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Voyage autour de la cave de Michel Bettane, #3

Un bon blanc pas trop loin
Pour trouver un bon blanc pas trop loin de chez moi, il faut quand même faire dix kilomètres. L’excellente petite coopérative de Loché-Vinzelles, un peu pompeusement nommée Cave des Grands Crus blancs, est trop discrète et très heureuse de sa situation à quelques centaines de mètres de la gare TGV Mâcon-Loché. On peut y déjeuner et déguster des vins au rapport qualité-prix difficile à battre. Les vinifications ont beaucoup progressé en dix ans avec les progrès de l’équipement et des sélections parcellaires bienvenues. Pouilly-Fuissé aurait dû dès sa naissance englober les petits vignobles de coteau de Loché et Vinzelles, c’était d’ailleurs le vœu du législateur. Les querelles de clocher qu’on imagine en plein fief lyonnais et gaulois ne l’ont pas permis, obligeant d’ailleurs pendant quelques années à tout étiqueter sous l’appellation pouilly. Jouxtant le cœur de coteau, sur des sols un peu plus argileux et productifs, mais pas toujours, on trouve de délicieuses cuvées de mâcon-villages.

Un 2017 à point
La cave a sélectionné le secteur des Morandes qui produit un vin très net, franc, pur, simple, fin, parfait pour la truite, la soif ou les petites charcuteries. Ce 2017 est à point, transparent, sans la moindre note de pomme tant aimée de nos jeunes sommeliers dans les vins nature imparfaitement vinifiés, ou les lourdeurs de fin de fermentation difficiles qui passent pour des expressions supérieures de terroir. Dans mon verre, j’ai apprécié la propreté et la netteté du dessin même si pour plus de complexité, il faut passer au pouilly. Le prix de ce vin est en dessous de 10 euros. Qui dit mieux ?

Cave des Grands Crus blancs, les Morandes, mâcon-vinzelles 2017
Où ça ?
Cave des Grands Crus Blancs

2 367, Route des Allemands
71680 Vinzelles
http://www.lesgrandscrusblancs.com/

Voyage autour de ma cave par Thierry Desseauve – Jour 4

Voyage autour de ma cave, ou la chronique quotidienne d’un amateur pas désespéré par temps de confinement. Chaque jour Thierry Desseauve déniche, ouvre et raconte une bouteille mémorable de sa cave.
Jour 4 : Ca’ del Bosco, franciacorta 2015

Voyage autour de la cave de Michel Bettane, #2

L’expression la plus minérale du gamay
Bon, faute de Rochegrès, j’ai quand même trouvé un Rochelle, récolté à cent mètres de chez moi. Rochelle, c’est un terroir qui, pour moi, fait partie d’un triangle d’or avec Rochegrès et les Caves, pointe sud des moulin-à-vent de chénas, côté fleurie. Pas d’argile, du granit et du soleil compensé par une altitude de trente à quarante mètres au-dessus du Moulin. Et, sans doute, l’expression la plus minérale du gamay de tout le Beaujolais avec une longévité comparable à celle d’un beau chambertin, trente ans ou plus n’épuisant pas les vins les mieux faits des bons millésimes et, même, les mettant encore plus en valeur.

Merveilleux 2018
Ma chère voisine Anita Kuhnel, la reine du lieu-dit les Caves, cent mètres plus au sud, juste sous ma fenêtre, vendait la production de sa petite parcelle à un autre ami et remarquable producteur. Elle préfère désormais, on la comprend, la vinifier elle- même avec la simplicité, l’honnêteté et le talent qu’on commence à lui reconnaître et une viticulture pas encore idéale, mais en constant progrès. Il est en effet très difficile de retravailler des sols trop longtemps désherbés ; par petites touches on y arrive tout en respectant les vieilles souches si fragiles sous les griffes du tracteur.
Le climat merveilleux de 2018 lui a permis de surpasser encore ses remarquables 2016 et 2017 : magnifique couleur, fruit idéal, équilibre chaleureux mais sans lourdeur, et surtout magnifique expression du sol, avec disparition de tous les clichés aromatiques habituels (fruits rouges, vernis à ongle, bonbon anglais, etc.) qui ont abâtardi tant de vins de la région. Bref, un vrai beau vin qui vivra longtemps et qui se différencie de celui des Caves par une tension minérale plus vive, un peu moins de chair, peut-être plus de finesse. Si l’on survit à ce maudit virus, ce qui ne semble statistiquement pas trop ambitieux, on le suivra patiemment dans son évolution.
Domaine Anita, Rochelle, moulin-à-vent 2018
https://www.domaine-anita.com/

Le quotidien du vignoble raconté par les vignerons

Initiative commune de la structure Vin & Société, qui représente les 500 000 acteurs de la vigne et du vin en France, et de l’agence de communication La Bicyclette de Paul, spécialisée en vins, champagne et spiritueux, une invitation a été lancée aux vignerons afin qu’ils partagent leur quotidien sur les réseaux sociaux à travers des photos et des vidéos, autant d’occasions « d’ouvrir une fenêtre sur un monde et ses paysages, de faire découvrir aux Français la richesse d’un métier pas comme les autres. »

Sous le poétique hashtag #LaVigneContinue, l’amateur pourra ainsi suivre au fil de leurs partages le travail effectué dans les caves autour du millésime 2019 ou celui mené dans les vignes en vue du millésime 2020. Véritable bol d’air pour les confinés, cette initiative « résolument positive, solidaire et résiliente » se veut également être une opportunité de relayer les initiatives d’entraide que les vignerons mettent en place afin de surmonter les difficultés économiques.

