château Malherbe possède un petit port de pêche où l’on peut accoster, face au fort de Brégançon. Dotée d’une longue façade en bord de mer, le domaine Clos Mireille invite à une immersion dans l’univers Ott, des pionniers installés en Provence depuis 18963. Plus loin, sur les terrasses pierreuses de Bandol, le mourvèdre règne, cépage dont on dit qu’il a besoin de voir la mer pour s’épanouir. On en découvre toute la puissance et la finesse dans de nombreux domaines avec vue sur le large, Pibarnon et La Bastide Blanche (aux fins d’après-midi apéritives), La Bégude (disposant de chambres d’hôtes), La Suffrène et sa parcelle Les Lauves. À une demi-heure de route, Cassis étire ses vignes en terrasses sur le flanc du cap Canaille, plus haute falaise maritime de France. Celles du domaine Clos Sainte-Magdeleine semblent se jeter dans la mer. Le capitaine des lieux, Jonathan Sack-Zafiropulo, est aussi le président de l’appellation. Le guide parfait pour nous initier à cette appellation « bio et familiale à 100 %, à 80 % concentrée sur le blanc, ce qui est une exception notable en Provence ».

Château l’Hospitalet.

De terrasses en étangs
Après les falaises abruptes, les étangs se profilent autour d’Aigues-Mortes. Le domaine royal de Jarras y dévoile son vignoble de sables planté franc de pied – ce terroir ayant permis d’échapper au phylloxéra – et une faune unique avec, en star incontestée, le flamant rose. À Frontignan, autre production originale, celle du muscat à petits grains que nous raconte le domaine du Mas Neuf, une des propriétés en bio des Vignobles Jeanjean, à deux pas de la plage des Aresquiers. Changement de décor à Narbonne, avec les reliefs rocailleux du massif de la Clape. Porte-drapeau de ce terroir et navire amiral du groupe Gérard Bertrand, le château L’Hospitalet y déploie avec brio toutes les facettes de l’art de vivre méridional. À Collioure et Banyuls, les Pyrénées viennent tremper leurs derniers schistes dans la Méditerranée. Le vignoble forme ici un vaste amphithéâtre, véritable œuvre sculptée et entretenue par des générations de vignerons. Au domaine de la Rectorie (où l’on est reçu par Pierre Parcé), au domaine Les Clos de Paulilles (petit bijou des domaines Cazes), entre autres fleurons, collioures multicolores et banyuls concentrés grâce au mutage livrent leurs secrets dans des paysages époustouflants. Il faut aussi pousser la porte du cellier des Templiers, principal producteur du cru et haut lieu de l’œnotourisme. On y apprend notamment qu’autrefois, les vignerons pêchaient du mois de mai jusqu’aux vendanges et qu’ils se servaient de la même barque pour transporter la récolte jusqu’aux chais, faisant ainsi des allers-retours permanents entre terre et mer.

L’article complet est à retrouver pages 34 à 39 dans En Magnum #28.

1.Les initiales entrelacées du domaine lui auraient inspiré le sigle de sa maison.
2. Le domaine Perzinsky a été racheté en 2021
par le domaine de l’Ile.
3. Egalement propriétaires des châteaux de Selle (Taradeau) et Romassan (Le Castellet).

 

[Le spot de la semaine] Calme, luxe et volupté

Dans un véritable bain de biodiversité où la vigne flirte avec les lavandes, les oliviers et les chênes truffiers, Jean-Claude Mas partage ici sa vision gourmande du « luxe rural ». Poissons de Méditerranée, viandes de l’Aveyron, légumes du potager et fruits du verger de la propriété se conjuguent avec les cuvées du domaine. Les saveurs du languedoc blanc Belluguette 2017 (Château Paul Mas) croisent par exemple celles d’un filet de loup et le rosé 2020 enveloppe de ses notes florales et fruitées les cannelloni de bœuf et chèvre frais. Un café, et nous voilà partis à pied ou à cheval à travers vignes et garrigue, vers Sète et l’étang de Thau.