« Le monde agricole, acteur indispensable à la vie économique et alimentaire du pays, poursuit son activité en cette période inédite de crise sanitaire, à chaque fois que cela est possible, dans le respect de la sécurité de chacun »

Voyage autour de ma cave par Thierry Desseauve – Jour 3

Voyage autour de ma cave, ou la chronique quotidienne d’un amateur pas désespéré par temps de confinement. Chaque jour Thierry Desseauve déniche, ouvre et raconte une bouteille mémorable de sa cave.
Jour 3 : Disznókó, tokaji aszú 5 puttonyos 1993

Visiter le vignoble en restant chez soi

Le domaine Laroche à Chablis, le clos de l’Oratoire des Papes à Châteauneuf-du-Pape, la maison Cazes à Rivesaltes, le château Capet-Guillier à Saint-Emilion, toutes ces propriétés peuvent se visiter de loin en ces temps de confinement. Proposition œnotouristique d’un nouveau genre développée par de plus en plus de maisons, les applications permettant une visite en immersion développées par ces différentes propriétés du groupe Advini « mettent le vignoble dans vos téléphones » (téléchargement ici) et l’amateur dans le vignoble. Offrant à ces “visiteurs” une expérience inédite et bilingue (français, anglais), dont ils peuvent profiter chez eux – et également, en d’autres circonstances, chez leur caviste par exemple – elles permettent de rencontrer un directeur technique (Grégory Viennoischez Laroche, nous vous en avions parlé ) et de visiter caves et chais de vinification.

« Tout au long de l’année, ces maisons de vins reçoivent de nombreuses visites de particuliers et professionnels au cœur du domaine. C’est donc pour aller à la rencontre des clients et consommateurs qui ne peuvent pas venir sur place que ces applications innovantes ont été créées »

Cet article avait initialement été publié en juin 2018 sous le titre Advini à 360°. Nous le publions à nouveau, à peine modifié, dans le cadre du confinement visant à éviter la propagation du virus Covid-19

Voyage autour de ma cave par Michel Bettane, #1

Me voilà prisonnier solitaire pour plusieurs semaines de ma petite maison de Rochegrès, sur un des meilleurs coteaux de l’appellation moulin-à-vent. Notre petit réseau Bettane+Desseauve fait front et nous nous échangeons nos consolations de dégustation. J’ai immédiatement cherché dans ma cave un vin fait juste devant chez moi, malheur, j’avais oublié qu’ils avaient regagné ma cave kimméridgienne de Bougival. Heureusement, trois cents mètres plus loin commence dans le prolongement du même lieu-dit l’appellation fleurie.

Colonies de Rochegrès, toutes les nuances du terroir
Sous cette appellation, mon ami Frédéric Burrier, grand propriétaire terrien à Pouilly-Fuissé et aussi dans le nord-Beaujolais, produit avec un élevage long qui lui est propre une cuvée intitulée Colonies de Rochegrès qu’il vinifie désormais sur place dans une petite cuverie toute neuve. Son 2014 commence à évoluer dans sa couleur et ses épices. On est ici aux antipodes du style gamay « glouglou » favorisé par les vignerons à la mode qui pensent avant tout aux assoiffés de comptoir, catégorie d’ailleurs estimable de bons buveurs. À condition que le fruité du vin soit pur, ce qui n’est pas toujours le cas. D’autres amateurs, dont je suis, sont plus sensibles au caractère donné par le lieu et qui exige une façon de travailler différente, un raisin impeccable, récolté à pleine maturité, un vrai travail d’élevage. On y gagne toutes les nuances données par les sables granitiques purs de ces coteaux sud, directement posés sur la roche mère, d’où le nom de Rochegrès. Les colonies sont situées un peu plus haut sur le coteau, sur une exposition un peu moins solaire et, mystérieusement alors que rien ne change dans le sol, le vin prend vraiment un caractère « fleurie », c’est-à-dire un bouquet floral épicé, très original, qui peut rappeler quelques syrahs de côte-rôtie – cépage d’ailleurs malicieusement planté par Frédéric pour un confidentiel et remarquable vin de pays. Il faut boire ce type de vin à table.

Même sans lourdeur alcoolique (regardez la contre-étiquette, 12°5), il n’est pas fait pour la soif, mais pour la saveur, l’accord avec la côte de veau, texture et goût, qui l’accompagnait.
Château de Beauregard, Colonies de Rochegrès, fleurie 2014

Légende photo d’ouverture : Qui dit qu’il n’y a pas de belle viticulture en Beaujolais ? Ici, à Rochegrès, les équipes du château des Jacques excellent. En arrière-plan, on aperçoit les vignes du lieudit Rochelle et au premier plan la petite cabotte, comme il la nomme lui-même, de Michel Bettane.

Voyage autour de ma cave par Thierry Desseauve – Jour 2

Voyage autour de ma cave, ou la chronique quotidienne d’un amateur pas désespéré par temps de confinement. Chaque jour Thierry Desseauve déniche, ouvre et raconte une bouteille mémorable de sa cave.
Jour 2 : Château Pontet-Canet, pauillac 2003

Great champagne and british humor

L’humour décalé, ingrédient majeur de son travail. Ses œuvres naissent de l’assemblage de dessins au trait et de commentaires piquants écrits à la main. Après Jaume Plensa en 2017, Liu Bolin en 2018, ou Vik Muniz en 2019, voici David Shrigley. Il a été choisi cette année par Ruinart pour une réinterprétation libre de la Maison. Un nouveau cru artistique intitulé Unconventional bubbles (Bulles singulières), à savourer en VO. Par Pascale Cassagnes

Carte blanche à l’artiste britannique David Shrigley
Ce Britannique au flegme presque indolent et au regard affûté est le douzième artiste à se prêter à l’exercice et à porter sur la maison bientôt tricentenaire (fondée en 1729) un œil tout neuf. « Quand on décide de faire une œuvre sur le thème de la fabrication du champagne : il faut visiter plusieurs fois la région ; il faut échanger avec les professionnels en les écoutant attentivement, puis visiter les crayères, les vignes et les installations de production ; il faut apprendre à déguster du champagne sans oublier de faire la liste de choses à dessiner : les vignes, les raisins, le sol, une bouteille, un verre, le chef de caves, des vers de terre, la météo etc. » explique-t-il. Après plusieurs séjours à Reims, son expérience, fertile, s’est traduite par une série de 36 dessins et gouaches, sculptures, néons et céramiques monumentales qui capturent l’odeur des crayères.

Messages in the bottle
Réunies sous le titre « Unconventional Bubbles » (Bulles singulières), ses œuvres viennent sonder la complexité de la fabrication de ce vin d’exception, les gestes et expressions des travailleurs de la vigne, œnologues et autres collaborateurs Ruinart. Ils font aussi passer un message sur la transmission (Wisdom passed between generations = la sagesse se transmet entre les générations), l’importance de la nature (Worms work harder than us = les vers de terre travaillent plus durement que nous) et les enjeux environnementaux (Please do not destroy the world). « La fragilité des éléments fait partie de nos vies, de notre pensée politique ; on doit l’admettre et on ne peut pas y échapper. Inévitablement, cela a eu un impact sur la production de champagne comme sur d’autres industries qui dépendent de l’environnement naturel. » Sur place également, David Shrigley a laissé sa trace dans les crayères, comme bien d’autres, célèbres et anonymes, avant lui. « Pendant trois jours, j’ai pu sculpter en relief ma vision de la production des vins de la maison Ruinart : un chariot élévateur qui sert à transporter les bouteilles, les visages des hommes qui y ont travaillé ou y travaillent. »  Dévoilées à Paris il y a quelques jours lors d’une grande soirée à l’Opéra Bastille, les œuvres de cette carte blanche 2020 vont faire le tour de 37 foires d’art contemporain dans le monde.

Jéroboam de collection
Cette nouvelle collaboration artistique a aussi donné naissance à un objet de collection : un coffret en édition limitée (chacun des trente coffrets est numéroté et signé par l’artiste) accueillant un jéroboam de blanc de blancs. C’est la première fois qu’un artiste intervient directement sur l’emblématique flacon Ruinart, dont la forme est héritée du XVIIIe siècle. Objet fonctionnel, le coffret se métamorphose en seau à champagne au moment de la dégustation : sa base peut accueillir de la glace pour rafraîchir les bouteilles. Un coffret so unconventional rappelant que servir et déguster un grand champagne, c’est tout un art. Et une fête, comme l’évoque une de ses œuvres, The Celebration will begin as soon as the bottle is open (la fête commence dès l’ouverture de la bouteille).

Un grand cru de Bourgogne qu’on connaît moins, à tort

Domaine Michel Magnien,
clos-de-la-roche grand cru 2015

Pourquoi lui
Frédéric Magnien est un garçon sérieux et habité par sa fonction. Il croit à ses terroirs, à ses façons de faire, aux vins qui sortent de ses chais. Passé à la bio-dynamie « pour aller au bout de l’idée », il est engagé profondément dans une voie de pureté et d’expression. Chacun en jugera, mais ce garçon est convaincant.

On l’aime parce que
Qui peut dire qu’il n’aime pas les grands crus de Bourgogne ? Il faudrait être fou. En boire est déjà une chance, tant les rendements sont minuscules et les prix, majuscules.

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