Côté Mas
Tél. : 04 67 24 36 10
cote-mas.fr

Hubert de Boüard : « Il faut aller plus loin »

Hubert de Boüard est un vigneron devenu vinificateur, devenu media darling. Parfois pour de mauvaises raisons. Attaqué de toutes parts, il a d’abord ses vins pour répondre aux injustices qui lui ont été faites. Et sa déjà longue histoire sur le terroir qui l’a vu naître. Quelque chose de très authentique. Nous avons parlé surtout de la terre.

Vigneron de naissance ?
Je suis né au milieu des vignes d’Angélus, pas à la clinique ou à l’hôpital. J’ai grandi au milieu de ces vignes, parmi les vignerons. C’était mon quotidien, mon terrain de jeu. On peut dire que je suis vraiment un enfant de la balle. Ça ne veut pas dire qu’on est meilleur que les autres, mais je connais ce métier depuis que je suis gamin. À la maison, je mangeais ce que mon père adorait aller ramasser dans le vignoble : les baraganes qui sont des poireaux des vignes, de la doucette qui est de la mâche, des asperges sauvages, etc. La vie de vigneron, je l’ai vécue. Mon père était dans ses vignes. J’allais avec lui.

Pas question de faire autre chose ?
Le premier sujet, c’est la vigne, avant même que le vin ne soit là. J’ai commencé à y travailler, ça faisait partie de ma vie, de la vie de tous les jours et je ne concevais rien du vin que cela pouvait donner. Petit à petit, je me suis aperçu que cette vie était dans les gènes de notre famille. Ce territoire est ancré en moi, nous sommes une famille de vignerons présents à Saint-Émilion depuis plus de 200 ans. Quand on a compris ça, on se rend compte que ces ceps de vigne que nous taillons font vraiment partie de notre histoire. Pendant longtemps, c’était le seul gagne-pain de notre famille. Ce qui lui permettait de manger.

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Mon vin, ta planète, notre éthique


Cet article est tiré du numéro #28 d’En Magnum. Vous pouvez l’acheter sur notre site, sur cafeyn.co et chez votre marchand de journaux


Moins d’un siècle. Passer d’une vie de misère aux feux de la rampe ne s’est pas fait d’un claquement de doigts. Le vignoble n’est pas un plateau télé. Et voilà que la modernité avale-tout veut imposer une idéologie nouvelle à nos héros. Faisons le point

La foi et le réel
« Il y a longtemps, le vignoble était vert. Le seul engrais qu’on utilisait était le fumier, les insecticides n’existaient pas et le vigneron labourait sa terre avec un cheval fourbu. C’était comme ça depuis des siècles. En même temps, on crevait la faim. Et puis les Trente glorieuses sont arrivées. Le vin ne se vendait pas beaucoup plus cher, mais avec les engrais potassiques, bientôt les clones sélectionnés, on pouvait produire le plein de bons gros raisins. Quand le marchand de bonheur est arrivé avec son camion de produits phytosanitaires, plus besoin de piocher, bêcher, labourer, plus de craintes de ces fichus insectes, du black-rot, du mildiou, de la pourriture juste avant les vendanges. C’était le Progrès. » Avec esprit de synthèse, Thierry Desseauve résumait dans l’éditorial du premier numéro vert de En Magnum (n°4) ce changement de paradigme de la viticulture française au XXe siècle et, plus largement, la mue brutale du monde paysan, socle érodé, mais solide de notre nation. Ce constat, repris en détails dans un long dossier consacré aux agricultures biologique et biodynamique, interrogeait le bien-fondé de ces pratiques culturales au moment où elles cherchaient à convaincre de leur caractère inévitable l’ensemble des producteurs de vin de ce pays. Le phénomène de société n’était pas un feu de paille. Au contraire, il a grandi à mesure que l’urgence du changement climatique se faisait pressante. Force est de constater que les voies tracées par le bio et la biodynamie ont constitué pour certains des religions rassurantes et des guides spirituels vers la vertu, le bonheur. Elles ont été pour d’autres des chemins sans réponse et des routes sans issue. Bref, le clivage s’est accentué entre ceux qui croient et ceux qui n’y voient toujours qu’un horizon bouché.

C’était mieux avant ?
Pour un vigneron du début du XXe siècle, vivre de son travail est une idée impossible. En être heureux est inconcevable. Les campagnes sont pauvres, les paysans sont oubliés des élus et des puissants. Les richesses se concentrent dans les villes. Au pire sont-ils tout juste bons à être de la chair à canon pour les guerres à gagner ou à perdre. La fierté d’être paysan ne les quitte pourtant pas. Ils sont la nourrice de la France. Les vignerons font du vin pour les Français. Avec ce que ça implique d’aléas climatiques, de récoltes décimées, de disettes et de ruines. On s’arrange, on se serre les coudes. Pour certains, on coopère. L’idée n’est pas de produire bon. Comment faire d’ailleurs ? La replantation massive du vignoble dans la première partie du XXe siècle n’a pas été menée dans un but qualitatif. Faire du volume. La mission devient vitale avec la Première guerre mondiale. La notion de terroir, sauf en de rares endroits, est une idée dont on s’est écarté sans regrets. Les exploitations agricoles et viticoles du pays ne tiennent à rien. Les structures sont fragiles, comme les modèles économiques de l’époque, propres à ceux de l’agriculture vivrière. La caractéristique du monde agricole pendant des millénaires, c’était de vivre avec les accidents climatiques et l’irrégularité des récoltes. Profondément meurtrie par la Seconde guerre mondiale, la viticulture française a besoin de changer. Le moment est venu de réfléchir.

D’abord, l’agronomie
Les nouvelles variétés, les hybrides, les clones font leur apparition, encouragés par quelques penseurs de la viticulture de l’époque, dont le regretté Jacques Puisais. On cherche par tous les moyens à lutter contre les problèmes d’irrégularité des récoltes. Réinventer la viticulture pour faire du volume, c’est l’essentiel. À l’époque, le Français consomme en moyenne plus de 100 litres de vin par an. C’est une boisson alimentaire. Partout on replante, souvent mal et dans l’urgence, sans se préoccuper de la qualité des vins et du respect des terroirs. À partir des années 1950, les engrais potassiques proposés par l’industrie pétrochimique révolutionnent la productivité du monde agricole. Brutalement, le paysan découvre les récoltes abondantes et faciles. Désherbants, insecticides font leur entrée dans les vignes avec la mécanisation. Les tracteurs épandent des produits en quantité. La taille des exploitations, souvent modestes, rend difficile l’usage des machines. À la fin des années 1950, la France gaullienne acte les fondements de son « remembrement » moderne. Haies, bocages, fossés, talus, héritages des campagnes d’autrefois, disparaissent pour que la machine fonctionne sans entrave. Les parcelles s’agrandissent, leurs sols exposés aux vents s’érodent, ruissellent. Le travail de la charrue laisse place à des outils mécaniques, terriblement efficaces, qui soulagent le paysan de son dur labeur. Pour la première fois de leur histoire, les agriculteurs français vivent mieux…

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Le mondovino de la semaine #167 tourne à fond

Quatre dîners à Reims • Wind of change • Au cœur de Saint-Émilion • L’Alsace très #Frach • L’or de Sauternes • Le rosé du moment • Chaque jour du nouveau, en voici six

Dans le vignoble


Quatre dîners à Reims

Ruinart, la plus ancienne maison de champagne créée en 1729, accueillera des convives dans sa cour d’honneur lors de quatre rendez-vous uniques : le mercredi 13 juillet, le vendredi 29 juillet, le jeudi 25 août et le vendredi 2 septembre 2022. Le temps d’un dîner au brasero les convives dégusteront, à discrétion, des crustacés et des viandes grillées « à la minute ». Le dîner sera accompagné de deux verres de champagne au choix parmi les cuvées R-de-ruinart, blanc-de-blancs, rosé, et millésimé 2015. Cette maison est dans une forme éblouissante portée par un chef de caves au sommet de son art et par des équipes animées par une même exigence, l’excellence.
Sur réservation uniquement (minimum de 4 personnes)
ruinart.com/fr-e/les-braseros-ruinart-2022

Wind of change

« L’avenir du secteur viti-vinicole sera inscrit dans le collectif, l’innovation, la technologie, la valorisation des pratiques vertueuses, la transparence, le partage de connaissances et les échanges entre grandes maisons et vignerons. » C’est la conclusion qui a été rendue à l’unanimité par les 35 experts internationaux de 17 nationalités qui se sont réuni les 20 et 21 juin à la Cité du Vin à Bordeaux. Le symposium « Act for Change », organisé par Vinexposium à l’occasion de la Bordeaux Wine Week, a donné la parole à différents acteurs de la filière sur des sujets très différents.

Sur l’avenir des grands vins, Oliver Bernard, propriétaire du domaine de Chevalier, a apporté son éclairage sur les évolutions qui attendent le secteur en insistant sur « l’importance d’une réaction immédiate aux problématiques environnementales, tout en ayant confiance dans les consommateurs et les générations à venir pour célébrer les grands vins ».

Sur la question des profils organoleptiques de 2030, Cathy Van Zyl MW, rédactrice adjointe du guide sud-africain « Platter’s », a indiqué que « le marché sud-africain était en plein changement en privilégiant des vins plus légers ».

En étudiant les évolutions des dernières tendances du goût du point de vue des consommateurs et du changement climatique, Stéphanie Marchand-Marion, maître de conférences à l’Université de Bordeaux conclu en disant que « les vins pouvaient survivre aux défis climatiques de demain, à condition de trouver les équilibres dans leurs compositions. »
Le rapport complet est à retrouver sur symposium-actforchange.vinexposium-connect.com

Au cœur de Saint-Émilion

Nous avons consacré le dossier central du numéro 27 d’En Magnum (disponible ici) à ce village qui déchaîne les passions pour ses vins et émerveille les touristes. Étape incontournable pour tout amateur de grands vins, elle l’est aussi pour sa gastronomie. La Table de Pavie est le restaurant gastronomique de l’Hôtel de Pavie. Gérard Perse les a voulus à l’image de son vin : unique et mémorable. Etablissement merveilleux, avec sa terrasse pour admirer la vue sur la tour du Roy. La cuisine est entre les mains expertes de Yannick Alléno. Le chef s’inspire des produits locaux : feuilles et sarments de vignes, moût de raisin, etc.
Réservations sur hoteldepavie.com

Dans le verre


L’Alsace très #Frach

« Frach » ou l’effrontée en alsacien est une collection créée par Antoine & Hélène Huttard aujourd’hui aux commandes du domaine familial Jean Huttard créé en 1860. Nouvelle génération, nouvelles idées. Proche de la nature, la fratrie engage le vignoble à l’agriculture biologique et développe des micro-cuvées de lieux avec une idée simple : pureté et singularité. Ces vins secs de macération, non filtrés, sans soufre ajouté sont une ode aux personnages importants dans l’histoire de la maison. Chaque cuvée affiche le portait de l’un d’entre eux.
Jean Huttard
#Frach 2021
15 euros

L’or de Sauternes

On n’en parle jamais assez, alors qu’on devrait en boire plus souvent. Le sauternes est une chance. Bastor-Lamontagne produit un sauternes agréable, moins riche et accessible. Ce 2018 joue sur le registre de l’équilibre du fruit et la fraîcheur et marque la reprise du domaine par le groupe Grands Chais de France. La propriété de 90 hectares, dont 40 hectares de parcs arborés, est aujourd’hui menée en agriculture biologique. Un bon rapport qualité-prix.
Château Bastor-Lamontagne
Sauternes 2018, 27euros
chateaubastorlamontagne.fr

Le rosé du moment

En Provence, au pied de la majestueuse Sainte-Victoire, le temps s’est arrêté le temps de cette nouvelle cuvée. Moment Suspendu 2021 est produite avec les meilleurs raisins du domaine de la Grande Bauquière. Cette propriété, idéalement située, a été acquise par Alain et Dorothée Salat en 2012. Le vignoble de 80 hectares est planté de grenache, de cinsault et de rolle. Ces trois cépages composent cette cuvée d’une grande finesse et d’une belle fraîcheur. Arômes de fruits et de fleurs blanches, notes d’agrumes, jolie finale.
Domaine de La Grande Bauquière
Moment Suspendu 2021, 19 euros
domainelagrandebauquiere.com

Trois régions, six inconnus, que du plaisir #2

Le vivier de bonnes affaires du Concours Prix-Plaisir continue de nous enchanter. Des talents parfois méconnus, des découvertes toujours admirables. Bref, une sélection en or. Cette fois, direction les routes du Beaujolais, de la Bourgogne et du Rhône, à la rencontre de ces pépites discrètes et très recommandables

Beaujolais
Maison Dominique Piron, Le Coq Leon 2020, beaujolais
Dominique Piron est l’heureux héritier de 14 générations de vignerons, à Morgon depuis 1590. Comme le veut la tradition, il met du gamay en bouteille, un cépage délicat et sensible à son environnement. Il le sait, il en prend soin. Résultat, un joli premier nez, épicé et fruité. Pour l’apéritif, avec une belle planche de charcuterie.
7,50 euros

Bourgogne
Vignerons des Terres Secrètes, pouilly-fuissé 2020
120 coopérateurs pour 950 hectares de vignes dans les rondeurs vallonées du Maconnais, autour de la roche de Solutré. Ces vignerons des Terres Secrètes, comme un mystère, dévoilent ce beau pouilly-fuissé aux notes d’agrumes fines et d’amande, qui déroule sa longueur et son intensité, jouant avec équilibre autour du boisé.
18 euros

Laurent et Céline Notton, Vaugiraut, chablis 1e cru 2020
Sur les terres de Chichée à trois kilomètres de chablis, Laurent et Céline cultivent leurs 17 hectares de vignes depuis 2005. Ils se sont lancés dans une belle aventure. Un chardonnay chablisien richement élevé qui impressionne par sa richesse et son volume en bouche. Remarquable et réussi.
14,50 euros

Vallée du Rhône
Château de Clapier, Soprano 2018, luberon
Thomas Montagne est l’ambassadeur du pinot noir en Luberon. Inventeur, créateur, il fait partie de ces viticulteurs qui ne sont las jamais d’imaginer. Avec ce soprano, il assemble pinot noir, syrah et grenache. Pari réussi. Finesse, longueur, équilibre, les notes friandes et harmonieuses de fraise nous régalent.
13,40 euros

Château Saint-Estève d’Uchaux, Vieilles vignes 2017, côtes-du-rhône villages Massif d’Uchaux
Au château Saint-Estève d’Uchaux, la vigne 230 hectares de cultures variées, entre bois et garrigues. Au cœur de ce bout de forêt, des vieilles vignes donnent un vin à la fois puissant et frais. Sa bouche soyeuse, léguée par un bel élevage, enveloppe d’arômes de bois de rose et de violette.
18 euros

Domaine Les Aphillanthes, Les Galets 2020, côtes-du-rhône villages Plan de Dieu
Une propriété située sur le plateau du Plan de Dieu, entre Orange et Vaison-la-Romaine. Pas d’intervention divine sinon les principes de la biodynamie respectés ici depuis 2003. Daniel et Hélène Boulle s’attachent à produire des vins de qualité en respectant les équilibres naturels. Ce galets est un assemblage rhodanien typique entre grenache, syrah et mourvèdre. Expression aromatique savoureuse en bouche, entre longueur et complexité.
12,50 euros

Les champagnes Joseph Perrier, une génération plus loin

Entretien avec Benjamin Fourmon, président de la maison de champagne Joseph Perrier

La Champagne compte trois maisons comportant le nom « Perrier » : Joseph Perrier, Laurent-Perrier et Perrier-Jouët. Sont-elles la partition en trois entités d’une même famille ?

Notre maison a été créée en 1800 sous le nom de Perrier Fils & Compagnie. Elle change de nom en 1825 et devient Joseph Perrier. Le plus vieux document juridique que nous avons retrouvé provient d’un K-bis de 1885. Une seule et même famille, deux entités différentes, Joseph Perrier et Perrier-Jouët. Le père de Joseph Perrier, François-Alexandre Perrier, avait un frère Nicolas qui a fondé Perrier-Jouët en se mariant avec Adélie de Jouët. Ces deux familles de la Côte des Blancs n’ont en revanche pas de lien exact et vérifié avec la maison Laurent-Perrier. Cette dernière a historiquement été fondée par la réunion d’un notable de la région, un monsieur Perrier, avec la maison de champagne Laurent, créant ainsi la maison Laurent-Perrier.

Un lien de filiation entre la famille Fourmon et Joseph Perrier ?
Les Fourmon descendent directement de…

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